Editorial / Il faut que tout change pour que rien ne change

Plein Soleil Couv48Voici l'édito de la prochaine édition de Plein Soleil à paraitre la semaine prochaine:

Lorsque Arnaud Mine, président de SER-Soler évoque le destin de la filière photovoltaïque française, il parle de malédiction. Mais ne pourrions-nous pas parler aussi d'acharnement ? L'acharnement dont a fait preuve par exemple le nouveau et sémillant PDG d'EDF à l'Assemblée Nationale lors de la Commission d'Enquête relative aux tarifs de l'électricité. Jean-Bernard Lévy n'a pas attendu trop longtemps pour prendre pour cible le solaire photovoltaïque, responsable selon lui de tous les maux, sur fond de pêché originel d'un tarif d'achat trop élevé.

Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage ! Jean-Bernard Lévy se focalise donc sur le photovoltaïque d'avant 2011, celui qui il est vrai va coûter 2,2 milliards d'euros à la charge de la CSPE en 2015. Mais personne n'est dupe et chacun sait que ces tarifs qui avaient pour objectif de faire effet de levier sur une filière en phase de démarrage, sont demeurés démesurément attractifs trop longtemps, alors même que les syndicats professionnels demandaient une révision rapide à la baisse. De quoi faire germer dans certains esprits une forme de théorie du complot à l'encontre d'une énergie gratuite et propre susceptible de bousculer les grands équilibres.

Alors certes, Jean-Bernard Lévy reconnaît tout de même que les prix d'achat ont diminué depuis 2011, non sans insister sur le fait que le photovoltaïque reste encore loin de la compétitivité et que son développement continue d'occasionner des surcoûts. « Nous sommes loin, très loin du coût du nucléaire, sans même parler de l'intermittence, puisque par définition, il ne fait pas soleil tout le temps et cela conduit à des coûts indirects induits qui sont élevés ».

Et Jean-Bernard Lévy de sortir l'argument ultime, celui de l'impact du solaire sur la balance commerciale à hauteur de plus de 500 M€ par an, « puisque malheureusement l'essentiel des panneaux solaires sont importés d'Asie ». Des éléments de langage tellement stéréotypés, tellement rabâchés, tellement mécaniques, qu'ils confinent à l'acharnement inepte. Ils relèvent du dogme, d'une idéologie figée dans un immobilisme énergétique d'un autre temps. « Il faut que tout change pour que rien ne change ». Vous vous rappelez, Le Guépard saisi entre deux mondes, l'irrésistible déclin de l'ancien et l'avènement révolutionnaire du nouveau…

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8 Commentaires

  1. Nous pourrions lui renvoyer la note du dépassement de l’EPR de Flamanvile.
    En revanche, il faut bien reconnaître que la façon dont on veut faire pénétrer le solaire en France est suicidaire pour ceux qui y croient. La focalisation sur l’électricité produite par conversion directe qui nécessite une autre énergie en est le responsable. Plus la puissance des installations PV augmentera plus la confrontation avec l’électricité produite traditionnellement sera impitoyable. En minimisant les kWh nucléaires on en augmente le prix unitaire!
    Si cette situation favorise une partie il ne faut pas s’étonner que l’autre partie, défavorisée, se rebiffe.

  2. Monsieur Jean Bernard Levy oubli de préciser qu’avant 2012, la société EDF-EN, très largement épaulée par EDF, RTE et ERDF avait développé et construit un portefeuille représentant plus de 50% des installations raccordées en France. Il faut se souvenir qu’ERDF a raccordé et mis en exploitation, la première infrastructure photovoltaïque au sol d’envergure à Manosque, dans les Alpes de Haute Provence, en 2008. C’est dire si EDF avait largement anticipé, voire piloté les tarifs de rachat dont ils ont très largement bénéficié.
    Passons sous silence l’épisode de la réfaction, le grand tour de passe-passe dont a très largement bénéficié EDF, mais rappelons tout de même que les super centrales de Toul (135MWc) et Crucey (60MWc dans sa version initiale) sont des ouvrages construits à l’arrache par EDF pour bénéficier des derniers tarifs pré-moratoire. A cette occasion et pour être certain de capter les appels d’offre, EDF n’avait eu aucun scrupule à s’accorder des raccordements HTB impossible à obtenir pour les autres candidats aux appels d’offre.
    Monsieur Jean Bernard Levy serait bien inspiré s’il s’occupait de redresser le cours de son action en perdition depuis 2008 et qui plonge son entreprise et ainsi qu’AREVA vers les abysses réservés aux sociétés « has Been ».
    Si comme RWE, EDF reconnaissait la réalité d’un monde qui change à 100 à L’heure et se tournait vers l’avenir en ré-inventant son modèle, cette entreprise publique jouerait le rôle qui est le sien, c’est à dire tirer l’économie française plutôt que de la plomber.
    Mais malheureusement, les technocrates d’hier sont encore aux manettes et se moquent pertinemment du long terme. Ils ne comprennent que ce qu’ils ont appris sur les bancs des grandes écoles qu’ils ont fréquentées, et sont incapables d’avoir des convictions, des ambitions autres que celles qui entretiennent leur confortable petit système entre amis.
    Il est triste de voir une si belle entreprise qui a fait la fierté nationale en son temps, scier les branches sur lesquelles elle se construit en cachette.
    Les propos de Monsieur Levy ne sont que les signes annonciateurs du dépérissement irréversibles d’EDF qui a gaspillé pendant des décennies les fruits de l’électricité nucléaire et ne sait pas comment éviter de se sauver sans nous faire péter une de ses centrales à la figure.

  3. Bravo,bravo,bravo,
    ce meme lobby qui se nomme EDF,l’ancien ministre fantome nous a fait le meme coup en pire ,effet levier ,bulle spéculative avec le tarif de rachat et un lobby avérer frauduleux mafieux condescendant et condamné a verser 14 millions d’euros a solaire direct.Proglio profite bien de ton parachute la justice te ratrapera.
    Et maintenant ils nous refont le coup avec l’autoconsommation,vous allez voir ça,tu produit et je te récupere le reste sans facture ,ni vu ni connu.messieurs battez vous ne lacher rien.
    GREEN SOLDAT

  4. Quel est le coût des téléviseurs, ordinateurs, téléphones portables et autres produits du même genre importés chaque année d’Asie ?
    Quel est le coût des produits manufacturés de toute nature importés de ces pays où la main d’oeuvre est très mal payée et sans aucun droit sinon de se taire et de subir ?
    Si depuis 20 ou 30 ans les frontières économiques de l’Europe n’avaient pas été démantelées pour le plus grand bénéfice des grands groupes financiers, les industries n’auraient pas déserté l’Europe et l’Europe produirait aussi bien les panneaux photovoltaïques que les autres produits cités.
    Les Etats-Unis au moins savent ce protéger lorsqu’ils le veulent, que ce soit pour la sidérurgie ou le solaire.
    La démagogie du secteur nucléaire ne prend pas lorsqu’on réfléchit un peu.

  5. (Air connu) 500 M€ de modules importés… Notre centrale 248 kWc en toiture installée par EDF-ENR en 2011 avec des modules Suntech 72 cellules Mono c-Si datant de 2008 et d’une puissance unitaire de 185 Wc (!). Bref du vieux stock chinois facturé plein pot par les petites mains de Pâris Mouratoglou, aujourd’hui derrière EREN, « Economie des Ressources Naturelles », LOL 😉

  6. Le déficit du commerce extérieur de la France était de 53,8 milliards d’euros en 2014. L’impact dû à l’importation de panneaux solaires d’Asie est de 500 millions. Cela représente moins de 1%. Est-ce scandaleux ?

  7. Et que dire des milliers d’investisseurs particuliers qui soutenaient le Solaire et qui ont investi des sommes souvent importantes en 2010 dans le solaire ultramarin au travers du système Girardin , et qui en plus d’avoir perdu le montant de leurs investissements P-V cédé pour l’euro symbolique à des sociétés bien connues en conseil financier!!!, ont également été redressés fiscalement parce qu’EDF par son moratoire avait réduit les tarifs initiaux de rachat d’électricité, ce qui a conduit à des désaccords, avec consécutivement des raccordements au réseau EDF non réalisés dans le délai fical imparti à ces investisseurs.
    En résumé EDF à aidé le FISC, les sociétés intermédiaires n’ont rien perdu, mais les particulier ont tout payé. Et il n’y a pas eu beaucoup d’échos de la profession pour les soutenir. C.Q.F.D!

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