Lors de l’Université de l’autoconsommation organisée par Enerplan, Frédéric Joffre, ingénieur expert chargé des grands comptes chez TECSOL, a présenté les évolutions susceptibles de transformer le solaire distribué. Baisse des coûts, standardisation des équipements, nouvelles technologies et mobilité électrique ouvrent des perspectives. Avec une conviction : étudier désormais le stockage dans chaque projet photovoltaïque.
Quel rapport entre une fraise, un silo à céréales et une batterie ? Pour Frédéric Joffre, ces exemples illustrent une même transformation économique : la possibilité de dissocier le moment de la production de celui de la consommation. Le stockage des céréales et la chaîne du froid ont profondément changé les marchés alimentaires. Les batteries pourraient jouer un rôle comparable pour l’électricité solaire.
Cette image donne le ton de sa keynote : le stockage dépasse la simple fonction d’équipement complémentaire. Il permet de repenser la valorisation de l’électricité et les services proposés aux consommateurs.
Deux voies pour valoriser le stockage
Frédéric Joffre distingue deux grandes logiques économiques. La première consiste à intervenir sur les marchés de l’électricité : charger une batterie lorsque les prix sont bas, puis restituer l’énergie lorsqu’ils remontent. Associée à une installation photovoltaïque, elle permet également de déplacer la vente de la production vers des heures plus rémunératrices.
La seconde repose sur l’autoconsommation. L’électricité solaire stockée peut couvrir des besoins qui surviennent après les heures de production et remplacer des kilowattheures achetés au fournisseur. La valeur dépend alors du contrat du consommateur, de ses usages et du décalage entre production et consommation.
Une même batterie peut donc répondre à plusieurs objectifs. Mais leur combinaison exige un dimensionnement adapté et un pilotage cohérent : toutes les possibilités de revenus ne peuvent pas être additionnées sans tenir compte des contraintes d’exploitation.
Une filière qui doit diversifier ses modèles économiques
Pour l’intervenant, le photovoltaïque entre dans une nouvelle étape. Les dispositifs de soutien et les recettes garanties ont permis de structurer la filière et de sécuriser son financement. Le développement de modèles associant production, stockage et flexibilité ouvre désormais la perspective de projets davantage fondés sur la valeur de l’énergie et des services rendus.
Cette évolution pourrait réduire l’exposition aux changements de politique publique. Elle implique toutefois de nouvelles compétences : anticiper les prix, comprendre les usages, gérer les risques et construire des revenus suffisamment robustes pour convaincre les financeurs.
Frédéric Joffre souligne également la nécessité de travailler sur les coûts français de développement des projets, notamment les délais, les procédures et les contraintes réglementaires.
Quatre transformations à suivre
La baisse des coûts constitue le premier moteur de cette évolution. Frédéric Joffre évoque un recul de l’ordre de 70 % depuis 2022 pour les systèmes auxquels il fait référence. Son message aux professionnels est surtout méthodologique : une étude fondée sur des prix anciens peut conduire à écarter un projet dont l’économie a profondément changé.
Il identifie ensuite quatre transformations : le développement de cellules conçues spécifiquement pour le stockage stationnaire, l’émergence du sodium-ion, la standardisation des équipements et l’utilisation des batteries des véhicules électriques.
Le sodium-ion suscite notamment son intérêt pour la disponibilité des matières premières et ses perspectives techniques. Les gains de coût et de durée de vie qu’il envisage restent néanmoins des projections, dépendantes des produits et de leur industrialisation.
La standardisation est déjà un changement concret. Aux assemblages sur mesure succèdent des équipements intégrés, plus faciles à déployer et à reproduire. Quant à la recharge bidirectionnelle des véhicules, elle pourrait élargir les capacités disponibles, sous réserve de compatibilité des véhicules, des bornes et des installations électriques.
La valeur se déplace vers le pilotage
Une batterie ne crée pas de valeur par sa seule présence. Frédéric Joffre insiste sur les systèmes de gestion de l’énergie, les partenaires capables de valoriser la flexibilité et l’adaptation des financements.
Le pilotage devient central pour arbitrer entre autoconsommation, vente et services au réseau. Une veille régulière sur les équipements, les prix et les conditions de marché est donc indispensable.
Étudier systématiquement, installer lorsque cela se justifie
À une question sur la puissance minimale justifiant une batterie, sa réponse est claire : la rentabilité dépend d’abord du profil de consommation et du prix de l’électricité acheté.
Chez TECSOL, explique-t-il, l’ajout de stockage est désormais étudié sur tous les projets. Cela ne signifie pas qu’une batterie soit installée dans chaque cas. Lorsque l’investissement n’est pas retenu, l’objectif est de préserver les possibilités techniques d’une intégration ultérieure.
Enfin, Frédéric Joffre rappelle une limite essentielle : les batteries évoquées répondent principalement à des besoins de quelques heures, voire de quelques jours. Elles ne résolvent pas, à elles seules, le décalage saisonnier entre production solaire et chauffage hivernal. Le stockage s’inscrit ainsi dans un système associant plusieurs moyens de production et de flexibilité.
La formation « Photovoltaïque & Stockage », organisée fin septembre par TECSOL, a rencontré un vif succès. De nombreux lecteurs, indisponibles à cette date, ont regretté de ne pas pouvoir y participer. Pour répondre à cette demande, une nouvelle session aura lieu le 19 novembre.
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