Méditerranée : plus de 550 GW de projets éoliens et solaires dans les tuyaux

À l’approche de la COP31, qui doit se tenir à Antalya, Global Energy Monitor (GEM) publie une étude consacrée au potentiel éolien et solaire de la Méditerranée. Le constat est spectaculaire : la région compte déjà 251,6 GW de capacités éoliennes et solaires en service et plus de 552 GW de nouveaux projets annoncés ou en développement. Mais le défi n’est plus seulement de fixer des objectifs : il faut désormais transformer cette masse de projets en capacités réellement construites, raccordées et financées.

La Méditerranée apparaît comme l’un des grands réservoirs mondiaux de croissance des renouvelables. Selon GEM, les projets éoliens et solaires de grande taille annoncés ou en développement atteignent 552 GW, soit légèrement plus que l’ensemble des capacités électriques actuellement projetées aux États-Unis, toutes technologies confondues. La région représente également près de 10 % des projets éoliens et solaires mondiaux susceptibles d’entrer en service avant la fin de la décennie.

251,6 GW déjà en exploitation

La Méditerranée compte aujourd’hui 100,9 GW d’éolien et 150,7 GW de solaire, soit 251,6 GW au total. Plus de 40 % du solaire en exploitation est diffus, c’est-à-dire installé sur des toitures ou dans des installations de petite taille.

La répartition reste toutefois très déséquilibrée. Environ 82,5 % des capacités éoliennes et solaires actuellement en service sont situées en Europe, alors que l’Afrique du Nord dispose d’un potentiel technique considérable. Cette géographie pourrait néanmoins se rééquilibrer : parmi les projets susceptibles d’entrer en service d’ici 2030, 51 % se situent en Europe et 49 % en Afrique du Nord et en Asie du Sud-Ouest.

361 GW pourraient être mis en service d’ici 2030

Sur les 552 GW annoncés ou en développement, 361,3 GW disposent d’une date estimée de mise en service avant fin 2030. Ce potentiel reste néanmoins largement théorique : GEM rappelle qu’à l’échelle mondiale, seule environ la moitié des projets éoliens et solaires planifiés ont été mis en service dans les délais prévus en 2024.

Cette prudence est d’autant plus nécessaire que les objectifs régionaux sont encore plus ambitieux. L’initiative TeraMed vise par exemple 1 000 GW de capacités renouvelables installées en Méditerranée avant 2030. Selon les données de GEM, la région n’aurait pour l’instant réalisé qu’environ 38 % de cet objectif.

L’Espagne en tête en Europe

L’étude met particulièrement en avant l’Espagne. Elle dispose de 108,8 GW de projets solaires de grande taille et de 56,5 GW de projets éoliens en perspective. Le pays se classe ainsi premier en Europe pour les projets photovoltaïques de grande taille et troisième pour l’éolien.

GEM estime que l’Espagne dispose, entre ses capacités existantes et ses projets, d’un potentiel suffisant pour dépasser de près de 100 % ses objectifs solaires nationaux pour 2030 et d’environ 40 % ses objectifs éoliens, sous réserve bien sûr que les projets soient effectivement réalisés.

Le rapport souligne aussi un effet déjà perceptible pour les consommateurs. Une analyse d’Ember citée par GEM estime que les renouvelables permettent à un ménage espagnol moyen d’économiser environ 19 % sur sa facture mensuelle d’électricité, soit une dizaine d’euros par mois, en contribuant à stabiliser les prix de marché.

L’Égypte, nouveau géant potentiel

L’autre grand cas d’étude est l’Égypte, devenue le principal marché émergent d’Afrique du Nord pour l’éolien et le solaire de grande taille. Le pays ne dispose encore que d’environ 6,3 GW de capacités éoliennes et solaires en exploitation, mais près de 94,6 GW sont en développement, répartis presque à parts égales entre solaire et éolien.

Une part importante de ces projets est liée à l’hydrogène vert : GEM estime à 37,7 GW les capacités renouvelables associées à des projets de production d’hydrogène.

Le vrai verrou : réseaux, financements et permis

Le principal enseignement de l’étude est peut-être là : le potentiel renouvelable existe, mais son déploiement dépend désormais beaucoup plus des infrastructures et des politiques publiques que de la ressource solaire ou éolienne elle-même.

GEM identifie trois freins majeurs : la capacité des réseaux et des interconnexions, l’accès au financement et la lenteur des procédures d’autorisation. Les écrêtements de production sont déjà fréquents, notamment en Espagne et en Grèce, ce qui renforce l’urgence d’investir dans les réseaux et les interconnexions.

Le besoin de capitaux est considérable. En s’appuyant sur les coûts d’investissement moyens publiés par l’Irena, GEM estime à environ 792 milliards de dollars le montant nécessaire pour réaliser l’ensemble des projets éoliens et solaires actuellement prévus dans la région.

Or les capitaux restent très inégalement répartis : en 2024, l’Europe a capté 137 milliards de dollars d’investissements dans les renouvelables, contre seulement 21 milliards pour l’Asie du Sud-Ouest et l’Afrique du Nord.

Des délais administratifs encore trop longs

Le rapport insiste également sur le poids des procédures. Dans certains pays méditerranéens, les délais d’autorisation atteignent 24 à 48 mois, auxquels s’ajoutent des procédures de raccordement parfois opaques ou imprévisibles. GEM considère aujourd’hui le risque réglementaire comme l’un des principaux obstacles à l’investissement renouvelable dans la région.

Plusieurs États ont commencé à réagir en créant des zones d’accélération et en raccourcissant les délais d’instruction. La Grèce, par exemple, a engagé des réformes ayant contribué à accélérer les mises en service solaires et éoliennes ces dernières années.

La Méditerranée face au défi du passage à l’échelle

Pour GEM, la COP31 doit donc marquer le passage d’une logique d’objectifs à une logique d’exécution. La région dispose déjà d’un portefeuille de projets considérable, de ressources solaires et éoliennes exceptionnelles et d’un début de coopération régionale.

Mais l’enjeu sera désormais de construire les réseaux, mobiliser les financements, accélérer les autorisations et renforcer les interconnexions entre les deux rives de la Méditerranée.

Avec plus de 550 GW de projets en perspective, la question n’est plus vraiment de savoir si le solaire et l’éolien peuvent jouer un rôle majeur autour de la Méditerranée, mais combien de ces projets parviendront effectivement à sortir de terre avant 2030.

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