Lors du colloque annuel du Syndicat des énergies renouvelables (SER), organisé le 29 septembre, Jean-Luc Fugit a défendu, au nom de Renaissance et de la ligne portée par Gabriel Attal, une stratégie énergétique reposant à la fois sur le nucléaire et les renouvelables. Pour le député du Rhône, la véritable priorité est la sortie des énergies fossiles, qui représentent encore environ 60 % de la consommation énergétique française. Il plaide également pour davantage de sobriété, de flexibilité et de visibilité à long terme pour les filières. Jean-Luc Fugit est actuellement député du Rhône et président du Conseil Supérieur de l’Energie.
Pour Jean-Luc Fugit, impossible de définir une politique énergétique sans regarder l’histoire. Il rappelle le lancement du programme nucléaire français il y a cinquante ans, qui a profondément structuré le système électrique actuel. Il présente celui-ci comme très largement décarboné, reposant approximativement pour deux tiers sur le nucléaire et pour un tiers sur les renouvelables.
Mais le principal problème se situe, selon lui, ailleurs : environ 60 % de la consommation totale d’énergie reste dépendante des combustibles fossiles. Une dépendance qui pèserait plus d’un milliard d’euros par semaine en année normale et qui expose la France aux crises géopolitiques, à la volatilité des prix et aux importations. Il y ajoute un enjeu sanitaire, à travers la pollution de l’air liée notamment aux oxydes d’azote et aux particules fines.
« Le seul combat qui vaille, c’est sortir des fossiles »
Jean-Luc Fugit refuse ainsi l’opposition entre défenseurs du nucléaire et partisans des renouvelables. « Le combat, le seul qui vaille, c’est de sortir des énergies fossiles », affirme-t-il.
La ligne qu’il défend reprend les objectifs de la PPE3 : 25 % de sobriété et une forte réduction du volume d’énergies fossiles à l’horizon 2035. Pour y parvenir, il appelle à investir simultanément dans le nouveau nucléaire et dans les renouvelables. Il évoque notamment le développement de 14 EPR tout en souhaitant accélérer dès maintenant le solaire, l’éolien et les autres filières renouvelables.
« Opposer renouvelables et nucléaire n’a aucun sens », insiste-t-il, estimant que la France n’a ni le temps ni les marges de manœuvre permettant de se priver de l’une de ces deux familles de production bas-carbone.
Une programmation sur dix ans
Jean-Luc Fugit propose également une loi de programmation économique, fiscale et énergétique sur dix ans, destinée à donner davantage de visibilité aux entreprises. L’objectif serait de stabiliser les règles fiscales, les trajectoires d’investissement et les conditions économiques auxquelles sont confrontées les différentes filières.
Cette stabilité est à ses yeux indispensable pour mobiliser les capitaux nécessaires à la transition.
Le député met également en avant les retombées territoriales des renouvelables. Il cite une étude du SER selon laquelle environ 2,4 milliards d’euros seraient revenus aux communes en 2024, estimant que les projets renouvelables génèrent à la fois de l’emploi, de l’activité économique locale et une diminution de la dépendance aux combustibles fossiles.
Défendre les CEE plutôt que les supprimer
Sur les certificats d’économies d’énergie, Jean-Luc Fugit prend clairement ses distances avec les propositions de suppression. Il chiffre le dispositif à environ 8 milliards d’euros et estime qu’y mettre fin conduirait à interrompre des projets de décarbonation et à fragiliser des dizaines de milliers d’emplois.
Il privilégie des aides ciblées en faveur des ménages les plus exposés aux hausses de prix, compte tenu des contraintes pesant sur les finances publiques. Il évoque notamment une possible revalorisation des indemnités kilométriques.
Pour la mobilité électrique, Renaissance souhaite également élargir le leasing social aux véhicules d’occasion, et adapter certains mécanismes de soutien aux poids lourds électriques.
La flexibilité, prochain grand chantier
Autre axe majeur de son intervention : la flexibilité du système électrique. Pour Jean-Luc Fugit, la politique énergétique ne doit plus être pensée uniquement sous l’angle de la production.
Il faut simultanément « produire, distribuer, transporter » mais aussi piloter la consommation. Le développement de la flexibilité permettrait de mieux faire coïncider les périodes de production électrique avec les usages et ainsi de réduire les coûts du système. Il cite une étude estimant le potentiel d’économies entre 1 et 3 milliards d’euros par an.
Cette transformation nécessitera également d’investir dans les réseaux électriques afin de les adapter au changement climatique, à l’évolution des productions et aux risques de cyberattaques.
Une électrification « massive mais pas exclusive »
Jean-Luc Fugit appelle à une électrification massive de l’économie, mais souligne que tous les usages ne pourront pas nécessairement être électrifiés.
Il défend donc aussi les réseaux de chaleur et le Fonds chaleur, ainsi que les gaz renouvelables. Ces derniers représentent, selon lui, des emplois, de la valeur et de la résilience pour les territoires, notamment en lien avec le monde agricole. Il demande sur ce point davantage de visibilité réglementaire afin de débloquer les investissements.
« Défossiliser l’Europe sans l’affaiblir »
Enfin, Jean-Luc Fugit inscrit cette stratégie dans une dimension européenne. Malgré la diversité des mix énergétiques nationaux, il estime que les États membres ont une responsabilité commune : « défossiliser » l’économie européenne sans diminuer sa puissance industrielle et économique.
Il défend notamment l’idée de considérer les dépenses publiques consacrées à la transition davantage comme des investissements et souhaite préparer dès maintenant une programmation énergétique couvrant la période 2035-2050, dans une perspective française mais aussi européenne.
La ligne défendue par Jean-Luc Fugit se résume ainsi à une combinaison assumée : sobriété, électrification, nucléaire, renouvelables, réseaux, flexibilité et gaz renouvelables, avec un objectif prioritaire — réduire rapidement puis sortir durablement de la dépendance aux énergies fossiles.
Maxime Amblard (Rassemblement National) : « Notre priorité, c’est la souveraineté énergétique »
Christophe Béchu (Horizons) : « Sortir des énergies fossiles impose de jouer à la fois la carte du nucléaire et des renouvelables »
Karim Benbrahim (Parti Socialiste) : « Sortir des fossiles d’ici 2050 suppose d’investir massivement dans les renouvelables »
Julien Chartier (Les Républicains) : « Notre désaccord ne porte pas sur les renouvelables, mais sur l’argent public »
Cyrielle Chatelain (Les Écologistes) : « Il faut sortir des fossiles et aller vers 100 % de renouvelables »
Jean-Luc Fugit (Renaissance) : « Opposer renouvelables et nucléaire n’a aucun sens »
Thomas Pellerin-Carlin (Place Publique) : « Donner enfin de la visibilité à la transition énergétique »
Aurélie Trouvé (La France Insoumise) : « Le maître mot, c’est la planification »






