Washington prépare des droits de douane sur le silicium polycristallin

Howard Lutnick, secrétaire américain au Commerce, a défendu jeudi des droits de douane sur le polysilicium pour puces et panneaux solaires, afin de relocaliser une production dominée par la Chine.

Des tarifs pour reconstruire l’amont industriel

Depuis la Maison Blanche, en présence de Donald Trump, Howard Lutnick a présenté ces droits de douane comme un instrument destiné à attirer aux États-Unis les maillons amont de la chaîne de valeur du silicium polycristallin et de ses dérivés. Ce matériau entre dans la fabrication des semi-conducteurs et des panneaux solaires, deux secteurs placés au centre de la politique industrielle américaine.

« Nous fabriquons les produits ici mais nous avons également besoin d’amener la chaîne d’approvisionnement. Nous mettons en place des droits de douane afin d’envoyer un signal pour construire ici. Notre industrie en la matière est trop restreinte », a déclaré le secrétaire au Commerce.

L’exécutif américain devrait aussi instaurer un prix plancher applicable au silicium polycristallin importé. Cette mesure viserait le même objectif que les tarifs douaniers : limiter l’avantage de coût des fournisseurs étrangers et soutenir une production localisée aux États-Unis.

Une enquête fondée sur la sécurité nationale

Le département américain du Commerce avait ouvert le 1er juillet 2025 une enquête sur les importations de silicium polycristallin et de produits dérivés. La procédure repose sur la section 232 du Trade Expansion Act de 1962, utilisée lorsque des importations sont susceptibles d’affecter la sécurité nationale des États-Unis.

Selon l’avis publié au Federal Register le 16 juillet 2025, l’enquête portait sur les effets de ces importations sur la sécurité nationale et sollicitait des commentaires, données et analyses auprès des parties intéressées. Le Bureau of Industry and Security du département du Commerce a piloté cette phase de consultation.

Ce cadre juridique autorise le président américain à ajuster les importations d’un produit, par des droits de douane, des quotas ou d’autres restrictions, si le secrétaire au Commerce conclut à une menace pour la sécurité nationale. Dans ce dossier, l’administration relie explicitement la dépendance industrielle aux usages critiques du polysilicium dans les puces et le solaire.

La Chine concentre l’essentiel de la chaîne solaire

La justification avancée par Washington s’inscrit dans une chaîne solaire mondiale fortement concentrée. Selon une publication de l’OCDE parue en 2026, les entreprises chinoises représentaient en 2025 presque 95 % de la production mondiale de polysilicium, tandis que leur part atteignait au moins 80 % sur les principaux segments de la filière photovoltaïque.

Le ministère américain de l’Énergie indiquait déjà que les États-Unis avaient relevé en 2024 à 50 % les droits visant notamment les semi-conducteurs, modules solaires, cellules, wafers et polysilicium dans le cadre de mesures commerciales antérieures. Les nouvelles mesures sur le silicium polycristallin viendraient donc s’ajouter à un dispositif tarifaire déjà dense autour des équipements solaires et électroniques.

Le silicium polycristallin constitue un intrant amont : il est transformé en lingots puis en wafers pour les cellules photovoltaïques, et en matériau de très haute pureté pour certains usages de l’industrie des semi-conducteurs. La décision américaine cible ainsi non seulement le produit brut, mais aussi les dérivés intégrés dans des composants plus avancés.

Le dossier administratif de l’enquête américaine est identifié sous la référence BIS-2025-0028, avec une période de commentaires publics close le 6 août 2025.

AFP.com

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