Isabelle Kocher, directrice générale d’Engie était l’invitée ce dimanche du « Grand rendez-vous » sur Europe 1 et CNews animé par David Doukan, Laurence Ferrari et Nicolas Barré des Echos. Extrait de l’émission consacré à l’avenir du paysage énergétique et de la place que joueront le solaire et éolien.
Nicolas Barré : Isabelle Kocher, est-ce que vous êtes inquiète depuis l’abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes pour les futurs grands projets d’infrastructure comme il y en a en France ? On sait qu’il faut déjà des années, entre 7 et 9 ans pour construire des éoliennes étant donné les délais de recours, c’est compliqué également pour les fermes solaires, pour les mêmes raisons, à cause de tous ces délais de recours et toutes les oppositions qu’on rencontre. Est-ce que cet abandon du projet d’aéroport va rendre encore plus difficile ces projets d’infrastructure ?
Isabelle Kocher: Il y a beaucoup de projets d’infrastructure qui se déroulent dans notre pays heureusement, on parle surtout des trains qui n’arrivent pas à l’heure, cela ne me surprend pas. En tout cas ce projet de Notre-Dame-des-Landes est la preuve que la durée d’instruction n’est une bonne garantie pour créer l’adhésion. Dans notre métier d’énergéticien, en moyenne en France, le gouvernement s’est attaqué avec beaucoup de vigueur, mais statistiquement entre le moment où nous détectons un site adéquat, il y a un certain nombre de conditions pour cela, et le moment où l’éolienne est construite et fonctionne, il faut sept années. Donc vous voyez bien que dans le monde d’aujourd’hui, qui va à toute vitesse, ça fait de notre mécanique administrative quelque chose qui est trop lente.
Nicolas Barré : Comment fait-on alors, on supprime les recours possibles ?
Isabelle Kocher : Il y a probablement un tri à faire, il faut qu’il y ait des recours possibles, Parce que ça fait partie de la vie de la démocratie. Il faut faire deux choses en même temps. On est dans le pays du « en même temps », il faut intensifier le dialogue et qu’il soit réel. C’est pas « on coche des cases » en faisant des concertations publiques un peu formelles. Je pense qu’il faut essayer de comprendre où sont les objections et les inquiétudes. Il faut essayer d’y répondre dans toute la mesure du possible, et si c’est pas possible il faut peut-être constater que le projet n’est pas possible, mais il faut le faire vite. Ça ne sert à rien d’avoir des années et des années qui s’enchainent et finalement donnent cette impression un peu négative d’un pays qui a du mal à avancer, alors que ce n’est pas le cas.
Laurence Ferrari : Les éoliennes sont assez contestées, elles sont responsables de nombre de nuisances : le bruit, les flashs de lumière la nuit, les oiseaux aussi. Les habitants qui vivent à proximité n’en peuvent plus. Il y a d’ailleurs une ZAD autour d’une construction d’une ligne haute tension de 400 kV dans l’Aveyron. Ce n’est pas la panacée non plus pour les éoliennes, pour ceux qui vivent encore une fois aux alentours, c’est bien beau dans la théorie, mais quand on vit à 1 km…Ce n’est pas simple.
Isabelle Kocher : On est heureusement dans un pays qui fait attention à ces dimensions-là. La France est un pays, et je vous parle encore une fois en ayant des points de comparaison, la France est pays qui est attentif. Là où vous avez raison c’est que l’éolien n’est pas la réponse unique. Il y a une technologie qui est quand même intéressante, c’est l’énergie solaire. Il y a quelques années, j’aurais eu du mal à vous dire que c’était une énergie compétitive, parce qu’elle ne l’était pas. Mais elle l’est devenu, même dans un pays comme la France, où preuve en est aujourd’hui, il ne fait pas toujours très beau.
Nicolas Barré : C’est plus compétitif que le nucléaire aujourd’hui ?
Isabelle Kocher : Écoutez on s’en approche, on n’y est pas encore tout à fait, mais le coût de l’électricité solaire, en moins de dix ans a été divisé par dix !
David Doukan : A quantité égale de ce que peut produire le nucléaire ? On a du mal à y croire !
Isabelle Kocher : Je comprends ça parce en réalité, ce sont des capacités qui sont réparties. Vous avez l’habitude et nous avons tous eu l’habitude de voir des grandes centrales, dont on voit bien, dont on devine, quand on les observe qu’elles produisent en masse de l’énergie, en réalité, pour partie en tout cas notre énergie de demain, elle sera et commence à être produite par des petites installations.
David Doukan : C’est la décentralisation de la production d’énergie…
Isabelle Kocher : Absolument, c’est tout à fait ça, on la digitalise au passage et on fait en sorte qu’elle n’émette plus de carbone. C’est un triple mouvement qui s’opère. Il faut bien prendre conscience de la quantité d’énergie, quand on fait le cumul de cette multitude de petites installations, peut être produite. L’Allemagne est un pays qui a démarré ce mouvement avant les autres et qui a construit à peu près 60 GW. Parlons en « unité Fessenheim », 60 GW c’est à peu près 60 fois Fessenheim. Des pays comme l’Allemagne ont construit ces capacités-là, alors vous ne les avez pas vues parce qu’elles ne se matérialisent pas par de très grandes centrales, des cathédrales industrielles, en solaire et en éolien. Cette ressource-là progressivement continue de progresser.
Nicolas Barré : Le problème c’est que quand il n’y a pas de vent et pas de soleil en Allemagne, ils font tourner leurs centrales à charbon à plein régime. Ça a d’autres inconvénients.
Isabelle Kocher : Vous avez raison, aujourd’hui on n’est pas encore capable de faire 100 % renouvelable. Il faudrait stocker, installer des batteries en quantité phénoménale pour pouvoir absorber 100 % de renouvelable. C’est pour cela que gaz est une composante très importante aussi. On parle d’électricité, et je me rends compte que lorsqu’on parle « énergie », les gens pensent, visualisent « électricité » et l’électricité c’est un tiers de la consommation mondiale d’énergie. Le reste ce n’est pas sous forme électrique, c’est du chaud, du froid, du transport. Alors comment on s’occupe de cette partie de la consommation d’énergie. Et bien le gaz c’est ce que l’on fait de mieux aujourd’hui. C’est un gaz qui est encore carboné, il l’est beaucoup moins que le charbon ou le fioul, mais il est encore carboné et il y a énormément de travaux, pour faire en sorte que ce gaz devienne de moins carboné.
David Doukan : Est-ce que pour vous il faut sortir à terme complétement du nucléaire, oui ou non ?
Isabelle Kocher : Je ne pas répondre de manière aussi caricaturale à cette question parce que chaque pays a ses caractéristiques.
David Doukan : Est-ce que c’est une énergie d’avenir ?
Isabelle Kocher : Certainement quand il n’y a pas d’option renouvelable pas chère.
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Qu’est-ce qu’ils peuvent dire, comme conneries … dans la série: nous n’avons aucune solution … mais nous les appliquerons toutes ! peut être faut il y voir des politiques en fin de course ? ou des 1er de cordées ? à la traine … Restons, pour l’instant dans le nucléaire, bien que j’y sois opposé, mais le matin quand j’appui sur le bouton = la lumière fut ! car dans les cavernes, à part les vers luisants, on n’y voit goutte, sauf de muscat.
Sujet complexe, surtout si l’on aborde tous les domaines de consommation des énergies. Mais ce ne sont pas les solutions qui manquent et il faut aussi sortir du particularisme Français pour raisonner à l’échelle mondiale.
A ce sujet il faut noter les synthèses et scenarios (2DS) publiés par l’IEA, dossiers souvent gratuits :
Pour le secteur des ENR : http://www.iea.org/etp/tracking2017/renewablepower/
Concernant l’efficacité énergétique, multi énergies et multi secteurs et qui comprend des statistiques et d’analyses. http://www.iea.org/publications/freepublications/publication/Energy_Efficiency_2017.pdf
On y trouve une réponse page 34 – Figure 1.22 à la question de comment le Japon a pu se passer de nucléaire après l’accident de Fukushima ? ce sont les énergies de substitution et le trio gaz, efficacité énergétique et énergies renouvelables qui prédomine, même s’ils ont aussi augmenté leur production électrique à base de charbon. infos plus précises page 5 – figure 1 du document : http://ieefa.org/wp-content/uploads/2017/03/Japan_-Greater-Energy-Security-Through-Renewables-_March-2017.pdf)
De l’utilité de mieux coordonner offre et demande dans le cadre de la transition
https://www.iea.org/newsroom/news/2018/january/commentary-the-clean-energy-transition-requires-action-on-electricity-demand.html
Solaire ou nucléaire ?
Au moins on n’aura plus le sempiternel questionnement sur la provenance des panneaux, puisque suite à tous les transferts de technologie, les réacteurs nucléaires seront également une spécialité Chinoise. Il faut aussi tenir compte du danger qu’il y aurait à disséminer partout dans le monde des centrales potentiellement dangereuses.
Les prix de l’un ou de l’autre sont tributaires de marchés de masse et des choix de pays en forte croissance, telles la Chine et l’Inde. Incontestablement, la Chine fait des efforts et à partir de 2030 plus de 50 % de leur énergie proviendra des énergies renouvelables, majoritairement hydro, solaire et éolien. (http://www.rff.org/files/sharepoint/Documents/Events/150420-Zhongying-ChinaEnergyRoadmap-Slides.pdf)
China’s energy transition and distributed energy systems
https://www.iea.org/publications/freepublications/publication/ProspectsforDistributedEnergySystemsinChina.pdf
Où la Chine va encore battre tous les records dans le solaire PV avec 52 GW installés rien qu’en 2017 (ils seraient à 130 GW cumulés à fin 2017, contre 32 GW pour le nucléaire).
Un article intéressant de Bloomberg New Energy Finance
« The Force Is With Clean Energy: 10 Predictions for 2018 » By Angus McCrone, Chief Editor
Quand à la complémentarité des énergies fossiles, tout dépend en effet des pays et régions, mais pour les régions à fort potentiel ENR le stockage est une alternative : https://electrek.co/2017/12/13/solar-batteries-to-take-10gw-natural-gas/
Tous ces domaines semblent déjà exploités par Engie, qui mise apparemment sur la complémentarité des solutions.
Concernant le stockage en masse de l’électricité, pourquoi se limiter aux batteries, qui ont leurs limites, alors que le stockage dans des barrages existants est une solution infiniment plus évidente à mettre en oeuvre.
http://goo.gl/R11q7t