Faut-il revoir à la baisse les soutiens publics aux énergies renouvelables ? La question a animé l’émission « Les Experts » sur BFM Business, animée par Raphaël Legendre, en réaction au récent rapport de la Cour des comptes. Autour de la table, Guillaume Dard, président de Montpensier Arbevel, Mathieu Plane de l’OFCE, et André Loesekrug-Pietri, président de la Joint European Disruptive Initiative (JEDI), ont confronté leurs analyses.
Un débat biaisé par la seule question des coûts
Premier constat partagé : le débat ne peut se limiter aux seuls coûts unitaires des renouvelables. Pour André Loesekrug-Pietri, la baisse rapide des coûts du solaire et de l’éolien ne doit pas masquer un enjeu majeur : leur intermittence. « Le coût de pilotage du système est souvent plus élevé que celui des technologies elles-mêmes », souligne-t-il.
Selon lui, la priorité n’est pas de réduire les soutiens, mais de mieux les orienter. Le véritable angle mort des politiques publiques reste le financement du stockage et des réseaux intelligents. « On subventionne les panneaux, mais pas suffisamment les batteries », regrette-t-il, appelant à un retour de l’« État stratège ».
Le solaire, énergie du XXIe siècle
Guillaume Dard défend pour sa part une vision résolument tournée vers le long terme. « L’énergie solaire est la seule solution à l’échelle mondiale », affirme-t-il, estimant que le nucléaire ne constitue qu’une réponse transitoire.
Il souligne l’immensité du potentiel solaire, encore largement inexploité, et met en avant les besoins croissants en électricité, notamment liés au développement des data centers et de l’intelligence artificielle. Pour lui, la transition énergétique est indissociable d’une stratégie industrielle, notamment dans le stockage, aujourd’hui largement dominé par des acteurs asiatiques.
Une transition qui a un coût… mais aussi un bénéfice
Mathieu Plane rappelle, de son côté, une réalité économique incontournable : la transition énergétique a un coût. Le rapport Pisani-Ferry évoque ainsi 66 milliards d’euros d’investissements supplémentaires par an pour atteindre les objectifs climatiques.
Mais ces dépenses doivent être mises en regard des coûts actuels des énergies fossiles. En 2022, la facture énergétique de la France a atteint 115 milliards d’euros, un niveau record. « La décarbonation est aussi une stratégie d’indépendance économique », insiste-t-il.
Les experts soulignent également que les renouvelables progressent rapidement : leur part dans la production d’électricité est passée de 18 % à 27 % entre 2016 et 2024.
Vers une politique énergétique plus stratégique
Finalement, le débat met en lumière un consensus : il ne faut pas freiner le développement des renouvelables, mais mieux structurer leur soutien. Tous s’accordent sur la nécessité d’une approche plus globale, intégrant production, stockage, réseaux et enjeux industriels.
Le risque, selon les intervenants, serait de mal interpréter le rapport de la Cour des comptes comme un appel à réduire les investissements. « Ce serait un contresens », estime Guillaume Dard, alors même que la transition énergétique apparaît comme un levier clé de souveraineté et de compétitivité.
Dans un contexte de tensions géopolitiques et de volatilité des prix de l’énergie, le débat sur le financement des renouvelables dépasse désormais la seule question budgétaire : il touche au cœur de la stratégie économique et industrielle de la France et de l’Europe.





