Depuis
son rachat très politique mais consensuel par EDF lors de la campagne
électorale de la présidentielle 2012, Photowatt ne laissait filtrer que
peu d'informations sur son devenir. Il aura fallu d'une visite de la
ministre Delphine Batho le jeudi 31 janvier dernier pour en savoir plus.
Devenue EDF ENR PWT, la société Photowatt dépend aujourd'hui d'EDF ENR
filiale d'EDF EN. Pour l'heure, le géant français de l'électricité
s'attache à remettre Photowatt à niveau. Il a investi trois millions
d'euros en 2012 et injectera dix millions dans les prochains mois afin
de relocaliser en Isère l'activité assemblage de modules. Objectif :
Survivre à la crise. Visite au pas de charge dans les pas de Delphine
Batho !
« Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous » disait Paul
Eluard. Les nouveaux décrets sur les tarifs d'achat photovoltaïques très
attendus par la profession ont été publiés au Journal Officiel jeudi
31 janvier dès potron-minet. A peine quelques heures après, la ministre
de l'écologie Delphine Batho franchissait les portes de la société
Photowatt à Bourgoin-Jallieu pour un rendez-vous avec Vincent Bès (photo),
responsable du site, et Olivier Paquié, PDG d'EDF ENR qui s'occupe
désormais des destinées d'EDF ENR PWT, nouvelle appellation de
Photowatt. Dans une conjonction des deux événements porteuse de sens !
Eloge du « Made in France »
En effet, après une visite menée tambour battant à la découverte des
outils de production du seul fabricant français intégré de cellules
photovoltaïques, Delphine Batho a jugé qu'il était indispensable de
conserver ce savoir-faire unique qui représente un atout considérable
pour la filière française. Elle est aussi revenue sur les mesures
d'urgence destinée à soutenir la filière solaire et notamment la
bonification de 10% du tarif pour les produits dont cellules (+5%) et
modules (+5%)sont fabriqués en Europe. La cellule offerte en cadeau par
Vincent Bès appuie le discours désormais bien rodé sur le patriotisme
écologique. « Moi ce qui m'intéresse, c'est cette annotation « Made in
France » gravée sur cette cellule Photowatt. Dans le domaine du
photovoltaïque, nous sommes entrés dans une nouvelle logique. Chaque
euro investi doit désormais se traduire par du développement industriel
et de la création d'emploi en France.» assume la ministre. Et Photowatt
de s'ériger en parangon de ce nouveau modèle ! Depuis deux ans et pour
faire face à la crise, Photowatt avait fait le choix de délocaliser en
Chine la fabrication de ses modules, étape qui recèle le moins de valeur
ajoutée. En adéquation avec cette logique de bonification, EDF ENR PWT a
donc pris la décision de rapatrier cette étape d'encapsulation des
cellules sur le territoire isérois.
Des modules fabriqués en Isère à l'automne 2013
EDF ENR PWT s'en donne les moyens. Le groupe a déjà investi trois
millions d'euros en 2012 sur le site. « Dix millions d'euros vont être
engagés dans les prochains mois. Cinq millions seront consacrés à la
modernisation des lignes de production de cellules existantes. Nous
allons gagner en puissance et en qualité notamment sur l'ancienne ligne
de 50MW, la ligne PV Alliance de 25 MW nichée dans sa salle blanche
étant de son côté au top. Cela nous permettra de libérer du personnel
qui par un jeu de chaises musicales deviendra disponible pour l'activité
fabrication de modules pour laquelle nous investissons les cinq autres
millions d'euros dans des lignes d'assemblage de 70 MW de capacité»
commente Olivier Paquié, PDG d'EDF ENR. Un local de 12 000 m² aurait
d'ores et déjà été loué sur la commune voisine de Saint-Quentin
Fallavier, l'un des plus grands centres logistiques européens. Objectif :
Lancer l'activité à compter de l'automne 2013. A terme, cette activité
devrait être réintégrée au sen de l'usine de Bourgoin-Jallieu.
EDF ENR PWT vise les appels d'offres
Maintenant, quand on demande à Olivier Paquié si la bonification de 10%
sur le tarif déjà envisagé par Nicolas Sarkozy et mise en place par la
ministre Delphine Batho a pu être un élément déclenchant de la
relocalisation industrielle, il répond par la négative arguant que la
différence de prix au Wc est aujourd'hui telle, entre EDF ENR PWT et les
concurrents asiatiques qui vendent à perte, que les 10% demeurent
insuffisants. « Nous n'allons pas nous battre sur le résidentiel ou les
petites installations. En revanche, cette relocalisation se révèle
capitale dans l'optique des appels d'offres basés sur des critères de
bilan carbone et d'emplois industriels. C'est là-dessus que nous allons
nous positionner » poursuit Olivier Paquié. Mais pour l'heure et dans
l'attente des appels d'offres, EDF ENR PWT profite à plein des réseaux
commerciaux du groupe EDF. Aujourd'hui, l'entreprise vit ainsi au rythme
de l'export avec 40 MW de projets à alimenter en Israël courant 2013.
La principale ligne du carnet de commandes qui est plutôt exsangue pour
la France sur la même période ! Côté R&D, EDF ENR PWT poursuit son
projet autour de l'hétérojonction. « Le chemin est long et complexe.
Nous avons détendu le calendrier sur la sortie des cellules à
hétérojonction. Il est délicat de trouver le bon couple R&D et
performances économiques. Nous ne nous focalisons pas sur le seul
rendement mais également sur les coûts de production. Nous ne nous
interdisons pas de regarder ailleurs vers d'autres technologies »
confirme Olivier Paquié qui avoue que le monde de la recherche est
quelque chose de compliqué.
Des personnels motivés dans une ambiance au beau fixe
EDF ENR a donc remis le pied à l'étrier d'EDF ENR PWT. Cependant tout
demeure fragile. Le plus dur reste à faire dans un marché où les plus
gros acteurs continuent à perdre des millions d'euros chaque mois. «
Nous devons rester humble et travailler dans la constance pour passer
cette période de crise très violente. Nous nous sentons soutenus. A nous
de ne pas gâcher cette chance. Nous devons tous rester mobilisés et
concentrés sur les objectifs » admet Vincent Bès. En interne, cela
semble le cas. 357 emplois ont été sauvegardés sur le site. Les
personnels motivés comme jamais confirment une ambiance au beau fixe. La
fertilisation des bonnes volontés a bien pris. Les carnets de commande
profitent des débouchés qu'EDF a partout dans le monde. « Il faut passer
la période » répète Vincent Bès. Comment résister alors quand on est
petit acteur industriel (70 MW de capacité) face à des mastodontes
asiatiques qui dépassent le GW ? « Etre petit dans ce contexte me semble
être un atout. 70 MW c'est une bonne taille pour trouver et développer
un bon modèle technico-économique et pour pérenniser la société à
l'avenir » conclut Vincent Bès volontairement optimiste.
Indiscrétions
Des discussions ont bien eu lieu entre EDF ENR PWT et Bosch Solar. Plus
fort potentiel d'encapsulation de France avec une capacité de 150 MW,
Bosch aurait en effet pu fabriquer des modules avec les cellules
françaises Photowatt. Les discussions n'ont pas abouti pour des raisons
essentiellement commerciales de prises en charge de certaines garanties.
EDF ENR PWT a donc opté pour sa propre unité d'encapsulation. Ce qui
n'empêchera pas bien sûr Photowatt de vendre ses cellules à d'autres
entreprises d'assemblages à travers le monde.
Rumeurs
D'aucuns ressassent que Photowatt, pardon EDF ENR PWT, serait à vendre.
Olivier Paquié met les points sur i : « Ce sont des rumeurs infondées.
EDF a repris Photowatt en mars 2012 et tient ses engagements en
investissant dans la société. Aucune session n'est à l'ordre du jour.
Maintenant, il est clair que nous sommes ouverts à toutes sortes de
partenariats industriels notamment pour développer de nouvelles
générations de cellules ». Sur un plan stratégique, EDF serait convaincu
que les énergies renouvelables doivent faire partie des atouts du
groupe avec un objectif de 25% de capacité de production en EnR en 2020.
De plus, dans un contexte où l'autoconsommation pointe le bout de son
nez, EDF pourrait ainsi compenser le manque à gagner en termes de kWh
vendus par la vente de matériels solaires à travers sa filiale EDF ENR
PWT.






Avec tous les projets développés et exploités par EDF EN, il y avait grandement de quoi faire tourner TOUTES les usines françaises MAIS avec des rentabilités nettement moins importantes que celles auxquelles les affairistes sont habitués. Mais EDF n’est pas un affairiste, non ? C’est une entreprise qui appartient au peuple français à 86 % non ? Faudra-t-il prendre la Bastille, pardon La Défense, pour faire entendre à ces technocrates cupides qui ont perverti notre énergéticien national, que nous n’en voulons plus des marchands dans le temple !!!!!
Je lis dans l’article du journaliste ci-dessus que « Photowatt est la seule entreprise française à fabriquer des cellules ». Il devrait mieux se renseigner car il existe en Mayenne (pays de la Loire) un fabricant réputé de CD et DVD de longue date, qui s’est diversifié en fabriquant aussi des cellules photovoltaïques.