Carbon : Mort-né

Après plus de quatre années d’engagement au service d’un projet industriel d’envergure, au cœur des enjeux de transition énergétique et de réindustrialisation de la France, l’équipe dirigeante de Carbon annonce le 19 mai 2026 une décision difficile: celle de mettre un terme au projet Carbon, en pleine période de périnatalité. Mort-né !

Drapeau en berne pour le photovoltaïque européen en cette mi-mai 2026 ! Carbon n’est plus qu’une illusion…perdue. Carbon a été créé avec l’ambition de contribuer à l’émergence d’une filière photovoltaïque européenne durable, souveraine et compétitive. Cette volonté reposait sur la construction d’outils industriels de grande ampleur, dont une giga usine, condition indispensable pour atteindre des niveaux de coûts compétitifs à l’échelle mondiale. Un projet d’une telle ampleur exige également, sur quelques années, l’existence d’un marché spécifiquement dédié aux acteurs européens et soutenu par les États membres, afin d’accompagner la montée en puissance industrielle et de compenser les surcoûts inhérents à cette phase d’apprentissage.

Aucune visibilité n’existe aujourd’hui sur l’émergence d’un marché strictement européen

Malgré l’affirmation, dès 2023, d’une volonté politique de l’Union européenne et de ses États membres de réindustrialiser et de relocaliser la chaîne de valeur photovoltaïque, la concrétisation de ces ambitions progresse très lentement. L’objectif du NZIA (Net Zero Industry Act), adopté en juin 2024, s’est limité à diversifier les chaines d’approvisionnement sans créer de préférence pour une production européenne. Parallèlement, en mars 2026, l’IAA (l’Industry Acceleration Act) élargit le périmètre du « Made in Europe » à l’ensemble des pays disposant d’un accord de libre-échange avec l’UE – incluant potentiellement la Turquie, le Vietnam ou encore l’Inde – et repousse l’introduction d’une préférence européenne à 2030.

Pierre-Emmanuel Martin, président de Carbon, travaille depuis trente ans dans les énergies renouvelables.

Ces évolutions illustrent les divergences persistantes entre États membres quant à la création d’un marché photovoltaïque strictement européen. Le processus législatif se poursuit, mais aucune visibilité n’existe aujourd’hui sur l’émergence d’un tel marché : ni sur son calendrier, ni sur son périmètre, ni sur ses règles. Il faudra encore attendre au moins une année, sans garantie que la législation permette in fine la mise en place d’un marché véritablement souverain. Insuffisant pour traverser la Vallée de la mort… cimetière des entreprises qui ont souvent raison trop ou trop tard !

« L’histoire s’arrête ici, mais nos convictions demeurent »

Dans ce contexte, malgré les nombreuses marques d’intérêt pour accompagner le projet et malgré tout ce que l’équipe de Carbon a accompli, le manque de visibilité sur le marché potentiel et les incertitudes quant à l’alignement de l’engagement européen et français ne permettent pas de réunir, dans des délais compatibles, les conditions nécessaires à la sécurisation des financements indispensables à sa poursuite. 

« Faute de perspectives suffisamment établies pour engager les ressources additionnelles requises, nous avons donc pris la décision d’arrêter le projet. Un choix difficile, mais rendu inévitable par l’absence de conditions permettant de le mener à bien. Nous restons convaincus que le travail accompli, les partenariats noués et la dynamique collective engagée constituent une base solide pour de futures initiatives. Ils démontrent qu’avec un engagement fort et coordonné en faveur d’un véritable “Made in Europe”, il est possible de faire émerger des acteurs industriels compétitifs à l’échelle mondiale. Nous adressons nos remerciements sincères à l’ensemble des collaborateurs, partenaires, investisseurs, acteurs publics et territoires qui nous ont accompagnés et soutenus tout au long de cette aventure. L’histoire s’arrête ici, mais nos convictions demeurent » conclut le communiqué.

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2 Commentaires

  1. on croit rêver : « en mars 2026, l’IAA (l’Industry Acceleration Act) élargit le périmètre du « Made in Europe » à l’ensemble des pays disposant d’un accord de libre-échange avec l’UE – incluant potentiellement la Turquie, le Vietnam ou encore l’Inde – et repousse l’introduction d’une préférence européenne à 2030. » après Meyer Burger, on continue. C’est qui les suivants ?
    C’est à se demander si les décideurs n’ont pas d’autres intérêts que de défendre l’intérêt commun européen.

  2. Ce regrettable échec n’est que le révélateur de notre situation Française, et Européenne. Nous n’avançons plus du tout à la vitesse des pays leader, cumulé à l’absence d’une trajectoire claire et objective sur les ENR , comme sur de multiples sujets. Dans le même temps, en Chine la décision de construire une factory se prend en 2 mois , suivi d’une construction en 8 mois, puis au bout de 5 années, elle est entièrement rénovée et mise à niveau car considérée dépassée !
    Rendu à ce terme, en France l’autorisation n’est pas encore validée ! Cela fonctionnait au 20ème siècle : dommage pour nous d’y être resté !

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