Face à la recrudescence des démarchages frauduleux liés à l’énergie, André Joffre, président du bureau d’études Tecsol et figure historique du photovoltaïque en France, appelle à une vigilance accrue des particuliers. Dans une interview accordée au quotidien L’Indépendant, il met en garde contre ces « éco-délinquants » qui profitent du contexte énergétique tendu pour multiplier les appels et propositions trompeuses.
« Dans cette période un peu bousculée, ils vont redoubler de vigilence », alerte-t-il, évoquant ces sollicitations téléphoniques promettant une prétendue « éligibilité » à des dispositifs énergétiques. Pour le dirigeant, la meilleure défense reste l’initiative individuelle : « Il faut être proactif. Si l’on est intéressé par les énergies renouvelables, il ne faut pas attendre qu’on vous appelle ». Il recommande de se tourner vers des installateurs qualifiés, formés et assurés, en privilégiant les circuits professionnels classiques.
Président de l’association Qualit’EnR, André Joffre insiste également sur l’importance de comparer les offres et de demander des références. « Il n’y a rien de tel que d’aller voir une installation existante et d’échanger avec un client », souligne-t-il, rappelant que les entreprises sérieuses n’hésitent pas à présenter leurs réalisations.
Une crise énergétique dominée par le gaz
Au-delà des risques de fraude, l’entretien aborde la situation énergétique actuelle, marquée selon lui par des tensions à venir, principalement sur le gaz. Si la production d’électricité reste globalement excédentaire en France, avec des exportations générant plusieurs milliards d’euros par an, la situation est tout autre pour le gaz, largement utilisé pour le chauffage.
Les perturbations liées au contexte international, notamment au Moyen-Orient, ont interrompu les flux habituels de gaz liquéfié, compromettant les capacités de stockage. « Tout ce qui aurait dû être stocké ne l’est pas depuis un mois », prévient André Joffre, anticipant des tensions dès l’automne et pour l’hiver prochain, notamment pour les ménages et l’industrie.
Face à cette situation, il estime que la réponse passe par une accélération de l’électrification des usages : développement du véhicule électrique, remplacement des chaudières fossiles par des pompes à chaleur et, plus largement, réduction de la dépendance aux hydrocarbures.
Autoconsommation et stockage : vers un nouveau modèle énergétique
Dans ce contexte, les énergies renouvelables apparaissent comme une solution de plus en plus centrale. André Joffre souligne notamment l’essor de l’autoconsommation photovoltaïque, désormais privilégiée à la revente d’électricité, dont les tarifs ont fortement diminué. « On arrive à ce que l’on souhaitait depuis toujours : produire pour s’autoalimenter directement », observe-t-il.
Le développement des batteries vient renforcer cette évolution. Les solutions de stockage, de plus en plus accessibles, permettent d’optimiser la consommation en fonction des prix de l’électricité. Certaines innovations, comme les véhicules électriques capables d’alimenter un logement, ouvrent de nouvelles perspectives.
Au-delà, André Joffre évoque déjà les prochaines étapes, notamment le développement de l’hydrogène vert. Des projets industriels, notamment en Espagne, visent à produire de l’hydrogène à partir de grandes centrales solaires, avec des ambitions d’exportation vers l’Europe.
À travers cette analyse, le président de Tecsol dessine une trajectoire claire : face aux incertitudes sur les énergies fossiles et aux dérives du marché, la transition vers des systèmes énergétiques locaux, renouvelables et maîtrisés apparaît plus que jamais comme une nécessité.





