Emmanuel Macron était l’invité de Mediapart vendredi dernier, alors que s’achevait la campagne électorale. Il a répondu aux journalistes du site d’information en ligne sur différents sujets dont la question de l’énergie. Nous reproduisons ci-dessous l’essentiel de ce dialogue.
Jade Lindgaard : Nous allons parler de nucléaire. Vous avez une position sur le sujet qui est de maintenir à 50 % la part de nucléaire dans la production d’électricité en France à horizon 2025, c’est ce que dit la loi actuellement, or quand on regarde comment fonctionne la filière nucléaire qu’est-ce que l’on observe ? On observe que le fonctionnement des réacteurs nucléaires coûte de plus en plus cher, compte tenu des investissements de sureté importants à fournir. La cour des comptes parle d’environ, 100 milliards d’euros, on constate par conséquent que l’électricité qui sort de ces réacteurs nucléaires est de plus en plus chère, d’ailleurs elle est de moins en moins compétitive sur le marché européen de l’électricité, puisque on est sur un marché européen aujourd’hui, que les énergies renouvelables produisent une électricité de plus en plus souvent, moins chère que l’électricité nucléaire française, en Europe ; que le nouveau réacteur EPR, va produire, parce qu’il est très cher, une électricité elle-aussi plus chère que celle que l’on consomme actuellement ; et enfin à l’international, on installe aujourd’hui massivement des énergies renouvelables (photovoltaïque, éolien, géothermie…) et très peu et de moins en moins de nucléaire. Toute cette situation crée pour Areva et EDF des difficultés économiques extrêmement graves peut-être irréversibles. Dans ces conditions pourquoi ne pas fixer dès aujourd’hui, un horizon, qui serait un horizon de sortie du nucléaire et de passage à une production 100% renouvelables pour répondre à ce système qu’on voit bien en train de s’effondrer.
Emmanuel Macron : Alors, si je faisais ça, j’aggraverais à la seconde les problèmes d’Areva et d’EDF. EDF est le plus grand émetteur obligataire d’Europe, à la seconde où vous savez que quelqu’un qui est aux responsabilités qui dit mon objectif c’est la mort de son business, fini il n’y a plus personne qui prête.
Jade Lindgaard : On peut faire autre chose que du nucléaire…
Emmanuel Macron : Oui, mais ça va prendre du temps. Votre dernier argument, qui n’est pas le plus important de votre développement, tout est juste. Le dernier argument est aggravé par un tel engagement. Ensuite, déjà moi je souhaite qu’on arrive à l’engagement de la loi sur la transition énergétique, on se dit les choses en vérité : personne ne sait dire concrètement comment on arrive à 50 % en 2025. On ne se ment pas autour de cette table.
Jade Lindgaard : Mais peut-être que le marché et la situation économique fera que EDF sera obligé de fermer des réacteurs nucléaires que l’autorité politique s’est refusé à fermer.
Emmanuel Macron : Mais c’est sûr. Il faut que l’autorité politique le prenne en bon ordre, mais je totalement d’accord avec vous. Alors, prenons point à point. Le nucléaire aujourd’hui c’est ce qui me permet, à structure productive constante, de fournir l’énergie en électricité la plus décarbonée, c’est un fait…
Jade Lindgaard : …pas plus décarbonée que l’éolien ou le photovoltaïque, pour être honnête…
Emmanuel Macron : … Il y a des débats sur la production carbonée induite, mais bon, ça c’est un argument qui est pour moi de poids, qui est compte tenu de nos engagements climatiques sur nos émissions, qui fait que le nucléaire ne doit pas être mis à la poubelle.
Deuxième point que je vous donne c’est que personne ne sait dire quel est le coût complet du nucléaire. Les coûts spots sont en train d’augmenter parce qu’il y a des problèmes qui sont liés à la réfaction certains réacteurs, mais personne ne sait le dire et je pense, pour avoir beaucoup regardé le sujet, qu’il est bien supérieur à ce que beaucoup ont dit et que le débat maintenant commence à se jouer avec les renouvelables. Donc je suis votre argument là-dessus.
Jade Lindgaard : Les coûts de production sont proches en réalité…
Emmanuel Macron : Voilà, je pense qu’ils ne sont pas loin, en tout cas, de se croiser. La question c’est celle d’une transition. C’est juste que lorsqu’on a investi très lourdement dans un appareil productif où il y a des dizaines de milliers de personnes, de gens qui travaillent, vous ne pouvez pas dire « je ferme du jour au lendemain », c’est irresponsable, c’est irresponsable économiquement, c’est même irresponsable sur le plan environnemental à court terme tant que vous n’avez pas fait la transition. Donc, moi je veux prendre sur ce sujet deux engagements. Le premier c’est que lancerai tous les appels d’offres en renouvelables dès le début du quinquennat, parce que vous avez raison sur l’éolien terrestre et sur le solaire et l’hydraulique, EDF …. là-dessus c’est compétitif, il faut lancer les appels d’offres parce qu’on doit industrialiser la production, vraiment le faire massivement pour justement encore contribuer à faire baisser les prix. Donc ça je le ferai dès le début du quinquennat. Et je suis pour continuer les appels d’offres et les recherches sur l’éolien en mer et les énergies marémotrices, même si on sait que les coûts sont beaucoup plus élevés et que ce n’est aujourd’hui pas rentable.
Ça c’est le point dès le début, ensuite, ce que je veux faire c’est, à la lumière de ce que l’autorité de sureté nucléaire donnera, prendre les mesures de fermeture des centrales. Mais je ne le ferai pas sur un plan politique, je le ferai sur la base de ce que l’autorité de sureté nucléaire dira. Et si elle dit, « les coûts de rénovation de telle centrale sont de X ou Y », il faudra la fermer.
Jade Lindgaard : Ok, mais pourquoi pas envisager dès à présent, non pas de fermer d’un coup tous les réacteurs, ce serait complètement irréaliste, mais de dire le cap c’est celui-là, le cap c’est à horizon 2050 – 2055, dans vingt ans on va sortir d’un système parce qu’il empêche le développement des renouvelables…
Emmanuel Macron : …Non, pas si moi je prends mes responsabilités pour déjà arriver aux 50 %. Aujourd’hui, si on fait juste ce qui est engagé on n’arrive pas aux 50 % en 2025. Donc déjà je veux l’engager, je veux le faire, je veux que ce soit une réalité. Mais au-delà de ça, on peut se faire plaisir, je peux vous dire ça ce soir…
Jade Lindgaard : … non c’est un cap…
Emmanuel Macron : … mais ce cap là il est désespérant pour les gens qui travaillent dans le secteur du nucléaire. Ce sont des ouvriers, ce sont des gens qui sont fiers de leurs métiers, qui ont des compétences, je ne peux pas leur dire, je ne sais pas d’ailleurs si c’est vrai, parce que je n’ai pas la totalité du coût induit, je ne sais pas si la nouvelle génération qu’on est en train de faire n’aura pas du sens…etc. Je ne peux pas préempter à horizon de 50 ou 75 ans, les innovations technologiques. De la même façon que l’on n’aurait pas pu dire zéro renouvelable, il y a vingt ans. Ça n’aurait pas de sens. L’horizon 2025, je sais le porter, je sais le crédibiliser, le défendre. Mais à la fois sur le plan scientifique, sur le plan politique et sur le plan social, si je fais ça, je condamne à mort des dizaines de milliers de gens. Je ne veux pas de ça moi…
Jade Lindgaard : … pas en transition.
Emmanuel Macron : Mais donc je porte déjà cette transition à horizon 2025, mais en vous donnant raison sur plusieurs sujets et vous disant qu’elle est ma détermination.






une fois de plus on a rien à attendre de l’etat/ EDF / AREVA c’est bien les citoyens qui doivent se prendre en main de suite
Pas dégonflé Jade Lindgaard : « puisque on est sur un marché européen aujourd’hui, que les énergies renouvelables produisent une électricité de plus en plus souvent, moins chère que l’électricité nucléaire française » !!!!
Pour le nucléaire on peut se référer à la loi Nome qui impose à EDF de vendre le quart de sa production nucléaire à ses concurrents à 42 euros le MWh. Si le prix du marché vient parfois en dessous et est même quelquefois négatif ce n’est pas à cause des vertus économiques spécifiques des renouvelables mais du fait des subventions énormes de ces productions, 5 milliards d’euros par an en France, 25 milliards en Allemagne. Il faudrait avoir l’honnêteté de le reconnaître. Je n’ai l’impression que EM se soit encore rendu compte de cette supercherie.
Que dirait Tecsol si le MWh photovoltaïque n’était acheté désormais qu’à un prix inférieur à 42 euros le MWh……
JYG
Que le nouveau président attende les études et les chiffrages, c’est logique.
Qu’il ne s’avance pas sur l’avenir d’une filière dans laquelle les gouvernements précédents ont tout misé depuis un demis siècle, c’est également logique.
En attendant, le discours est un peu trop flou. Enjeux économiques obligent, car il ne sera pas évident de lever cette hypothèque qui pèse sur EDF et même sur le Pays.
Par contre, en voulant trop ménager la chèvre et le chou, le risque est de retomber dans les hésitations de Hollande, qui l’ont par exemple fait passer à côté des portiques et de l’écotaxe. Des tergiversations qui ont ouvert une brèche et laissé par la suite s’engouffrer les pressions et lobbies en tous genres.
Je présume que le nouveau président sait qu’une politique économique et industrielle ne se construit pas par des hésitations, mais par l’adaptation, puisque c’est même ce qui lui est parfois reproché.
Puisque nous sommes dans un contexte de concurrence mondiale, la compétitivité prime. ENR ou nucléaire, dans aucun cas on ne pourra se passer de la compétitivité. Ni pour les consommateurs ni pour les acteurs de la filière énergétique.
Les solutions existent, avec des effets en cascade.
– Par des augmentations des tarifs de l’électricité, permettant de financer la sécurité nucléaire et le démantèlement.
– Augmentations qui justifieront la recherche d’économies de consommation, par la rénovation énergétique, créatrice d’emplois
– Baisse de la consommation d’électricité pouvant être largement compensée par le développement des véhicules électriques.
– Tout cela va nécessiter un chamboulement des infrastructures réseaux et des systèmes de stockage, par une décentralisation ou distribution.
– De nouveaux modèles de répartition entre consommation et production, tout à fait adaptés aux énergies renouvelables.
Mes travaux actuels sont basés sur la polarisation naturelle de l’énergie, afin de récupérer de l’énergie du milieu, comme une pompe à chaleur, peut être en héritage des tentatives faites, en son temps, par Nicola TESLA.
L’utopie d’aujourd’hui sera-t-elle réalité de demain ? Les propositions en matière d’énergie renouvelable ne sont pas suffisamment performantes, ni fiables, pour envisager de se substituer aux autres énergies. Si les moulins à vent étaient la panacée, les îles éoliennes auraient engrangées le pactole, à la place de l’Arabie-Saoudite.
Quand au solaire … il n’est exploitable qu’avec le soleil … or la plage d’ensoleillement varie selon la période de l’année, la qualité du rayonnement également, et, en hiver, quand il faut le maximum d’énergie, c’est la période où la couverture nuageuse est la plus importante => donc la production minimale, qui n’arrive pas à couvrir les besoins.
Tout cela n’est que gadget qui, en plus, revient beaucoup plus cher que prévu, en autoconsommation …
Supprimer le nucléaire = oui, encore faut il proposer une rechange fiable indépendante des énergies fossiles.