José Donoso, directeur général de l’UNEF, l’Union espagnole photovoltaïque (syndicat professionnel de l’énergie solaire en Espagne), analyse les défis auxquels est confronté le solaire espagnol : prix nuls ou négatifs, ralentissement de l’autoconsommation, développement du stockage et électrification de la demande. Dans un entretien accordé au magazine Energías Renovables, il appelle à accélérer les réformes pour préserver l’avantage compétitif du photovoltaïque espagnol.
Energías Renovables : Comment se porte aujourd’hui le secteur photovoltaïque espagnol ?
José Donoso : Après plusieurs années de forte croissance, nous observons une stabilisation. La contribution du secteur au PIB a légèrement diminué de 0,17 %, une variation statistiquement peu significative, tandis que l’emploi reste pratiquement au même niveau que l’année précédente. Nous sommes cependant à un moment charnière qui impose des décisions importantes.
ER : Les prix nuls ou négatifs deviennent-ils un problème pour le solaire ?
J.D. : Oui, car le photovoltaïque capture aujourd’hui des prix nettement inférieurs à la moyenne du marché espagnol. L’électricité se négocie en moyenne autour de 68 à 69 €/MWh, alors que le solaire obtient plutôt autour de 30 €/MWh, avec certaines heures à zéro, voire à prix négatif. Il faut accélérer la nouvelle demande électrique et développer le stockage pour valoriser cette production. Environ 75 GW de nouvelles demandes de raccordement ont déjà été accordées alors que la demande moyenne actuelle est de 25 GW. Même si tous ces projets ne verront pas le jour, le potentiel d’électrification est considérable.
ER : Pourquoi l’autoconsommation ralentit-elle ?
J.D. : Elle avait été portée par deux moteurs : les prix très élevés de l’électricité et les aides Next Generation. Leur disparition a entraîné une chute d’environ 50 % du marché. Nous constatons aujourd’hui une certaine stabilisation, mais il faut simplifier les procédures. Nous demandons notamment que la procédure simplifiée soit portée de 100 à 500 kW, conformément à la directive européenne, et que la distance autorisée pour l’autoconsommation collective passe de deux à cinq kilomètres. Des avantages fiscaux seraient également nécessaires.
ER : Le stockage devient-il incontournable ?
J.D. : Absolument. Les batteries permettent de retirer l’électricité du marché lorsque les prix sont nuls et de la restituer lorsque le soleil disparaît. La réglementation doit faciliter l’hybridation des centrales. Pour l’UNEF, les futurs appels d’offres devraient désormais associer photovoltaïque et stockage : la batterie doit devenir aussi importante dans une centrale solaire que le panneau lui-même.
ER : Quel est alors le grand défi des prochaines années ?
J.D. : L’électrification. Il faut investir dans les réseaux, faciliter l’électrification de l’industrie, accélérer le véhicule électrique et développer le transport ferroviaire. Le photovoltaïque peut donner à l’Espagne un avantage compétitif majeur, à condition de réussir à étendre cet avantage à l’ensemble de l’économie.
Lire l’interview détaillée en espagnol sur le site Energías Renovables





