Lors du colloque annuel du Syndicat des énergies renouvelables (SER), organisé le 29 septembre, Karim Benbrahim, représentant du Parti socialiste, a défendu une ligne énergétique articulant sobriété, électrification, développement massif des renouvelables et maintien d’une part de nucléaire. Il a également insisté sur la souveraineté industrielle, la stabilité des politiques publiques et la nécessité de mieux protéger les ménages face aux dépenses énergétiques.
Pour Karim Benbrahim, l’énergie est d’abord un sujet économique, climatique et géopolitique. Il rappelle que la France reste aujourd’hui très dépendante des énergies fossiles, qu’il évalue à environ 60 % de la consommation énergétique. Cette dépendance expose le pays à la volatilité des prix, aux tensions internationales et aux effets du dérèglement climatique. Texte collé
Le représentant socialiste insiste aussi sur la dimension géopolitique de cette dépendance, citant notamment la Russie et, plus largement, les importations en provenance de pays producteurs de pétrole et de gaz. Il souligne également la forte hausse du prix des carburants, devenue selon lui difficilement supportable pour de nombreux ménages, travailleurs indépendants et entreprises. Texte collé
Sobriété, efficacité et électrification
La première priorité, selon Karim Benbrahim, est de consommer moins. Cela passe par la sobriété, l’efficacité énergétique et une politique beaucoup plus volontariste de rénovation thermique des bâtiments. Il souligne que de nombreux ménages ne peuvent aujourd’hui financer ces travaux malgré leur rentabilité à long terme, faute de solvabilité ou d’accès au crédit. Il appelle donc à un accompagnement public renforcé et à davantage de stabilité dans les dispositifs d’aide. Texte collé
Le deuxième levier est l’électrification des usages, en particulier dans les transports et le bâtiment.
Sortir des fossiles en 2050, mais pas du nucléaire en même temps
Sur le mix énergétique, Karim Benbrahim fixe une cible claire : la sortie des énergies carbonées à l’horizon 2050. Il juge irréaliste d’imaginer une sortie complète des fossiles avant cette échéance.
Pour y parvenir, il appelle à « investir massivement dans les énergies renouvelables », notamment parce qu’elles sont plus rapides à déployer que de nouvelles capacités nucléaires. Il rappelle que les prochains nouveaux réacteurs ne seront pas disponibles avant la seconde moitié des années 2030 au mieux.
Il défend également le développement de filières industrielles françaises et européennes dans les renouvelables, prenant l’exemple de l’éolien en mer en Loire-Atlantique. Dans le même temps, il reconnaît le rôle du nucléaire dans le mix électrique actuel et considère qu’il n’est pas possible de sortir simultanément, d’ici 2050, des fossiles et du nucléaire. Cela implique, selon lui, de poursuivre certains investissements dans cette filière.
Un « bouclier énergétique » qui passe par l’investissement
Interrogé sur la proposition du SER d’un bouclier énergétique universel, Karim Benbrahim refuse d’opposer « fin du mois » et « fin du monde ». Selon lui, les deux sujets sont directement liés : une meilleure isolation des logements permet à la fois de réduire les émissions et de diminuer durablement les factures énergétiques.
Il défend donc un bouclier fondé sur l’amélioration de l’efficacité énergétique, le soutien à l’accès au véhicule électrique et des mesures fiscales ciblées, notamment une baisse de la fiscalité sur les premiers mégawattheures d’électricité indispensables aux besoins quotidiens.
Karim Benbrahim critique par ailleurs le niveau qu’il juge insuffisant du Fonds chaleur, autour de 800 millions d’euros, ainsi que les perspectives de réduction de ses moyens. Il estime que la transition énergétique devrait être considérée comme un enjeu de résilience nationale comparable, par son importance stratégique, aux dépenses de défense.
« Visibilité et stabilité » pour les acteurs
Autre message fort : la nécessité de mettre fin aux changements permanents de règles. Pour réussir l’électrification, Karim Benbrahim estime que les entreprises et les particuliers ont avant tout besoin de visibilité et de stabilité. Il dénonce les dispositifs modifiés plusieurs fois dans la même année, suspendus puis relancés, qui rendent difficile tout investissement de long terme.
Sur le véhicule électrique, il juge l’ambition du leasing social très insuffisante. Avec 50 000 véhicules par an, le dispositif reste, selon lui, très loin de l’échelle nécessaire. Le Parti socialiste propose au minimum de quadrupler les volumes soutenus par l’État.
Il considère également que le marché ne suffira pas, à lui seul, à conduire la transition. Il plaide pour des règles plus contraignantes et une fiscalité capable d’orienter les investissements, notamment lorsque de grands groupes continuent à consacrer une part importante de leurs capitaux aux énergies fossiles.
Une préférence française et européenne
Karim Benbrahim conditionne aussi l’électrification à une politique industrielle plus offensive. Il souhaite que les mécanismes publics favorisent davantage les produits et équipements fabriqués en France et en Europe, afin que la transition énergétique ne bénéficie pas principalement aux importations asiatiques.
Il appelle donc à une évolution des règles européennes permettant une véritable préférence européenne dans les politiques de soutien.
Pour lui, la taille du marché européen constitue un atout majeur, à condition que la demande soit suffisamment soutenue par des objectifs ambitieux. Il rappelle le précédent du photovoltaïque français : l’affaiblissement brutal du marché au début des années 2010 avait contribué à la disparition d’une partie de l’industrie nationale. « On n’arrivera pas à développer d’industrie si on n’a pas de marché », résume-t-il.
Au final, la ligne défendue par Karim Benbrahim repose sur un triptyque : réduire la consommation, électrifier les usages et développer fortement les renouvelables, tout en conservant une part de nucléaire, en renforçant l’industrie européenne et en protégeant davantage les ménages. Une stratégie qui, selon lui, doit être considérée non comme une dépense, mais comme un investissement dans la souveraineté, l’emploi et la résilience économique.
Maxime Amblard (Rassemblement National) : « Notre priorité, c’est la souveraineté énergétique »
Christophe Béchu (Horizons) : « Sortir des énergies fossiles impose de jouer à la fois la carte du nucléaire et des renouvelables »
Karim Benbrahim (Parti Socialiste) : « Sortir des fossiles d’ici 2050 suppose d’investir massivement dans les renouvelables »
Julien Chartier (Les Républicains) : « Notre désaccord ne porte pas sur les renouvelables, mais sur l’argent public »
Cyrielle Chatelain (Les Écologistes) : « Il faut sortir des fossiles et aller vers 100 % de renouvelables »
Jean-Luc Fugit (Renaissance) : « Opposer renouvelables et nucléaire n’a aucun sens »
Thomas Pellerin-Carlin (Place Publique) : « Donner enfin de la visibilité à la transition énergétique »
Aurélie Trouvé (La France Insoumise) : « Le maître mot, c’est la planification »







Il manque encore le plan du PCF, seuls à ma connaissance à avoir un « plan climat empreinte 2050 », calculé scientifiquement en partant des études du GIEC et des données réelles fournis par les services Français.
Ce plan est mis en débat, il faut lire la centaine de pages, et interroger. Il ne s’agit pas de propositions sans contenu, de positions de principe plus ou moins vagues, mais de données et choix politiques chiffrés.
L’intervention d’Amar Bellal du PCF sera présentée dans la lettre datée du 29 octobre.