Vous avez certainement remarqué ces derniers mois la recrudescence d’articles et de tribunes très hostiles aux énergies renouvelables. Ces prises de position émanent « d’ingénieurs indépendants » ou de « retraités », voire « d’universitaires » ce qui confère à leurs auteurs, toute l’indépendance requise pour donner encore plus de poids à leur credo nucléaire. Grace à la magie de Google, il est très facile de mettre à mal le caractère indépendant de ces donneurs de leçons. Ils sont toujours liés, d’une façon ou d’une autre, à l’industrie nucléaire.
Bien entendu on peut se poser la question : pourquoi tant de haine ? Jusqu’ici les renouvelables et le nucléaire vivaient dans une « paix armée » et d’aucun s’emploient encore à vanter les mérites de la complémentarité des deux filières pour la production d’électricité.
Il semble toutefois que l’augmentation rapide de la compétitivité des nouvelles énergies renouvelables (les modules photovoltaïques devraient baisser de 30% supplémentaires d’ici la fin de l’année), créent un doute quant à la place du « nouveau nucléaire » dans le mix énergétique mondial.
L’étude que vient de publier REN21 (Renewables 2018 Global Status Report), nous documente sur les parts de marché des différentes énergies, non pas dans la production d’électricité, mais dans la consommation finale d’énergie. Là les chiffres sont sans appel, les énergies fossiles représentent près de 80% de la consommation mondiale, les « énergies renouvelables modernes » 10% et le nucléaire seulement 2% (voir le tableau ci-contre).
On a alors envie d’encourager les tenants du nucléaire, plutôt que de de s’attaquer au secteur naissant des renouvelables (qui présentent l’avantage de ne produisent ni CO2, ni déchets radioactifs), d’aller se frotter du côté des hydrocarbures, qui pour longtemps encore sera l’énergie préférée des distributeurs d’énergies.






Effectivement, c’est un profil bien identifié et qui se rencontre malheureusement très souvent.
J’ai un beau spécimen à vous soumettre: M. Philippe François qui intervient pour l’IFRAP ( http://www.ifrap.org/agriculture-et-energie/plan-de-transition-energetique-irrealiste-face-la-consommation-delectricite ). Tout y est: le PV pas compétitif, le PV qui accapare les surfaces agricoles, le nucléaire seule solution d’avenir etc., etc…
Bien vu: cette querelle ENR vs. nucléaire est bien inutile et contre-productive. Elle est même dérisoire, car elle dénote un manque de connaissance de l’énergie, que vous soulignez fort justement: même réduire la consommation de pétrole et de gaz est illusoire. S’il fallait désigner une seule énergie, ce serait la sortie du charbon, de loin la plus polluante de toutes. Sortir du charbon, c’est sauver des dizaines de milliers de vie par an en Europe… des centaines de milliers dans le monde… en réduisant les émissions de CO2 de 20%… sans oublier le patrimoine et les écosystèmes endommagés par les mines à ciel ouvert. Tout le monde y gagnerait, même les mineurs qui trouveraient des emplois moins dangereux dans les énergies moins polluantes !
Pour envoyer un message fort aux décideurs des COP23 et COP24, signez la pétition pour sortir du charbon (et laissez les énergies décarbonées et les moins polluantes se développer comme elles le peuvent, et en même temps si possible): https://bit.ly/ExitCoalNow
Oui, il est tout à fait sidérant que dans beaucoup de milieux de “notables” ( dont je fait partie) les énergies nouvelles sont toujours un truc d’ ecolo utopistes, voire gauchistes; avec les mêmes argument surannés: et quand y a pas de soleil? Et quand y a pas de vent? Seul le nucléaire peut assurer une vrai puissance ! Etc…
Ajoutons notre tradition colbertisme qui n’ est pas à l’ aise avec le diffus et les smart grids et le tour est joué.
Ma grande joie est que si dans les années 70 nous passions pour des utopistes les énergies nouvelles s’ imposent et surtout on commence à comprendre qu’ il n’ y a pas une énergie miracle mais de multiples solutions selon le climat , les régions, la sociologie et l’ urbanisme
Christian Hunault (ancien du solaire chez Total et président du GESOL dans les années de 1976 à 1985)
Evoquer « la haine » des renouvelables est stupide. Mais je pense quand même que tout le monde est en droit de s’interroger sur la manière dont les renouvelables (électriques particulièrement)sont introduites dans le système énergétique français. Le retraité « donneur de leçons » ayant travaillé dans le nucléaire a publié récemment le texte ci-dessous.
« La réalité sur les prix est la suivante : alors qu’EDF est obligée de vendre le quart de sa production nucléaire à 42 euros/MWh (tarif ARENH – Loi Nome) à ses concurrents sur le marché de l’électricité, elle achète (« obligation d’achat ») en moyenne l’éolien terrestre à 90 euros le MWh (l’éolien offshore est prévu à plus de 200 euros/MWh) et le photovoltaïque à 300 euros. Il y a eu dans le passé des contrats photovoltaïques à 600 euros le MWh sur 20 ans. L’obligation d’achat à ces tarifs est compensée (partiellement) à EDF par le rendement d’une taxe sur le kWh la « contribution au service public de l’électricité » (CSPE) qui augmente la facture des particuliers d’environ 15 %.
Des avis autorisés qui se manifestent dans le débat sur la programmation pluriannuelle de l’énergie indiquent que la réduction du parc nucléaire à 50 % avec développement des ENRI conduirait à une dépense annuelle du secteur électrique de 8 à 10 milliards d’euros supplémentaires par rapport à la poursuite normale du parc nucléaire existant.
L’expert J. M. Jancovici est radical :
« Décarboner l’économie est une impérieuse et urgente nécessité. Mais la seule chose qui est certaine, c’est que ce que nous sommes en train de faire en France au système électrique ne peut en aucun cas se revendiquer de ce domaine d’action, ni même d’une quelconque analyse rationnelle des risques. Cette dernière commanderait plutôt d’arrêter demain matin de mettre le moindre euro supplémentaire dans l’éolien et le solaire, qui en France vont déjà nous coûter près de 100 milliards « pour rien » avec les installations déjà en place, pour tout mettre dans la « vraie » décarbonation ».
Il existe un vrai problème d’analyse économique rigoureuse de l’intérêt de l’introduction des énergies renouvelables intermittentes, éolien et photovoltaïque, dans la production électrique.
Le lobby éolien, représenté notamment par le syndicat des énergies renouvelables (SER) (j’aurai pu rajouter Tecsol), surfe sur les subventions considérables de ces énergies pour engranger les profits, spéculer, et mener une campagne de désinformation sur le coût futur de l’électricité produite qui deviendrait extrêmement bas : aidez-nous, aidez-nous, demain on rasera gratis. Mais intermittentes, ces productions doivent être associées à des moyens de stockage d’énergie ou de production pilotable, le nucléaire peut répondre à ce besoin dans une certaine mesure. Le coût de ces unités de production « auxiliaires » devrait être pris en compte dans l’évaluation du prix des renouvelables. Ce n’est pas le cas. La méthode de fonctionnement du marché — qui conduit à l’aberration suprême de prix négatifs du kWh sur les bourses de l’électricité dans les périodes où la production éolienne et photovoltaïque est excédentaire (ce qui s’est produit 119 jours ouvrables et 38 dimanches en Allemagne en 2017 )– , associé aux subventions, est un obstacle à une démarche économique rationnelle.
Une remarque très importante doit être faite sur les aides que l’Etat apporte pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre. Si on se limite à 2017, on constate que plus de la moitié des aides publiques liées à la politique du climat ont été consacrées au secteur électrique (essentiellement des subventions au solaire et à l’éolien) responsable de 6% seulement des émissions de gaz à effet de serre !
On peut faire référence à un rapport récent de la Cour des comptes qui met les pieds dans le plat et dont Sylvestre Huet commente les découvertes dans son blog : http://huet.blog.lemonde.fr/2018/04/19/la-cour-des-comptes-alerte-sur-le-cout-des-enr/
« Parmi ces découvertes, le coût faramineux du soutien à l’électricité photovoltaïque, pour un résultat minable. Ainsi les seuls contrats signés avant 2010 pèseront, au total lorsqu’ils seront arrivés à terme, pas moins de «38,4 milliards d’euros pour les finances publiques», pour… 0,7% de la production d’électricité (1), note la Cour. Ces contrats représenteront encore 2 milliards par an en 2030 et représentent une subvention de 480 € par MWh…. L’éolien est un peu moins dispendieux. Mais les chiffres sont, là aussi, cruels. Des contrats de l’éolien vont coûter «40,7 milliards d’euros en 20 ans» pour… «2% de la production française», précise le rapport….
(1) Les mauvais esprits ne manqueront pas de rapprocher ces presque 40 milliards d’euros de la somme quasi identique annoncée par EDF pour mettre ses réacteurs nucléaires en état de produire durant 20 ans de plus… 75% de l’électricité dont nous avons besoin »
JYG
Effectivement, les énergies renouvelables sont en complément du nucléaire et en l’occurrence je serai curieux de connaître quelle est la part d’EDF dans l’exploitation de centrales Pv et de parcs éoliens en France ??
Ce sont bien des demeurés* qui s’activent dans la défiance et l’absence de responsabilité morale
*dont l’intelligence ne se développe pas, des retardés
Le fait est qu’en terme de concurrence, les renouvelables éoliens et solaires devraient s’unir au nucléaire et à l’hydraulique dans un pôle électrique (reste à savoir si ce serait généralisable). Mais c’est bien les antinucléaires (dont j’ai fait partie) qui veulent son élimination totale. De fait, le problème français est aussi une question d’hégémonie nucléaire centralisée. Ici, il s’agirait plutôt de la mauvaise habitude française d’absence de pluralisme et d’étatisme.
Pour quelle(s) raison(s) la traduction en français n’est pas possible.
Le français était la langue officielle de l’union européenne, avant que celle-ci sous les coups de butoir anglo-saxon ne récupèrent la pseudo direction de l’union : il fallait solliciter l’administration européenne pour les traductions, y compris en français.
Ces fonctionnaires et les édiles des 27 autres pays de l’union ont belle mine aujourd’hui après le départ programmé du R.U.
REN21 pourrait redescendre sur terre et s’apercevoir que les britanniques n’appartiennent plus à l’union.
Bonjour,
Puisqu’il est si facile « de mettre à mal le caractère indépendant de ces donneurs de leçons » je vous cite, alors pourquoi vous en priver? Leur comportement s’apparente à de la triche avec pour objectifs de tromper les usagers et de défendre leurs propres intérêts et ceux de leurs commanditaires. Ce faisant ils se placent d’eux même en situation de conflits d’intérêts. Alors allons jusqu’au bout des choses et nommons les clairement dans l’intérêt collectif et pour assainir les débats.
Salutations,
Bjr
Le lobby lié à l’argent est bien présent pour lutter contre les énergies renouvelables nécessaires au beau vaisseau spatial filant dans le vide de l’espace qu’est notre terre. Et cela que ce soit au niveau des énergies comme au niveau de la pollution allant jusqu’à sacrifier des êtres humains (pas de souci ils sont « conformes à la loi »….et assurés !!!!!)….Pour la langue anglaise, elle est bien plus vendeuse (ça fait cool de baragouiner anglais et elle est plus musicale…) alors le lobby étant toujours là avec les avides d’argent qui ne sont pas idiots mais avec des œillères, ils s’en servent « en veut tu en voilà » pour vendre… C’est tout simple cela s’appelle la nature humaine
Bon courage à tous dans ce monde où les envies prennent trop le pas sur les besoins.
Extrait du discours de Jacques Archimbaud Président de la commission particulière du débat public – 29/06/2018 – Clôture du débat public sur la programmation pluriannuelle de l’énergie.
« Sur le site notamment et de façon très systématique, a été largement développé l’idée qu’une des raisons du retard évoqué il y a quelques instants relevait du fait que les efforts de réduction de la part du nucléaire, énergie décarbonée, étaient contradictoires avec la promotion d’autres énergies renouvelables électriques également décarbonées.
Et que les efforts financiers consacrés à ces dernières auraient été mieux employés à l’efficacité énergétique et aussi à la production de chaleur renouvelable, à la recherche sur le stockage ou sur le nucléaire propre. Un rapport récent de la Cour des comptes est d’ailleurs d’une certaine façon venu en renfort de cette thèse.
Je vais le dire assez simplement mais de façon suffisamment nette pour être audible : cette position semble rencontrer un succès plus grand chez les opérateurs traditionnels de l’énergie et bien entendu chez les partisans du nucléaire (qui sont par ailleurs assez nombreux à s’être exprimés) qu’auprès de la partie plus « grand public » des participants à notre débat.
La position la plus couramment rencontrés au cours du débat est au fond qu’il faut améliorer très fortement les conditions d’applications de la loi dans la prochaine PPE mais sans toucher à l’esprit qui avait présidé à son élaboration en 2015.
Qu’il ne faut rien faire ni décider qui pourrait le mettre en cause dans ses principes et qu’on doit absolument éviter de rallumer la guerre des énergies.
L’idée aussi qu’on ne doive pas se placer en marge d’une dynamique qui apparaît comme mondiale, malgré les particularités de notre histoire, est à l’évidence un élément d’adhésion à cette recherche d’équilibre. »