mercredi, février 25, 2026
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Et le gouvernement invente la parité réseau solaire !

Bour Le nouveau projet d’arrêté sur les conditions tarifaires du photovoltaïque en France fait fi des négociations qui se sont tenues lors de la période de moratoire. Pire le gouvernement a même durci sa position par rapport aux propositions de la DGEC. Avec une incongruité : un tarif de base à 12 centimes d’euro qui en désole certains mais qui donne des idées à d’autres. Témoignages !

« Ce projet d’arrêté représente un constat brutal sans aucun respect du travail effectué depuis plusieurs semaines par les professionnels. On se demande vraiment à quoi a servi la concertation. Il s’agit là d’une rupture franche et dure, loin de toute continuité, avec des tarifs complètement déconnectés des conditions économiques avec tous les risques que cela comporte pour le gouvernement qui devra les assumer » fustige Daniel Bour, PDG de Suncco, à l’analyse de ce projet d’arrêté.

« Tous les secteurs sont cassés »

L’homme d’affaires dont la société emploie aujourd’hui près de cinq cent personnes regrette par ailleurs les ratiocinations politiques du premier ministre François Fillon. « Le double discours de François Fillon n’est pas acceptable. Sa présentation plutôt positive de l’avenir de la filière devant le Conseil Economique, Social et Environnemental est en total décalage avec la sortie de ce texte qui est le plus contraignant que l’on puisse imaginer, plus contraignant même que le rapport Charpin. Ces tarifs n’ont aucun sens. Où est la logique avec une tarification à l’Allemande et pléthores de contraintes à surmonter ? » poursuit-il. Où sont aussi les propositions soutenues par les députés même de la majorité à la tête desquels Serge Poignant a été très actif. Exit la régionalisation des tarifs, les appels d’offres au-dessus de 250 kW, les propositions de volumes en MW. « Tous les secteurs sont cassés » renchérit Daniel Bour. Seul, peut-être, le résidentiel semble épargné par ce projet d’arrêté. « Et encore se sera dur. Le résidentiel est à un niveau inférieur à l’an dernier. Il ne se remet pas bien de la communication gouvernementale et de la baisse du crédit d’impôt. Il est un peu sinistré et sera très lent à redémarrer » entérine Daniel Bour qui s’étonne également des cautions bancaires à obtenir avant même de connaître le tarif inhérent à chaque projet. « Difficile de convaincre les banques sans être sûr du tarif ! » affirme-t-il.

« La parité réseau. Déjà ! »

Cachat Christian Christian Cachat, développeur de projets de son état, est président d’honneur de l’APESI (Association des Producteurs d’Electricité Solaire) évoque pour sa part un projet d’arrêté catastrophique avec des une dizaine de tarifs différents, des règles d’appels d’offres obscures, des garanties bancaires ou des certificats de fonds propres qui ne servent à rien, si ce n’est, à fermer la porte aux petits. « Avec de telles contraintes, on ne fera même pas les 2000 MW annoncées par François Fillon dans les deux ans. Et puis il y a les dix-huit mois de délais pour la réalisation des projets. Cela non plus n’est pas réaliste pour celui qui connaît un peu le marché. Les plannings vont être serrés » regrette Christian Cachat. Reste ce tarif de base à 12 centimes d’euros le kWh centimes d’euros. « Hallucinant ! Il est illusoire de penser que l’on puisse réaliser des projets à ce tarif là et sur les appels d’offre, EDF EN aura toujours le dernier mot. Ce projet est fait sur mesure pour les gros ». 12 centimes d’euros, c’est peu ou prou le prix à laquelle un particulier paie son kWh en France aujourd’hui. En fait, le gouvernement invente là, la parité réseau bien avant l’heure. Un tarif soumis à interprétations.

« Banco sur une centrale au tarif d’achat à 12 centimes d’euro !»

Lepercq Thierry Lepercq, PDG de Solaire Direct (2ème producteur d’énergie solaire en France) trois cents salariés et 160 millions d’euros de CA), a ainsi son avis sur la question. Pour lui, ces 12 centimes d’euros représentent déjà un tarif filet pour des projets en cours déjà bien avancés et qui ne pourront pas être menés à leur terme dans les temps et donc, profiter du tarif initial. Ou bien pour les projets déjà engagés dont la PTF n’a pas été signé avant le 1er décembre 2010 à minuit. Une chose est sûre, le chat est maigre. Il comble juste une case vide. « Mais au-delà de cet aspect purement technique, ces 12 centimes d’euros ne sont-ils porteurs d’un message, une sorte de perche lancée à la filière par le gouvernement? » s’interroge Thierry Lepercq, le premier à avoir implanté en 2008 un parc au sol avec du silicium cristallin. Il poursuit : « Je vois cela comme un défi à relever. Je dis banco. Je brûle de démontrer que l’on peut réaliser une installation dans ces conditions efficaces et frugales, autour d’un modèle intégré intelligent, avec pourquoi pas une quote-part de technologie française, dans une logique de compétitivité. Si l’on y parvient, on pourra démontrer que l’énergie solaire est enfin devenue une énergie sérieuse et compétitive et que la parité réseau n’est pas un concept pour 2040 » explique le chef d’entreprise qui place la compétitivité au-dessus de tout dans ce monde globalisée. Thierry Lepercq est ainsi très circonspect sur les arguments protectionnistes qui ont émaillé les négociations lors du moratoire. « Je récuse cette idée de protectionnisme. Cela peut tenir quelques années, mais lorsque le soutien s’efface et que tout s’arrête, les entreprises disparaissent. Le protectionnisme est le révélateur d’une capitulation. Aujourd’hui, dans notre époque mondialisée, on est compétitif ou on est mort » assène-t-il. Ainsi, sur un plateau très ensoleillé de la Région PACA, verra-ton peut-être fleurir dans les mois qui viennent une centrale au sol, hors du schéma des appels d’offres, nanti d’un tarif d’achat de 12 centimes d’euros ? La première centrale de France estampillé « grid parity » !

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6 Commentaires

  1. Voilà un homme prévoyant. En août 2010, Pâris Mouratoglou, le P-DG d’EDF Energies nouvelles, a demandé en toute urgence l’autorisation d’augmenter ses capacités de production photovoltaïques. Et pas qu’un peu. Son dossier portait sur près de 1 000 mégawatts, l’équivalent d’un gros réacteur nucléaire. On croyait la filière solaire en surchauffe. Miracle : les dossiers de ce polytechnicien avisé ont été largement validés. Un vrai pactole en perspective : la filiale «écolo» d’EDF pourrait ainsi encaisser 400 millions d’euros de chiffre d’affaires par an pendant vingt ans. Quant à Mouratoglou, qui détient à titre personnel 25% du capital de cette société cotée, il pourra arrondir son patrimoine professionnel, à ce jour de 600 millions d’euros.
    Coup de génie ou manœuvres d’initié ? Dans le petit milieu des panneaux solaires comme à Bercy, où cette histoire commence à s’ébruiter, tout le monde se pose la question. L’affaire est en effet troublante à plus d’un titre. Car si EDF Energies nouvelles (EDF EN) a mis les bouchées doubles en août 2010, ce n’est pas tout à fait par hasard. Quelques semaines plus tôt, Christine Lagarde et Jean-Louis Borloo avaient commandé un audit à l’inspection générale des Finances sur la filière photovoltaïque. Le rapport, remis au gouvernement fin juillet mais rendu public le 3 septembre, préconisait, pour calmer la spéculation, une baisse de 12% des très généreux tarifs de rachat de l’électricité solaire depuis 2000, EDF a en effet l’obligation d’acquérir cette énergie au prix fort. Et le gouvernement a suivi les experts : la baisse est devenue effective le 1er septembre. Mouratoglou était-il au courant ?
    La procédure suivie par EDF EN surprend aussi. Jusqu’alors, la profession croyait que le guichet pour déposer ses projets de panneaux solaires était ERDF, la filiale d’EDF chargée des réseaux moyenne et basse tension. Et ce guichet était très engorgé. Surprise, l’équipe de Pâris Mouratoglou a déposé les siens à RTE, une autre filiale d’EDF chargée des lignes à haute tension dont personne ne savait qu’elle était aussi habilitée à traiter les dossiers. Une porte dérobée, en quelque sorte, où il n’y avait pas de file d’attente à subir.

  2. suite :
    Tout ça est un gros fantasme, rétorque en substance David Corchia, le bras droit de Mouratoglou et directeur général d’EDF EN, pour qui la baisse des tarifs était un secret de Polichinelle. «Notre métier, c’est de prévoir, d’anticiper. Nous avons effectivement déposé des demandes pour 1 000 mégawatts. Seuls 600 ont été acceptés dans les délais impartis», assure-t-il. Quant au choix du guichet RTE, il s’expliquerait par la taille des projets. «D’autres y ont déposé des demandes ; nous n’étions donc pas les seuls à connaître cette procédure.» A entendre Corchia, il ferait même œuvre de salut public : soucieux de voir émerger une filière de production industrielle en France, EDF EN s’est engagé à racheter la totalité des panneaux que l’américain First Solar espère produire en 2012 à Blanquefort, près de Bordeaux (le projet a été récemment mis en suspens). Or il faut bien leur trouver des débouchés.
    Il y en a un, en tout cas, que cette valse de mégawatts ne surprendra pas, c’est André Merlin. Début 2010, cet autre polytechnicien et grand spécialiste du transport d’électricité a été sorti de sa retraite par le P-DG d’EDF, Henri Proglio, pour prendre la double présidence d’ERDF et de RTE, les deux guichets évoqués plus haut. Mais, comme Capital l’a découvert, ce ponte a omis de signaler un petit conflit d’intérêts. Peu avant sa nomination, André Merlin avait en effet participé à la création de BlueWatt, une société qui donne elle aussi dans le photovoltaïque. «Je n’avais que 5% du capital et je les ai cédés au printemps 2010, nous indique-t-il. Je n’ai retiré aucun bénéfice de cette affaire.» Laurent Samama, le président de BlueWatt, indique de son côté que son entreprise n’a fait aucun chiffre d’affaires en 2010. Certes, mais elle en a pour des dizaines de millions dans les tuyaux. C’est toujours compliqué de parler chiffres avec les X.

  3. Qui pourra proposer des parcs au sol à moins de 12c€/kWh? EDF-EN, Soleil Direct? Avec des panneaux chinois peut-être?
    Attendons pour voir.
    Que se passera-t-il si toutes les propositions à l’appel d’offre sont supérieures à 12c€/kWh?

  4. J’aime la vision de M. Lepercq et c’est avec plaisir que j’ouvrirai une bouteille de champagne à l’annonce du raccordement de la première centrale solaire avec un BP raisonnable et un tarif à 12 cts. Peut-être pas encore un « Sputnik » mais pas loin…
    Je l’invite d’ailleurs à venir voir dans les DOM, où le coût de production du kWh est vraisemblablement supérieur à 12 cts et où donc une telle centrale pourrait faire baisser la CSPE à chaque kWh produit.

  5. Ce Leperck c’est un financier comme Mouratoglou, n’avez vous pas remarqué que son discours est tjrs le même que celui d’EDF EN ?? Pour lui seul le profit compte, son discours sur le protectionnisme c’est uniquement parce qu’il achète du chinois, il avait bien aussi prévu d’en fabriquer en Afrique du Sud (comme Tenesol) mais finalement c’est moins cher d’acheter en Chine que de les fabriquer !! Il sait qu’il aurait des problèmes en cas de mesures contraignantes alors il s’invente un discours soit disant libéral pour pouvoir continuer son business et si faire de l’argent. Les emplois en France, la filière PV en fait il s’en contrefout, il y a 5 ans il ne savait même pas à quoi servait un panneau solaire.

  6. C’est étrange cette réaction de M. Lepercq, qui se réjouit de ce tarif à 12 cents, mais après réfléxion tout devient clair,
    étant numéro 2 français, vous devez avoir des millions d’euros de projets dans les tuyaux à l’ancien tarif, donc du travail pour vos équipes pour au moins les 2 prochaines années..
    Alors oui, quand on a une telle marge de recettes prévisionnelles et si on attend l’innovation technologique des modules dans les années qui viennent, et si un projet de centrale au sol à 12 cents n’est qu’un projet parmi d’autres et donc facilement consolidable, dans ce cas nous aussi nous aurions dit BANCO
    mais dans notre cas, comme pour la majorité des opérateurs d’ailleurs, nos projets de l’année passée tombent à l’eau et à ce tarif auquel s’ajoute les nouvelles limites de puissance, 36 Kwc) impossible d ‘en lancer d ‘autres
    donc pour nous comme pour beaucoup : BANCO = la clé sous la porte

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