Amar Bellal (PCF) : « Il faut sortir de la guerre de religion entre nucléaire et renouvelables »

Lors du colloque annuel de France Renouvelables, organisé le 7 octobre, Amar Bellal, représentant du Parti communiste français et de Fabien Roussel, a présenté la stratégie énergétique du PCF à travers son plan « Empreinte 2050 ». Objectif : atteindre la neutralité carbone en doublant la production d’électricité, grâce à un développement parallèle du nucléaire et des renouvelables. Le PCF défend également une forte intervention publique dans le financement, la planification territoriale et la reconstruction des filières industrielles.

Pour Amar Bellal, la réflexion ne doit pas se limiter au système électrique. Le PCF a élaboré un véritable « plan climat » visant la neutralité carbone en 2050, en intégrant les besoins futurs de transport, de chauffage, d’industrie et de réindustrialisation.

La conclusion de ce travail est, selon lui, sans ambiguïté : la France devra doubler sa production d’électricité pour remplacer les combustibles fossiles tout en maintenant les usages nécessaires à la vie économique et sociale.

Plus de 400 TWh d’électricité renouvelable en 2050

Le scénario présenté par Amar Bellal prévoit une réduction de moitié de la dépendance aux énergies fossiles dès 2035.

À l’horizon 2050, le PCF envisage un peu plus de 400 TWh de production électrique renouvelable, répartis approximativement à parts égales entre solaire et éolien. Le reste de l’électricité serait principalement fourni par le nucléaire.

« Ce sont deux chantiers immenses », souligne-t-il : celui du renouvellement et du développement du parc nucléaire, mais aussi celui du déploiement massif des renouvelables, des réseaux et des infrastructures nécessaires.

« Sortir de la guerre de religion nucléaire-renouvelables »

C’est l’un des messages les plus appuyés de son intervention. Amar Bellal refuse d’opposer nucléaire et énergies renouvelables.

« On a 25 ans pour doubler la production d’électricité », rappelle-t-il, en soulignant que le plan du PCF est critiqué aussi bien par les antinucléaires que par les opposants aux renouvelables.

Pour lui, les futurs réacteurs nucléaires, dont les premiers pourraient entrer en service dans la seconde moitié des années 2030, seront nécessaires aux côtés des renouvelables. Le nucléaire contribuerait également à la stabilité du système électrique et faciliterait le déploiement d’importantes capacités solaires et éoliennes.

L’efficacité plutôt que la sobriété comme point de départ

Amar Bellal établit une distinction entre sobriété et efficacité énergétique. Le PCF ne fait pas de la réduction volontaire des usages le point de départ de son scénario.

Il mise davantage sur l’efficacité liée à l’électrification. Une voiture électrique ou une pompe à chaleur consomment, rappelle-t-il, beaucoup moins d’énergie qu’un véhicule thermique ou qu’un chauffage fossile.

Le PCF estime ainsi pouvoir réduire d’environ 40 % la consommation totale d’énergie en 2050 tout en doublant la production d’électricité. Un résultat qui peut sembler paradoxal mais qui s’explique par le rendement supérieur des usages électriques.

Une électrification accessible à tous

Cette transition doit toutefois rester socialement accessible. Amar Bellal insiste sur le fait que la voiture électrique ou la pompe à chaleur ne doivent pas rester réservées aux ménages les plus aisés.

Il évoque notamment l’objectif d’une voiture électrique à moins de 10 000 euros et appelle à une politique industrielle capable d’orienter les constructeurs vers des véhicules abordables plutôt que vers les seuls SUV haut de gamme.

Pour le représentant du PCF, l’acceptabilité de la transition dépend directement de cette dimension sociale.

Nationalisations et financement à taux zéro

Pour réaliser ces investissements considérables, Amar Bellal ne veut pas s’en remettre uniquement aux marchés financiers.

Le PCF propose la nationalisation d’entreprises considérées comme stratégiques et souhaite développer des financements à taux très faibles, voire à taux zéro, pour les investissements climatiques.

Il estime qu’un financement massif aux taux du marché ferait fortement augmenter les coûts du système énergétique et, in fine, les factures des consommateurs. Il appelle notamment à faire évoluer le rôle de la Banque centrale européenne pour permettre la création de lignes de crédit spécifiques aux investissements liés à la transition climatique.

Planifier aussi les renouvelables dans les territoires

Amar Bellal critique également ce qu’il qualifie d’« open bar » dans le développement des renouvelables. Il souhaite une véritable planification territoriale, afin d’éviter certaines implantations jugées incohérentes qui alimentent ensuite la défiance envers les filières.

Pour le PCF, le développement des renouvelables devrait être davantage porté ou encadré par la puissance publique et moins dépendre d’une logique purement financière.

Reconstruire une industrie européenne

La souveraineté constitue un autre pilier du projet. Amar Bellal appelle à reconstruire des filières industrielles françaises et européennes dans le solaire, l’éolien, les pompes à chaleur, les batteries ou encore les électrolyseurs.

Il cite notamment l’abandon de projets industriels photovoltaïques en France comme le symbole des difficultés européennes à financer et développer une industrie capable de répondre à ses propres ambitions énergétiques.

Sa proposition : créer de véritables « géants européens » dans plusieurs technologies stratégiques, sur un modèle comparable à Airbus.

La « souveraineté de la matière grise »

Enfin, Amar Bellal insiste fortement sur les compétences. Enseignant lui-même en génie civil, il s’inquiète de l’affaiblissement des filières scientifiques, des universités et de la formation technique.

Construire des centrales nucléaires, des parcs solaires et éoliens ou des milliers de kilomètres de réseaux nécessite ingénieurs, techniciens et ouvriers qualifiés. La souveraineté énergétique est donc aussi, selon sa formule, une « souveraineté de la matière grise ». Texte collé

La stratégie présentée par Amar Bellal repose ainsi sur un choix assumé : doubler la production électrique, développer simultanément nucléaire et renouvelables, électrifier massivement les usages, reconstruire les filières industrielles et mobiliser la puissance publique pour financer et planifier cette transformation.

Pour le PCF, la neutralité carbone ne pourra être atteinte ni par le nucléaire seul, ni par les renouvelables seuls, mais par la combinaison des deux dans un système énergétique profondément transformé.

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