La crise énergétique actuelle agit comme un révélateur. Dans une récente analyse, le think tank Ember met en garde : la forte dépendance de l’Asie aux énergies fossiles expose durablement la région à des chocs d’approvisionnement et à une volatilité des prix qui fragilisent ses économies.
L’escalade des tensions au Moyen-Orient illustre cette vulnérabilité structurelle. Une part majeure du pétrole et du gaz mondial transite par des zones stratégiques comme le détroit d’Ormuz, dont dépendent largement les économies asiatiques. En 2024, environ 84 % du pétrole et 83 % du gaz naturel liquéfié transitant par ce corridor étaient destinés à l’Asie.
Une dépendance qui fragilise les économies
Cette exposition se traduit directement sur les économies nationales. La hausse des prix des combustibles fossiles pèse sur les balances commerciales, alimente l’inflation et fragilise les devises. Lors des précédents chocs énergétiques, certains pays comme Singapour ou la Thaïlande ont vu leur inflation dépasser respectivement 8,5 % et 6 %.
Pour Ember, cette situation résulte d’un « verrouillage fossile » (“fossil lock-in”) : des choix d’investissement passés et des infrastructures existantes qui rendent difficile la transition vers des alternatives plus propres.
Or, cette trajectoire apparaît de plus en plus risquée. Plusieurs pays asiatiques poursuivent encore des investissements massifs dans le gaz et le charbon, ce qui pourrait les enfermer dans une dépendance coûteuse et instable à long terme.
Les renouvelables, clé de la résilience énergétique
Face à ces risques, Ember appelle à accélérer le basculement vers les énergies renouvelables. Le développement du solaire et de l’éolien, couplé à des solutions de stockage, permettrait de réduire la dépendance aux importations et d’améliorer la sécurité énergétique.
L’analyse met également en avant un argument économique fort : produire de l’électricité à partir du solaire pourrait coûter nettement moins cher que de poursuivre l’expansion du gaz dans certaines régions d’Asie du Sud-Est.
Au-delà du coût, c’est la stabilité qui est en jeu. En s’appuyant davantage sur des ressources locales, les pays asiatiques pourraient se protéger des fluctuations des marchés internationaux et des tensions géopolitiques.
Un tournant stratégique pour l’Asie
Pour Ember, la conclusion est claire : la sortie du verrouillage fossile ne relève plus uniquement d’un objectif climatique, mais d’un impératif de sécurité économique et énergétique.
Dans une région où la demande d’électricité continue de croître rapidement, les choix réalisés aujourd’hui détermineront la capacité des économies asiatiques à résister aux crises futures.
L’enjeu dépasse ainsi la transition énergétique : il s’agit d’un véritable changement de modèle, où l’électricité décarbonée devient un pilier de la souveraineté économique.





