L’économiste, Jean Pisani-Ferry, était l’invité de Guillaume Paul, sur BFM Business pour parler de la transition énergétique. Voici l’essentiel de son intervention.
Guillaume Paul : Bonjour merci beaucoup d'être avec nous sur BFM Business. Vous avez signé une note publiée, c'était 18 août dernier par le « Peterson Institute for International Economics » dont le titre est le suivant « La politique pour le climat est une politique macroéconomique et ses implications seront fortes ».
Vous dites en substance que peut-être nous n’avons pas pris la mesure de l'ampleur de cette réforme par son coût, est peut-être par ses retours sur investissements qu'elle va générer. Est-ce qu’on a mesuré l'ampleur de ce qui nous attend ?
Jean Pisani-Ferry : Oui, c'est un peu les deux. Pour l'avenir on a de plus en plus de raisons d'être optimistes. Il y a quelques années, une dizaine d'années, on était très inquiets. Les coûts de la transition paraissaient énormes, en termes de technologies, en termes d'efficacité de ces technologies. On voit que par exemple les prix des renouvelables s'effondrent, les prix des batteries s'effondrent… Le progrès technique une fois qu'on l’a mis sur la voie, la machine à innovation se lance et elle produit des résultats. Donc ça, c'est le côté optimiste.
Ça ne va pas tout couvrir, ce n’est pas ça qui va faire que nos habitudes alimentaires vont pouvoir rester exactement les mêmes. La technologie ne peut pas grand-chose au fait que la consommation de viande, c'est très générateur de gaz à effet de serre. Donc il y aura des adaptations des comportements. Mais pour toute une partie, on voit se dessiner un nouveau progrès technique très favorable.
En même temps, ce qui s'est passé c'est qu'en fait, on sait que cette affaire nous menace depuis longtemps, depuis les années 90, et on n'a pas fait grand-chose et tout à coup maintenant on se dit, il faut accélérer, il faut aller beaucoup, beaucoup plus vite.
Vous prenez ce que l'Union Européenne a fait de 1990 à aujourd'hui pour baisser les émissions de 25%, en partie avec les pays de l'Est qui étaient très inefficaces, en partie parce qu’elle a délocalisé des productions intensives en carbone, donc en fait elle n’a vraiment pas fait grand-chose.
Bon, il va falloir faire la même chose en un peu plus en 10 ans, au lieu de faire en 30 ans. Et pour de vrai au lieu de faire en partie par des artifices. Et donc ça veut dire une accélération qu'on ne mesure pas. On ne mesure pas l'ampleur de cette accélération et ça veut dire, parce que justement on a traîné on a procrastiné, ça veut dire que on va devoir mettre de côté une partie nos équipements, notre solde de capital, etc…
GP : Vous dites « obsolescence accélérée des équipements et du capital et donc investir seulement uniquement pour espérer maintenir le même niveau de production finalement, c'est ça ?
JPF : Regardez, moi je prends l'exemple des constructeurs automobiles. Audi a annoncé qu'ils mettraient en vente leur dernier véhicule thermique en 2025, car ils arrêtaient complètement de vendre de véhicules thermiques en 2032. C'est demain, ça veut dire que tout ce qui constitue la filière thermique, qui travaille pour Audi, est morte, quasiment dès aujourd'hui. On ne va plus faire un seul investissement. On ne va plus faire une seule recherche. C'est ça l'accélération et donc il va falloir effectivement qu’on investisse plus pour l'électrique, pour en fait substituer de l'électrique au thermique. C'est beaucoup d'investissements, ces deux points de PIB d'investissement.
GP : Quand on nous parle de croissance verte, de gisements d'emplois, des retombées ultérieures, – pardon de le dire comme ça, mais c'est comme ça qu'on nous l'a vendu -, est-ce que pour vous on est trop optimiste ? C'est Bruxelles qui parle de croissance verte…
JPF : Oui, Bruxelles parle de croissance verte, Joe Biden parie sur la croissance verte, sur le même discours, ce sont des bons emplois, des emplois non délocalisables… Bon, ce n'est pas complètement faux, c'est vrai qu'il va y avoir beaucoup d'emplois à créer et à développer dans ces métiers de l'infrastructure, dans la rénovation thermique, etc… On aura quelques problèmes de compétences, et donc ça ne va pas être facile, mais ceci ne veut pas dire que l’on ait des capacités d'expansion infinie. On a aussi, et on le voit bien aujourd'hui, dans le contexte actuel, on a aussi les contraintes du côté de l'offre. Donc ça ne veut pas dire, si voulez, ces scénarios reposent sur l'idée qu'il suffit de faire de l'investissement et la croissance va augmenter. En partie, c'est vrai, en partie ce n'est pas vrai,
GP : Ca veut dire aussi réallouer des ressources de la consommation vers les investissements, parce que c’est ça finalement…
JPF : Si dans le monde entier, on investit beaucoup plus, ça veut dire que à capacité de production donnée, on aura moins pour la consommation. Ce que je dis, – je ne veux pas tenir un discours catastrophiste – simplement, regardons cela de près et arrêtons de raconter des histoires, arrêtons de raconter des contes de fées, arrêtons de dire que tout ça va se passer facilement.
Ça va être compliqué, ne serait-ce pas ce que parce qu'il va falloir faire passer des salariés de certains secteurs à d'autres. Il y a des usines qui vont fermer, des secteurs qui vont être complètement en panne, et cette transformation elle va être difficile. On le connaît, on l'a connu avec les transformations industrielles, on sait à quel point c'est difficile.
GP : Comment on fait la pédagogie, comment ont fait l'apprentissage auprès du grand public de cette transition ? L'expérience récente, je fais référence aux « gilets jaunes », nous a montré que tout ça n'était pas aisé aujourd'hui…
JPF : Ce n’est pas aisée, mais l'opinion publique est de plus en plus convaincue, en même temps, elle est très frappée par tout ce qui s'est passé, tous les événements climatiques. Elle est aussi très frappée par le fait que le COVID lui a donné mesure de la fragilité en fait des sociétés très sophistiquées de leur vulnérabilité à des phénomènes naturels. Et donc je pense, que l'on est dans un contexte dans lequel on peut, à condition de tenir aussi un discours de vérité, à condition d'organiser les choses, à condition d'avoir des politiques d'accompagnement, on peut prendre les choses de front un peu plus…
GP : La taxe carbone aux frontières de l'Europe finalement ?
JPF : Alors les « gilets jaunes » j’ai regardé, sur le montant de la taxe carbone supplémentaire qu’on avait prélevé, on en avait rendu 25 % au ménages. 75% étaient allé aux rentrées fiscales nettes. Ce n’est pas comme ça il faut faire, on le sait maintenant, on sait qu' il faut redistribuer, c’est-à-dire que si on augmente le prix, est je pense comme économiste, tous les économistes pensent qu'il faut aussi jouer sur les prix. Certains pensent qu'il faut uniquement sur les prix, je ne pense pas ça.
Je pense que la réglementation, les incitations, les financements, ça compte, mais à la fin, on est quand même des individus rationnels, si c'est moins cher de faire d'une certaine manière que le faire d'une autre, et bien on a tendance à aller vers ce qui est moins cher, il faut quand même que ça se reflète dans les prix.
GP : Cet avertissement que vous lancez, ça s'adresse à tout le monde et à personne, la transition énergétique est la même pour beaucoup de pays développés ou autres, mais on est à quelques mois d'une élection présidentielle, est-ce que vous attendez de la part des candidats à l'élection présidentielle, déclarés ou devant se déclarer peut-être dans les prochaines semaines les prochains mois, l'exercice de pédagogie, un discours de vérité, voire quelques axes de réflexion, des mesures fortes finalement pour entamer ce discours ?
JPF : Ecoutez, soit on est sérieux, soit on n'est pas sérieux. Si on est sérieux et qu'on considère que cet objectif 2030, on vous veut se mettre en état de le tenir, c'est un sujet énorme, c'est même probablement le sujet dominant. Comment on va transformer notre économie, notre société et nos modes de vie. Comment on va accompagner, comment on va faire en sorte aussi qu’industriellement on s’en sorte, parce que c'est aussi un grand défi industriel, donc ça devrait être assez central dans la campagne. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas, je le souhaite vivement.
GP : C'est un enjeu de pédagogie, c'est un enjeu de formation…
JPF : Ce n’est pas un enjeu de pédagogie, c'est un enjeu de programmation, un enjeu de mise en place des instruments, c'est un enjeu d'effort collectif. Il ne faut pas simplement dire aux gens, « faites-le, on va vous expliquer », non c'est aussi un certain nombre d’outils à mettre en place.
GP : les prochains mois seront cruciaux, peut-être aura-t-on ce discours de vérité, on le souhaite en tout cas. Merci beaucoup Jean Pisani-Ferry, merci d’être venu nous voir, économiste et donc auteur de cette note publiée en août dernier par le « Peterson Institute for International Economics », « La politique pour le climat est une politique macroéconomique et ses implications seront fortes »






Contrairement à ce que pense l’économiste Pisani-Ferry, la question de l’énergie est micro, pas macro. C’est un truisme de dire que la consommation d’énergie est individuelle. Mais c’est un constat de dire que l’énergie renouvelable est détenue par les ménages (la base fondamentale de l’économie). Il y a peu de chance que la réponse politique soit bonne (sauf hasard)si elle ne répond pas au niveau de la question.
Contrairement à ce que pense l’économiste Pisani-Ferry, la question de l’énergie est micro, pas macro. C’est un truisme de dire que la consommation d’énergie est individuelle. Mais c’est un constat de dire que l’énergie renouvelable est détenue par les ménages (la base fondamentale de l’économie). Il y a peu de chance que la réponse politique soit bonne (sauf hasard)si elle ne répond pas au niveau de la question.
Contrairement à ce que pense l’économiste Pisani-Ferry, la question de l’énergie est micro, pas macro. C’est un truisme de dire que la consommation d’énergie est individuelle. Mais c’est un constat de dire que l’énergie renouvelable est détenue par les ménages (la base fondamentale de l’économie). Il y a peu de chance que la réponse politique soit bonne (sauf hasard)si elle ne répond pas au niveau de la question.
Contrairement à ce que pense l’économiste Pisani-Ferry, la question de l’énergie est micro, pas macro. C’est un truisme de dire que la consommation d’énergie est individuelle. Mais c’est un constat de dire que l’énergie renouvelable est détenue par les ménages (la base fondamentale de l’économie). Il y a peu de chance que la réponse politique soit bonne (sauf hasard)si elle ne répond pas au niveau de la question.
Ce qui n’interdit pas à l’économiste de répondre à une question micro essentielle en homme d’État, comme le faisait naturellement son père : Edgard PISANI
Ce qui n’interdit pas à l’économiste de répondre à une question micro essentielle en homme d’État, comme le faisait naturellement son père : Edgard PISANI
Ce qui n’interdit pas à l’économiste de répondre à une question micro essentielle en homme d’État, comme le faisait naturellement son père : Edgard PISANI
Ce qui n’interdit pas à l’économiste de répondre à une question micro essentielle en homme d’État, comme le faisait naturellement son père : Edgard PISANI