Tribune collective : « Sacrifier les CEE, c’est sacrifier notre avenir »

Depuis plusieurs mois, les Français sont soumis à une nouvelle et insupportable flambée des prix de l’énergie, qui ampute encore leur pouvoir d’achat. Face à cette crise, plusieurs personnalités publiques érigent une solution mirage/miracle et promettent de baisser immédiatement les prix à la pompe – on a entendu jusqu’à 25cts du litre – en effaçant d’un coup de baguette magique ces mystérieux « CEE ». Tribune collective.

Si l’idée est illusoire (car supprimer ces CEE n’aurait que peu ou pas d’effet sur les prix en station), elle est surtout dangereuse et extrêmement contre-productive.

Céder à cette idée simpliste serait une erreur stratégique : sans les CEE, il serait impossible de réussir le virage qui doit nous rendre moins dépendants aux énergies fossiles et à la géopolitique mondiale.

Vouloir affaiblir le dispositif des CEE, c’est oublier qu’il finance 8 à 10 milliards d’euros d’aides à la transition énergétique, à l’électrification, à la réduction de nos consommations d’énergie et à la lutte contre la précarité énergétique.

Car derrière cet acronyme se cache en réalité le seul dispositif permettant aux Françaises et aux Français de s’acheter un véhicule électrique, de remplacer leur chaudière vétuste par une pompe à chaleur, d’isoler leur logement, sans que cela coûte un euro à l’État.

Or toutes ces solutions sont bien les seules qui puissent garantir à chaque foyer de réduire sa dépendance au pétrole, au gaz, au fioul et défendre son pouvoir d’achat.

Si le dispositif est certes imparfait, regardons tout de même 3 chiffres avant de le condamner.

Depuis 2022, plus d’un million d’interventions ont été financées grâce au dispositif des CEE, plus connues sous le nom de « primes » ou « coups de pouce ». Isolation de combles, systèmes de chauffage à énergie fossile remplacés par une pompe à chaleur, acquisition de voiture électrique : année après année, ces aides permettent aux foyers de réduire leur consommation d’énergie, d’électrifier leurs usages, à la maison ou au volant. Elles permettent également de rénover leurs écoles, les hôpitaux… Et ce faisant, elles contribuent à ce que chacune et chacun soit progressivement libéré d’une dépendance mortifère aux énergies fossiles. Chaque année, ces primes et coups de pouce versés aux Français et aux entreprises représentent environ 9 milliards d’euros.

100 000 familles au volant d’une voiture électrique pour moins de 200 euros par mois

En deux ans, le dispositif de « leasing social » a permis à 100 000 familles de passer à la voiture électrique, avec un loyer inférieur à 200 euros par mois. Parmi elles, près d’une famille sur deux vit en zone rurale, là où la voiture est tout simplement vitale pour travailler ou emmener ses enfants à l’école. Ici aussi, ce sont les CEE qui permettent de financer le dispositif.

Et demain, le modèle sera décliné pour aider les familles à revenus modestes à passer à la pompe à chaleur.

Des centaines de milliers d’entreprises et d’emplois. Isolation, chauffage, ventilation, installation, entretien : ces chantiers sont réalisés par des artisans et des PME présents dans chaque territoire. Aucun de ces emplois ne peut être délocalisé. On n’isole pas des combles depuis l’étranger.

Ce dispositif n’est pas parfait, et ceux qui y travaillent le savent mieux que quiconque. Il est trop complexe pour un artisan seul face à ses dossiers. Ses règles changent trop souvent. Des fraudeurs ont abusé de la confiance des ménages et sali le travail de milliers d’entreprises honnêtes. Tout cela appelle des corrections fermes : contrôles, sanctions, simplification, stabilité, dont certaines ont déjà été mises en œuvre ou décidées par le gouvernement.

Mais rien de tout cela n’appelle la suppression.

Car le besoin, lui, ne disparaîtra pas avec la suppression du dispositif. Il y aura toujours des logements à rénover, des chaudières au fossile à remplacer, des familles qui ne peuvent pas avancer 15 000 euros de travaux. Et chaque hiver, chaque hausse du prix du carburant rappellera que ceux qui n’ont pas pu changer de chauffage ou de voiture sont ceux qui paient le plus.

La vraie question avant de proposer la suppression de ce dispositif serait de savoir ce que l’on propose à la place. Suspendre, c’est supprimer le financement de ce qui protège les ménages des crises énergétiques. Cela ne fait pas disparaître le problème. Cela fait disparaître la solution.


Organisations signataires : AFPAC, AVERE, CAPEB, CLEAN TECH FOR France, réseau CLER, CSIAM, COEDIS, FFB, FFIE, FIEEC, France Renouvelables, GIFAM, GIMELEC, GPCEE, IGNES, LUCIOLE, UFE, UNICLIMA

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