À l’ouverture de la 9e Université de l’Autoconsommation Photovoltaïque (UAPV), ce mardi 23 septembre à Paris, Daniel Bour, président d’Enerplan, a livré un discours particulièrement offensif. Dénonçant le « solar bashing » et le manque de visibilité de la filière, il a plaidé pour un photovoltaïque pilotable, associant solaire, stockage et gestion de la consommation.
Habituellement mesuré dans ses interventions, Daniel Bour avait prévenu dès les premières minutes : cette ouverture de l’UAPV ne serait pas exclusivement consacrée à l’autoconsommation. Le contexte général de la filière solaire l’obligeait à « taper sur la table ».
Le président d’Enerplan estime que le secteur traverse actuellement une période de « solar bashing », marquée par une succession d’annonces défavorables et par une mise en accusation systématique du photovoltaïque. « Il y a un moment où trop, c’est trop », a-t-il lancé.
Stockage et hybridation : « on apporte des solutions »
Daniel Bour a rappelé qu’Enerplan réclame depuis plusieurs années une politique plus active en matière de stockage et d’appels d’offres hybrides.
Son raisonnement est simple : la courbe de production solaire est connue et sa variabilité ne constitue pas une découverte. Encore faut-il organiser les moyens permettant de déplacer l’électricité produite vers les moments où le système en a le plus besoin.
« On sait qu’on peut devenir pilotable », a-t-il insisté, estimant que les producteurs photovoltaïques ne doivent plus seulement injecter de l’électricité lorsqu’elle est produite, mais devenir capables de la délivrer au moment où elle est nécessaire.
Dans ce contexte, il regrette l’absence d’un véritable plan national consacré au stockage et le peu d’avancées sur les appels d’offres hybrides réclamés par la profession.
Une rupture dans la relation avec l’État
Le président d’Enerplan a ensuite évoqué ce qu’il considère comme une rupture récente dans les relations entre la filière et les pouvoirs publics.
Il a notamment cité les incertitudes autour du S21 ainsi que les perspectives concernant les futurs appels d’offres solaires. Selon Daniel Bour, les annonces reçues par la profession laisseraient entrevoir une absence de nouveaux appels d’offres photovoltaïques pendant une période encore indéterminée.
Il résume cette situation par une formule : « la visibilité du vide ».
Enerplan entend donc poursuivre les discussions avec les pouvoirs publics afin de maintenir les appels d’offres annoncés et de revenir sur les dispositions que le syndicat juge défavorables au secteur.
Le solaire a joué un rôle utile pendant l’été
Daniel Bour a également insisté sur le rôle joué par le photovoltaïque au cours de l’été 2026.
Selon son analyse, la production solaire a contribué à contenir les prix spot lors des périodes de forte consommation et de moindre disponibilité d’autres moyens de production. Il établit aussi un lien entre l’insuffisance de capacités de pilotage autour du solaire et le recours accru au gaz en soirée.
« On nous écrête […] pour quoi faire ? Pour allumer le gaz le soir », a-t-il résumé, plaidant ainsi pour une association beaucoup plus étroite entre photovoltaïque et stockage.
C’est l’un des fils rouges de son intervention : le sujet n’est plus seulement de produire davantage d’électricité solaire, mais de mieux valoriser cette production dans le temps.
L’électrification crée de nouveaux besoins
Daniel Bour a également pointé ce qu’il considère comme un paradoxe de la politique énergétique française.
Alors que de nouveaux usages électriques apparaissent, notamment avec les data centers, et que plusieurs grands projets commencent à se concrétiser, il juge contradictoire de ralentir parallèlement le développement d’une technologie qui peut être déployée rapidement.
« Pourquoi […] freiner absolument ce qui peut être à peu près au rendez-vous en 2029, à savoir le solaire ? », s’est-il interrogé.
Pour le président d’Enerplan, le développement du photovoltaïque doit donc être pensé en cohérence avec la stratégie d’électrification de la société.
L’autoconsommation a subi un coup d’arrêt
Revenant au thème central de l’UAPV, Daniel Bour a reconnu que l’autoconsommation avait elle-même subi un net ralentissement après la diminution, puis la suppression de certains soutiens.
Selon lui, l’État a désormais clairement fait le choix d’un modèle dans lequel l’autoconsommation doit se développer sans coût direct pour les finances publiques. Une évolution que la filière anticipait à terme, mais dont il critique la brutalité.
Il a également évoqué les conditions associées à la TVA réduite ainsi que certaines règles techniques ou industrielles qui, selon lui, complexifient inutilement le marché résidentiel.
« L’autoconsommation, c’est l’avenir »
Malgré ce constat sévère, Daniel Bour a conclu sur une conviction intacte : l’autoconsommation photovoltaïque est appelée à poursuivre son développement.
Elle répond, selon lui, à plusieurs enjeux simultanés : compétitivité de l’électricité solaire produite sur place, circuits courts énergétiques, sécurité d’approvisionnement et recherche d’une plus grande autonomie.
« L’autoconsommation, c’est l’avenir. Il n’y a aucun doute », a-t-il affirmé.
Le président d’Enerplan demande désormais qu’elle fasse l’objet d’une véritable politique nationale, plutôt que d’un développement qu’il juge encore trop discret et insuffisamment assumé.
Il rappelle enfin que plus d’un million de Français ont, selon lui, déjà choisi l’autoconsommation et voit dans cette dynamique l’expression d’une demande profonde des particuliers et des territoires pour davantage de solaire.
Au-delà du ton inhabituellement offensif de son intervention, le message adressé par Daniel Bour à l’ouverture de cette neuvième UAPV est donc double : la filière réclame de la visibilité, mais elle se dit aussi prête à faire évoluer son modèle. Produire ne suffit plus ; il faut désormais stocker, piloter et consommer l’électricité solaire au meilleur moment.





