Henri Alfandari (Horizons) : « Il n’y a aucun scénario où l’électrification peut réussir sans un développement massif des renouvelables »

Lors du colloque annuel de France Renouvelables, organisé le 7 octobre, Henri Alfandari, député Horizons d’Indre-et-Loire et responsable des questions d’énergie au sein du parti d’Édouard Philippe, a défendu une ligne fondée sur l’accélération de la production d’énergie décarbonée, l’électrification des usages et la complémentarité entre nucléaire et renouvelables. 

Son leitmotiv : simplifier les procédures, donner de la visibilité aux investisseurs et mesurer l’efficacité des politiques publiques à la décarbonation réellement obtenue. Henri Alfandari est secrétaire national à l’énergie d’Horizons et membre de la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale.

Pour Henri Alfandari, le point de départ est simple : réussir la décarbonation suppose de « produire plus, beaucoup plus, le plus tôt possible et le mieux possible ». L’énergie doit être appréhendée comme un système dans lequel production, réseaux, stockage et consommation sont indissociables. Les renouvelables électriques y occupent, selon lui, une place majeure, à condition d’en considérer le coût complet et les conséquences sur l’ensemble du système.

Ramener les projets à moins de trois ans

Le député Horizons pointe en particulier la longueur des procédures auxquelles sont confrontés les développeurs. Les lois se succèdent, constate-t-il, mais les délais demeurent.

Il propose donc de simplifier fortement la législation afin que les projets puissent aboutir en moins de trois ans, dès lors qu’ils bénéficient d’une volonté territoriale et présentent un équilibre économique. L’objectif : permettre aux capacités renouvelables de sortir plus rapidement de terre et sécuriser l’investissement.

Cette accélération doit aller de pair avec celle des usages. Henri Alfandari cite notamment le développement du marché des véhicules électriques d’occasion et la nécessité de sécuriser les débouchés de nouvelles filières comme l’hydrogène.

Une seule loi de programmation énergétique de long terme

Henri Alfandari critique également l’empilement des documents de planification et d’orientation. Sa formule est volontairement provocatrice : il appelle à davantage de « sobriété législative ».

Il préférerait un document unique fixant une stratégie énergétique française de très long terme. Le Parlement déterminerait les grands objectifs de production décarbonée sur plusieurs décennies — jusqu’à l’échelle de la durée de vie d’une centrale nucléaire — tandis que l’État conserverait la souplesse nécessaire pour mettre en œuvre cette stratégie.

En contrepartie, le gouvernement devrait rendre compte chaque année devant le Parlement des résultats obtenus.

Cette conception est cohérente avec les positions déjà défendues par Henri Alfandari à l’Assemblée, où il a appelé à une stratégie énergétique stable, de long terme, refusant l’opposition entre nucléaire et renouvelables.

« Aucun scénario » sans développement massif des renouvelables

Sur le mix électrique, le représentant d’Horizons se montre très clair. Il assume son soutien au nucléaire : « J’aime beaucoup le nucléaire. Il faut faire plus de nucléaire. » Mais il ajoute immédiatement qu’aucun scénario ne permet de fournir l’électricité nécessaire à l’électrification sans un développement massif des renouvelables électriques.

La priorité est donc, selon lui, de donner suffisamment de visibilité aux producteurs pour qu’ils investissent. Une électrification massive implique nécessairement une augmentation de la consommation d’électricité ; il faut donc garantir aux investisseurs qu’il y aura des usages en face des nouvelles capacités de production.

Henri Alfandari refuse ainsi de reproduire dans les renouvelables les erreurs commises par le passé avec d’autres filières énergétiques. Les entreprises ont investi, recruté, formé des salariés, développé des compétences et obtenu des gains de productivité : il faut désormais veiller à ne pas détruire cet acquis industriel.

Mesurer chaque euro public à la tonne de CO₂ évitée

Autre marqueur de la ligne Horizons : l’évaluation économique des politiques climatiques. Henri Alfandari souhaite mesurer les dispositifs publics selon leur capacité réelle à réduire les émissions.

Le principe serait d’établir, pour des mécanismes comme MaPrimeRénov’ ou les certificats d’économies d’énergie, le rapport entre l’argent public mobilisé et la décarbonation effectivement obtenue. Plus un dispositif permettrait d’éviter de CO₂ par euro investi, plus le soutien public pourrait être important.

Même logique pour les différentes technologies énergétiques : le raisonnement doit porter sur le coût complet du système et non sur le seul prix apparent du mégawattheure.

Henri Alfandari estime d’ailleurs que plusieurs technologies renouvelables ont désormais atteint une maturité qui leur permet d’apporter des bénéfices importants pour un coût budgétaire relativement faible. Lorsque certaines solutions restent plus coûteuses mais procurent d’autres avantages stratégiques, il faut selon lui l’assumer clairement. Il prend l’exemple de l’agrivoltaïsme : si un projet génère un bénéfice supplémentaire pour l’agriculture, un coût supérieur peut être justifié.

Moins dépendre des changements budgétaires

Le député Horizons souhaite enfin faire évoluer le financement des renouvelables vers des modèles donnant davantage d’autonomie aux producteurs.

Une loi pluriannuelle ne peut empêcher les budgets d’être votés chaque année. Il faut donc, selon lui, développer des mécanismes de marché et des contrats de long terme permettant aux projets de moins dépendre des changements successifs de politique publique.

Sa ligne énergétique repose ainsi sur une articulation assumée entre nucléaire et renouvelables, électrification, simplification administrative, visibilité de long terme et efficacité économique.

Pour Henri Alfandari, le défi n’est pas de choisir entre nucléaire et renouvelables, mais de produire suffisamment d’énergie décarbonée, assez rapidement et à un coût compétitif, pour permettre à l’économie française de remplacer massivement les usages fossiles.

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