Dans un entretien accordé au quotidien L’Indépendant, André Joffre, fondateur du bureau d’études Tecsol à Perpignan et vice-président du Syndicat national des professionnels de l’énergie solaire, alerte sur un enjeu encore trop peu pris en compte : le développement massif de l’intelligence artificielle va provoquer une forte augmentation des besoins en électricité. Une évolution qui place les énergies renouvelables au cœur de la souveraineté numérique française.
L’entretien fait suite à une tribune cosignée dans Les Échos, dans laquelle André Joffre souligne que les futurs data centers nécessaires à l’IA absorberont rapidement les excédents électriques dont disposait jusqu’ici la France. Selon lui, le pays entre dans une nouvelle séquence énergétique : la demande liée à l’intelligence artificielle ne progressera pas lentement, comme celle liée à l’électrification des usages, mais pourrait apparaître de manière beaucoup plus rapide et massive.
André Joffre rappelle notamment que le patron de Mistral AI a évoqué un besoin de 40 gigawatts supplémentaires dans les prochaines années, soit un ordre de grandeur considérable, proche des deux tiers de la puissance nucléaire actuellement installée en France. Face à cette accélération, les renouvelables apparaissent comme la seule réponse mobilisable à court terme. Les nouveaux réacteurs nucléaires auront leur place dans le mix futur, mais ils ne seront pas disponibles avant une quinzaine d’années. D’ici là, le solaire, l’éolien et les batteries seront indispensables pour alimenter les nouvelles infrastructures numériques sans accroître les émissions de CO₂.
L’entretien met également en lumière la dimension stratégique de cette question. Alors que les États-Unis limitent déjà l’exportation de certains modèles avancés d’intelligence artificielle, l’IA s’impose comme un enjeu de souveraineté. Pour André Joffre, la France ne pourra développer une intelligence artificielle indépendante que si elle dispose d’une électricité abondante, compétitive et décarbonée.
Il s’inquiète toutefois du ralentissement actuel des nouveaux projets renouvelables et des difficultés rencontrées par plusieurs entreprises de la filière. Une situation paradoxale, estime-t-il, alors même que cette industrie sera bientôt indispensable à la compétitivité du pays.
André Joffre se veut néanmoins optimiste. La révision attendue de la stratégie énergétique française pourrait permettre de mieux intégrer cette nouvelle donne : la transition énergétique n’est plus seulement une réponse au défi climatique, elle devient aussi une condition de souveraineté industrielle et numérique.





