En ce début de printemps 2026 et alors que les Municipales viennent de livrer leur verdict, le syndicat Enerplan publie un document inédit de 16 pages à destination des collectivités, proposant 6 clés concrètes pour accélérer le déploiement de l’énergie solaire dans les territoires. Un guide qui tombe à pic dans un contexte de nouvelle crise énergétique génératrice de forte volatilité des prix de l’énergie et d’enjeux de souveraineté. On fait le point avec Richard Loyen, délégué général d’Enerplan !
Plein Soleil : Enerplan sort en ce 30 mars 2026 un vade-mecum consacré au développement de l’énergie solaire à l’attention des maires fraîchement élus. Un document qui prend tout son sens en pleine crise énergétique ?
Richard Loyen : Il est certain que la crise énergétique représente une injonction vitale à faire baisser la part du fossile et à accroître la part des renouvelables. Nous sommes dans le bon momentum. Mais ce guide va bien au-delà de ça. Il s’inscrit certes dans une actualité politique et énergétique particulièrement stratégique mais il met aussi en lumière des leviers opérationnels immédiatement mobilisables par les élus locaux. C’est la première fois qu’un document est ainsi spécifiquement publié pour les maires. Il fait œuvre de pédagogie. Pour les maires, nous entrons en effet dans un mandat solaire, un septennat solaire. Ils doivent face à une obligation de solarisation de tous leurs bâtiments publics à horizon 2031. Ce guide est l’occasion de faire un rappel réglementaire de toutes les obligations auxquelles ils doivent faire face.
« Il est temps pour les maires de reprendre la main sur la destinée énergétique de leur commune »
PS : Mais qui dit obligations, dit contraintes ?
RL : Justement. Les maires ne doivent pas subir ces obligations, ils doivent en faire de véritables opportunités. Il est temps désormais pour eux de reprendre la main sur la destinée énergétique de leur commune. Ils doivent placer la transition énergétique en haut de l’agenda pour sortir au plus vite du fossile. Avec cette nouvelle crise, la production locale doit être privilégiée afin d’en faire partager les bénéfices à la commune et à tous les administrés. C’est le bon moment pour lancer des diagnostics, pour anticiper une politique énergétique, pour programmer un plan de bataille stratégique mais aussi pour aller solliciter l’Ademe et son fonds chaleur à 800 millions d’euros pour 2026.
PS : Parmi les six clés pour le déploiement du solaire vous mettez l’accent sur les dispositifs d’approvisionnement possible mais aussi sur leur facilité de mise en œuvre. Etait-ce vraiment aussi simple que vous le dîtes alors que d’aucuns déplorent la complexité administrative des projets ?

RL : Prenez le cas d’une autoconsommation collective (ACC) patrimoniale. Il existe près de 800 boucles en France sur les 35 000 communes. Le potentiel est énorme. Et bien une ACC patrimoniale, c’est hyper simple à mettre en place pour une commune. C’est à la maille de l’EPCI (établissement public de coopération intercommunale) avec une com-com, une métropole ou un syndicat d’énergie. Il n’y a rien à créer, pas de régie. C’est simple, rapide et efficace. C’est surtout de bon sens pour ce qui est de la maîtrise du budget municipal avec une visibilité sur les prix de l’énergie pour les vingt prochaines années. Il ne faut pas hésiter. Autre approvisionnement possible, le PPA. La loi APER rend possible la signature d’un contrat d’approvisionnement entre une commune et un fournisseur. La signature d’un PPA public se révèle très opportune pour les développeurs. Cela permet de fiabiliser le financement d’un parc, de créer un effet de levier avec un acheteur pérenne.
« Le solaire ne doit pas être subi mais désiré et désirable »
PS : Les communes disposent de nombreux leviers pour agir : leur foncier, leur patrimoine, le contrôle sur leur PLU. N’est-ce pas aux communes à être créatives sur ces sujets ?
RL : Avec ce guide, nous les incitons à l’être. Elles sont en capacité de créer de nouveaux communs créateurs d’énergie locale, sur des parkings, des centres de tennis ou de padel, des halles, des piscines, des parcs d’exposition, des stations d’épuration, des zones d’activités économiques ou industrielles, des centres techniques. Embellir un parking avec des ombrières, c’est dispenser de l’ombrage et du confort et créer de la valeur. En matière d’urbanisme, le PLU peut être prescriptif mais tout en maîtrise. Le solaire ne doit pas être subi mais désiré et désirable. Le paysage est un bien commun. Les communes doivent travailler avec des paysagistes pour intégrer au mieux le solaire dans le territoire avec des haies végétalisées. Elles doivent initier un dialogue constructif avec les ABF au sein des périmètres protégés. Autant d’initiatives à lancer en début de mandat, sans perdre de temps…
PS : Quel rôle du solaire dans la mobilité électrique pour une commune ?
RL : Regardez une Ville comme Lorient qui est un bon exemple. Elle recharge son parc de véhicules électriques avec de l’électron solaire local. Ce sont les centrales solaires présentent sur les toitures des bâtiments communaux qui rechargent une partie des batteries des véhicules communaux. On pourrait aussi imaginer à l’avenir des transports scolaires roulant à l’électrique et rechargés par du solaire. Solaire et mobilité électrique, une synergie qui coule de source !
« Aujourd’hui, le solaire en circuits-courts est compétitif, seule compte la volonté politique »
PS : Un mot de l’inclusion et du rôle social que peut jouer le solaire au sein des communes ?
RL : Je tiens beaucoup à cette composante d’inclusion et de justice au sein de la transition énergétique, en solidarité pour les plus précaires. Nous incitons par exemple les bailleurs sociaux à s’engager auprès de Sol Solidaire, une association basée sur le principe du mécénat qui déploie des opérations d’ACC en circuits-courts dans le logement social. Le don d’électrons fait également partie des possibilités via les AMEP qui permettent à des autoconsommateurs de partager leur surplus avec leur entourage – voisins, associations, foyers en précarité énergétique – via l’autoconsommation collective.
PS : Quel serait votre message à l’attention des maires et des acteurs de votre filière pour conclure ?
RL : Aujourd’hui, le solaire en circuits-courts est compétitif, seule compte la volonté politique. Il faut le faire savoir. Pour les maires, c’est le moment d’agir afin de mettre en place des politiques publiques vertueuses. D’autant que le solaire est transpartisan. A quelques exceptions près, tout le monde est pour au sein de la mosaïque des territoires et sur l’ensemble du champ des possibles. A ce titre, nous encourageons également les développeurs et les installateurs à se saisir du guide et à aller voir les élus pour le faire connaître. Le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT), établissement public français paritaire et déconcentré qui accompagne les collectivités territoriales et leurs agents dans leur mission de service public, doit aussi jouer son rôle pour un prosélytisme solaire décomplexé. Autour d’un message fort ! Nous avons une solution qui relève de l’évidence pour sortir de la crise énergétique : le développement de l’énergie solaire dans les territoires. Lancez-vous !





