Intervenant au colloque du Syndicat des énergies renouvelables (SER), le 29 septembre 2026, Patrick Pouyanné a défendu la poursuite des investissements dans le photovoltaïque en France, tout en appelant à faire évoluer les mécanismes de soutien. Pour le président-directeur général de TotalEnergies, le solaire terrestre est désormais suffisamment mature pour prendre davantage de risque de marché, à condition de simplifier les procédures et d’accélérer l’hybridation avec les batteries.
Patrick Pouyanné part d’un constat simple : les technologies renouvelables n’en sont plus au même stade qu’il y a quinze ans. À l’époque, il fallait sécuriser leurs revenus pour permettre leur développement. Aujourd’hui, estime-t-il, le solaire terrestre et l’éolien terrestre sont devenus suffisamment compétitifs pour fonctionner avec des dispositifs davantage exposés au marché.
Le patron de TotalEnergies critique notamment un système où l’État prend une grande partie du risque de prix. Selon lui, cela peut limiter les incitations à réduire les coûts et contribuer indirectement à renchérir le foncier, les raccordements ou certaines procédures.
Miser davantage sur les PPA et les batteries
Patrick Pouyanné cite le modèle américain, fondé notamment sur des soutiens fiscaux à l’investissement, mais laissant ensuite davantage les producteurs exposés au marché.
Cette logique aurait, selon lui, un avantage : elle pousse les développeurs à sélectionner les projets les plus compétitifs et à installer plus rapidement des batteries pour gérer les écarts de prix.
Il plaide ainsi pour davantage de PPA de long terme, qui donnent aux industriels une visibilité sur leur prix d’électricité pendant dix à quinze ans. L’étape suivante serait celle des PPA hybrides, associant solaire, éventuellement éolien, stockage et moyens flexibles.
« Il faut continuer à investir en France »
Patrick Pouyanné tient toutefois à dissocier l’évolution des mécanismes de soutien d’un éventuel ralentissement des renouvelables.
Il estime au contraire qu’il faut « continuer à investir en France dans les renouvelables » et considère que la crise énergétique récente a confirmé l’intérêt de disposer d’une électricité abondante. La stabilité relative des prix français s’explique, selon lui, à la fois par le nucléaire et par les renouvelables.
Il suggère notamment de faire évoluer les appels d’offres de la CRE pour favoriser davantage les projets solaire + batterie, alors que le coût des batteries a fortement baissé ces dernières années.
TotalEnergies en retard sur ses objectifs français
Le dirigeant reconnaît par ailleurs que TotalEnergies n’a pas atteint en France les objectifs qu’il s’était fixés.
Lors de l’accélération de sa stratégie renouvelable en 2020, le groupe visait environ 5 GW dans l’Hexagone. Il n’en aurait réalisé qu’environ 2 GW, malgré un pipeline important.
Pour Patrick Pouyanné, les difficultés ne viennent pas du financement mais des caractéristiques du marché français : foncier cher, taille limitée des projets, délais administratifs, recours et procédures longues.
« Ce n’est pas du tout un problème de financement. On est prêt à financer », souligne-t-il.
Le coût du raccordement pointé du doigt
Le président de TotalEnergies insiste également sur le poids du raccordement.
Il estime que celui-ci représente en France environ 25 % du coût des modules d’une installation solaire, contre 10 % en Allemagne.
À ses yeux, une partie de l’écart de compétitivité avec les pays voisins tient donc à l’accumulation de contraintes et de coûts périphériques.
Son raisonnement est que la baisse des tarifs de soutien pourrait venir non pas d’un ralentissement des volumes, mais d’une diminution du coût global des projets.
Solaire, batterie et réseau
Patrick Pouyanné insiste enfin sur la nécessité de penser ensemble production, stockage et réseau.
Après un récent déplacement en Chine, il dit avoir été frappé par le travail réalisé autour de très grands ensembles associant solaire, batteries et infrastructures de réseau.
Pour TotalEnergies, l’hybridation devient un enjeu central. Plus la part des renouvelables augmente, plus les phénomènes d’écrêtement peuvent réduire la valeur économique des installations.
La prochaine étape du photovoltaïque serait donc, selon lui, de produire une électricité non seulement décarbonée, mais aussi plus régulière et plus utile au réseau.
Patrick Pouyanné résume ainsi une orientation désormais structurante pour le secteur : continuer à déployer du solaire, mais en l’intégrant davantage avec le stockage et les réseaux.






