Aurélie Trouvé (LFI) : « Le maître mot, c’est la planification »

Lors du colloque annuel du Syndicat des énergies renouvelables (SER), organisé le 29 septembre, Aurélie Trouvé, représentante de La France insoumise (LFI) et de Jean-Luc Mélenchon, a défendu une stratégie énergétique fondée sur la sortie des énergies fossiles, la sobriété, l’électrification massive et un développement très soutenu des renouvelables. Elle fixe un objectif de 35 % d’énergies renouvelables en 2032 et de 100 % en 2060, avec une intervention renforcée de l’État dans la planification, le financement et la réindustrialisation.

Pour Aurélie Trouvé, le principal problème énergétique français n’est pas le développement excessif des éoliennes ou du solaire, mais la dépendance persistante au pétrole et au gaz. Elle décrit cette dépendance comme une menace à la fois écologique, géopolitique et sociale, notamment en raison de l’exposition des ménages aux variations des prix des carburants et du chauffage.

La France doit, selon elle, maintenir l’objectif de sortie des énergies fossiles à l’horizon 2050. Elle juge la trajectoire actuelle insuffisante et estime qu’elle conduirait encore à une part très importante d’hydrocarbures dans la consommation énergétique au milieu du siècle.

Sobriété et rénovation : 700 000 logements par an

Premier pilier de la stratégie défendue par LFI : réduire les besoins énergétiques. Aurélie Trouvé place l’efficacité et la sobriété au premier rang des priorités et annonce un objectif de 700 000 rénovations globales de logements par an.

Elle considère qu’une telle transformation ne peut reposer uniquement sur des décisions individuelles. Elle suppose une réorientation massive des investissements publics et une véritable planification, notamment dans le bâtiment.

Deuxième pilier : l’électrification des usages, qui devra selon elle être alimentée principalement par le développement des énergies renouvelables.

35 % de renouvelables en 2032, 100 % en 2060

Aurélie Trouvé fixe deux échéances : 35 % d’énergies renouvelables en 2032 et 100 % en 2060. Elle rattache cette trajectoire aux scénarios actuellement étudiés par RTE et reconnaît qu’elle suppose une politique « extrêmement active et volontariste ».

La transition énergétique constitue également, selon elle, une politique industrielle et d’emploi. Elle met en avant les emplois directs et indirects associés aux renouvelables et estime qu’une accélération de ces filières pourrait générer à terme plusieurs centaines de milliers d’emplois supplémentaires.

Elle rejette donc toute idée de moratoire sur l’éolien et le solaire, qui menacerait selon elle des dizaines de milliers d’emplois.

Planifier production, réseaux et stockage

Le mot qui revient le plus dans son intervention est celui de planification.

Aurélie Trouvé souhaite planifier simultanément les capacités de production, les réseaux, le stockage, les flexibilités et les besoins de formation. Elle élargit cette logique au-delà de l’électricité : réseaux de chaleur, géothermie, gaz renouvelables dans certaines proportions et hydrogène pour des usages ciblés doivent également être intégrés à cette programmation.

Elle y ajoute un objectif de souveraineté industrielle : la France doit progressivement retrouver la capacité de produire elle-même davantage d’équipements indispensables à la transition, des panneaux photovoltaïques aux câbles électriques.

Une transition prise en charge collectivement

Sur le plan social, Aurélie Trouvé refuse une « écologie punitive ». Elle considère que le coût de la transition ne doit pas être laissé à la seule charge des ménages et appelle l’État et la puissance publique à prendre une part importante de l’effort.

Concernant les carburants, LFI défend un blocage des prix et des marges, plutôt qu’une réduction de la TVA. Aurélie Trouvé estime que cette solution permettrait de protéger les consommateurs sans faire supporter directement le coût de la mesure aux contribuables. Elle propose notamment de mettre à contribution les marges des raffineurs.

Sur l’énergie en général, elle se dit favorable à des prix réglementés pour les ménages, les TPE-PME et les collectivités locales, ainsi qu’à la gratuité des premières consommations considérées comme essentielles. Mais elle insiste sur le fait que la meilleure protection durable contre les factures élevées reste la rénovation énergétique des logements.

Mobiliser l’épargne pour les renouvelables

Pour financer le développement massif des renouvelables, Aurélie Trouvé préfère des aides publiques ciblées à une multiplication des niches fiscales.

Elle souhaite renforcer un pôle public bancaire capable de diriger davantage l’épargne des Français vers les investissements énergétiques nationaux. L’objectif serait d’utiliser une partie de cette épargne pour financer des projets renouvelables et des emplois en France, plutôt que des investissements fossiles à l’étranger.

Elle critique également le fonctionnement actuel de certains financements publics et appelle au retour d’un « État stratège », capable d’orienter les investissements vers les secteurs considérés comme prioritaires.

Un « contrat productif » avec les filières

En conclusion, Aurélie Trouvé propose aux professionnels des renouvelables un « contrat productif » : les entreprises seraient appelées à réaliser les investissements nécessaires à l’objectif de 100 % d’énergies renouvelables en 2060, en échange d’un soutien public renforcé et d’une stabilité réglementaire.

Ces aides seraient assorties de contreparties, notamment en matière d’emploi. Elle souhaite également développer fortement la formation professionnelle aux métiers des renouvelables et renforcer la protection des filières françaises face aux concurrences jugées déloyales.

La ligne défendue par Aurélie Trouvé repose ainsi sur une intervention publique assumée : sobriété, rénovation massive, électrification, développement accéléré des renouvelables, planification industrielle et financement public, avec pour horizon un système énergétique entièrement renouvelable en 2060.

Maxime Amblard (Rassemblement National) : « Notre priorité, c’est la souveraineté énergétique »
Christophe Béchu (Horizons) : « Sortir des énergies fossiles impose de jouer à la fois la carte du nucléaire et des renouvelables »
Karim Benbrahim (Parti Socialiste) : « Sortir des fossiles d’ici 2050 suppose d’investir massivement dans les renouvelables »
Julien Chartier (Les Républicains) : « Notre désaccord ne porte pas sur les renouvelables, mais sur l’argent public »

Cyrielle Chatelain (Les Écologistes) : « Il faut sortir des fossiles et aller vers 100 % de renouvelables »
Jean-Luc Fugit (Renaissance) : « Opposer renouvelables et nucléaire n’a aucun sens »
Thomas Pellerin-Carlin (Place Publique) : « Donner enfin de la visibilité à la transition énergétique »
Aurélie Trouvé (La France Insoumise) : « Le maître mot, c’est la planification »

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