Belga Solar, l’« irréductible » qui tente de maintenir une industrie photovoltaïque belge

Dans une industrie photovoltaïque européenne largement dominée par les importations asiatiques, Belga Solar fait figure d’exception. Installée à Baillonville, en Wallonie, l’entreprise, anciennement Evocells, demeure le dernier fabricant belge de panneaux photovoltaïques standards. Une résistance industrielle que Le Soir met en lumière dans un article publié le 9 août.

L’aventure commence en 2007 dans l’installation photovoltaïque. Confrontée à une qualité jugée parfois inégale des modules importés, l’entreprise décide progressivement de remonter la chaîne de valeur. Elle se tourne vers l’assemblage puis, en 2015, vers la fabrication de panneaux. En 2023, Evocells devient Belga Solar et investit environ un million d’euros dans une nouvelle ligne de production afin de changer d’échelle.

Une PME belge face aux géants asiatiques

Belga Solar annonçait alors une capacité de production de l’ordre de 50 MW par an. Des données plus récentes font état d’une capacité pouvant atteindre 200 000 panneaux annuellement, pour un effectif d’environ 26 personnes. Une production qui reste minuscule au regard des capacités des géants asiatiques, dont certaines usines se comptent désormais en dizaines de gigawatts.

La part de marché de Belga Solar en Belgique demeure ainsi inférieure à 1 %. D’où cette image d’« irréductibles » retenue par Le Soir : l’entreprise tente de préserver une fabrication locale dans un marché où les panneaux chinois exercent une pression considérable sur les prix.

Le problème est suffisamment sensible pour avoir été porté devant le Parlement wallon. Début 2025, une question parlementaire attirait l’attention du gouvernement sur les difficultés rencontrées par l’unique fabricant belge face à la concurrence chinoise et sur les accusations de ventes à perte formulées par son dirigeant.

Le prix ne peut plus être le seul critère

Pour Sébastien Mahieu, dirigeant de Belga Solar, l’enjeu concerne aussi les politiques d’achat européennes. Il a notamment regretté que des collectivités et organismes publics puissent continuer à privilégier essentiellement le prix dans leurs appels d’offres, conduisant mécaniquement à sélectionner des panneaux importés.

Faute de pouvoir rivaliser avec les volumes et les coûts des industriels asiatiques, Belga Solar mise sur d’autres arguments : production locale, traçabilité, qualité, durabilité et garanties. L’entreprise poursuit parallèlement son développement commercial et recrute notamment pour renforcer ses activités auprès des entreprises et des acteurs publics.

Une question qui dépasse largement la Belgique

Le cas Belga Solar illustre finalement l’une des contradictions de la politique industrielle européenne. L’Europe affirme vouloir reconstituer une chaîne de valeur photovoltaïque sur son territoire, mais ses fabricants restent confrontés à des prix de marché extrêmement bas et à des procédures d’achat encore largement fondées sur le moins-disant.

La question posée en Belgique vaut donc tout autant pour la France et le reste de l’Union européenne : à quoi bon soutenir financièrement la réindustrialisation photovoltaïque européenne si, au moment d’acheter les panneaux, leur origine industrielle, leur empreinte environnementale et leur contribution à la souveraineté européenne restent secondaires face au seul critère du prix ?

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