Aux Philippines, les ménages accélèrent leur passage au solaire de toiture

Séduit par les économies attendues, Edwin Salas fait poser un premier panneau photovoltaïque sur sa maison, pratique en forte expansion aux Philippines, où l’électricité est la plus chère d’Asie du Sud-Est.

Des factures élevées renforcent l’intérêt résidentiel

Dans sa maison située à environ deux heures au sud de Manille, Edwin Salas, 46 ans, voit dans le solaire photovoltaïque un moyen de réduire sa dépendance au réseau. « Même si nous n’arrivons pas à ramener la facture à zéro, nous pourrons économiser beaucoup et avoir de l’électricité même pendant les coupures de courant », explique-t-il.

Le gouvernement philippin vise une part de 35% d’énergies renouvelables dans le mix électrique en 2030. Dans le Philippine Energy Plan 2023-2050, le ministère de l’Énergie retient aussi un objectif de 50% à l’horizon 2040 pour la production d’électricité renouvelable.

Le ministère de l’Énergie indique que les Philippines affichent les tarifs d’électricité les plus élevés d’Asie du Sud-Est. En juin 2026, le prix moyen de l’électricité y atteignait 12,43 pesos philippins par kWh, soit 0,09 peso par kWh de plus que Singapour, selon des données du ministère reprises par la presse philippine.

Les importations chinoises alimentent l’essor du marché

Le groupe de réflexion Ember classe les Philippines comme le deuxième acheteur mondial de panneaux solaires chinois en 2026, derrière les Pays-Bas. Selon son analyse, la puissance photovoltaïque installée sur toiture serait passée d’environ 721 MW début 2025 à près de 1,3 GW en avril 2026, soit environ 600 MW supplémentaires en un peu plus d’un an.

Les données des douanes chinoises consultées par l’AFP montrent une hausse plus large des exportations chinoises de cellules et panneaux solaires. De janvier à mai, elles ont atteint 13,96 milliards de dollars, contre 11,07 milliards de dollars sur la même période de l’année précédente, soit une progression de 26%.

Cette dynamique concerne fortement l’Asie du Sud-Est, où les distributeurs s’approvisionnent majoritairement en Chine. Le rapport d’Ember souligne que le marché philippin demeure au début de sa phase de déploiement, les volumes importés excédant nettement les capacités déjà posées.

Centres commerciaux et ménages cherchent d’abord des économies

Pour Brenda Valerio, directrice nationale de l’ONG New Energy Nexus, le changement de motivation est net. « Pendant des années, le solaire sur les toits était souvent présenté comme un choix environnemental (…) Aujourd’hui, c’est une réponse concrète à la pression financière », estime-t-elle.

Les grands groupes immobiliers philippins utilisent déjà leurs toitures commerciales. SM Investments Corp indique que plus de 200.000 panneaux couvrent environ 50% du mix énergétique de ses centres commerciaux, tandis que Robinsons revendique 28 centres commerciaux alimentés par l’énergie solaire et qu’Ayala dispose de panneaux sur les toits de 13 centres.

« Nous installons des panneaux solaires sur nos centres commerciaux uniquement pour réduire notre consommation d’énergie », déclare Frederic DyBuncio, président-directeur général de SM Investments Corp. Le dirigeant estime que la baisse du prix des modules doit permettre au pays « d’en tirer parti ».

Le financement et le raccordement freinent encore le déploiement

Le coût initial reste un obstacle pour de nombreux ménages philippins. Selon Brenda Valerio, un système résidentiel standard représente « peut-être entre 3.000 et 5.000 dollars », un niveau qu’elle juge « trop élevé » pour une famille de classe moyenne sans solution de financement.

Le gouvernement propose un dispositif de financement destiné aux fonctionnaires, a indiqué une porte-parole du ministère de l’Énergie, mais les autres ménages disposent de moins d’options. L’Institute for Climate and Sustainable Cities, basé à Manille, estime que le potentiel reste considérable, seulement 0,5% des surfaces de toiture disponibles étant aujourd’hui équipées pour accueillir des installations solaires.

Les délais administratifs constituent un second frein. « Le problème des toits solaires, c’est la paperasse », a déclaré en juin le président du Sénat philippin, Sherwin Gatchalian, qui demande une procédure d’autorisation plus rapide et plus simple.

Selon Brenda Valerio, les démarches liées au compteur et au raccordement au réseau, théoriquement réalisables en dix jours, peuvent atteindre jusqu’à huit mois dans certaines zones.

AFP.com

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