Malgré un exceptionnel développement de ses énergies renouvelables, l'Allemagne est en passe de manquer les objectifs qu'elle s'était fixés dans sa transition énergétique lancée en 2011. Cette note d'analyse en détaille les raisons et montre pourquoi les prochaines élections fédérales pourraient être l'occasion de revoir à la baisse les ambitions de l'Energiewende.
L'Allemagne est souvent considérée comme le pays pionnier de la transition énergétique. Outre la sortie du nucléaire, elle a l'ambition de réduire par rapport à 1990 de 80 % ses émissions de CO2 à l'horizon 2050 grâce au remplacement des énergies fossiles par des énergies renouvelables (ENR). Cette transition a été promue au rang de projet de société par le soutien quasi unanime de la population.
La facture de la transition énergétique
En 2011, à la suite de la catastrophe nucléaire de Fukushima, les autorités allemandes lancent la transition énergétique ou Energiewende, promue au rang de projet de société par le soutien quasi unanime de la population. L'enthousiasme a bientôt franchi le Rhin, au point que ce tournant énergétique est apparu à beaucoup de Français comme le modèle à suivre. L'abandon du nucléaire et des énergies fossiles, leur remplacement par des énergies renouvelables, si possible locales, le développement de la mobilité électrique et l'accession à une économie non émissive en carbone constituaient des buts vertueux qui paraissaient accessibles à relativement court terme et au prix d'un eff¬ort financier raisonnable.
Six ans après le lancement de cette politique, les ENR ont connu un essor spectaculaire et comptent aujourd'hui pour un tiers de la production d'électricité. Malgré cette indéniable prouesse technique, l'Allemagne – doublée par l'Asie – n'a pas réussi à créer une industrie leader mondial du solaire photovoltaïque et fait face à une rude concurrence internationale en matière d'éolien. Surtout, la transition énergétique est payée au prix fort par les consommateurs, avec un prix de l'électricité qui a plus que doublé pour les particuliers entre 2000 et 2013. La facture pour la montée en puissance des ENR se révèle en effet très élevée, environ 25 milliards d'euros par an sur une vingtaine d'années.
Les installations en ENR ont encore besoin du soutien financier des pouvoirs publics et des coûts annexes se chiffrant en dizaines de milliards d'euros apparaissent pour construire des lignes très haute tension nécessaires à la sécurité du réseau, afin d'éviter les risques de black-out. Malgré un effort financier déjà considérable, l'Allemagne a peu de chances de tenir ses objectifs de réduction d'émissions de gaz à effet de serre pour 2020, et à long terme l'incertitude reste très forte.
Les ENR ne comptent encore que pour 12,6 % de la consommation d'énergie primaire totale, contre 10,4 % en France. Et les avancées sont compromises par le fait que l'Allemagne peine à réduire sa consommation d'énergie. L'efficacité énergétique des logements s'améliore trop lentement, les transports – qui comptent pour 30 % de la consommation d'énergie – recourent massivement aux hydrocarbures et les centrales électriques continuent de brûler les mêmes quantités de charbon et de lignite. De fait, la sortie du charbon n'est pas envisagée par les gouvernants avant 2040.
Une analyse spécieuse et orientée
Dans ce contexte, les élections fédérales du 24 septembre prochain pourraient bien être suivies d'une réduction des ambitions de la politique énergétique allemande. La lecture des programmes des différents partis indique que les dirigeants politiques sont bien conscients des difficultés rencontrées par l'Energiewende, tandis que l'attention des électeurs est aujourd'hui captée par d'autres sujets, comme l'immigration et la sécurité.
L'analyse spécieuse et orientée de France Statégie est somme toute largement à charge contre la transition énergétique allemande. Elle élude ainsi de nombreuses avancées positives due à cette transition comme la relocalisation de moyens de production d'énergie au plus près des consommateurs, la création d'une filière générant plusieurs centaines de milliers d'emplois non délocalisables, un mix énergétique plus équilibré et de plus en plus décarboné, une synergie naturelle avec les constructeurs automobiles lancés à plein régime dans la mobilité électrique partout sur la planète, un savoir-faire technologique notamment dans les métiers du digital et de l'internet de l'énergie qui représentent de futurs leviers de croissance très puissants au sein de ce secteur majeur de l'économie mondiale…Certes la transition a un coût, certes elle balbutie son développement mais elle est aussi vecteur de nombreux motifs de satisfaction et d'optimisme concernant l'avenir. N'en être qu'un contempteur frise une certaine forme de malhonnêteté intellectuelle !






Bonjour a l’équipe de Tecsol.
Je suis un grand fan de votre newsletter, su choix de vos articles et de vos commentaires.
Pour une fois, je ne suis pas d’accord avec la critique apportée au rapport de France Stratégie.
J’ai lu le rapport 2 fois, je ne le juge ni tendancieux, ni intellectuellement malhonnête.
Le rapport ne nie en aucun cas les progrès atteint par nos amis allemands, ni la nécessite de continuer la décarbonisation du mix-énergétique.
La situation est grave vis à vis de l’objectif mondial de limite du réchauffement. De nombreux scientifiques tirent l’alarme par lequel nous risquons de gravement dépasser les +2°C. Les raisons en sont multiples et les remèdes extrêmement douloureux.
Il n’y a pas de Veau d’Or dans l’exercice de la vérité. Ce n’est pas remettre en cause la transition énergétique que de mettre en lumière qu’en Allemagne les fruits faciles ont déja été cueilli, que les contraintes apparaissent, que l’objectif ne sera peut-être pas tenu.
Ce n’est pas briser un tabou que d’écrire que les échéances électorales , le populisme, la crainte du chomage, le cout de sécurisation du réseau risque fort d’amener les dirigeants à retarder un peu plus la transition énergétique.
Un grand avantage de ce rapport est aussi de montrer que la consommation ne baisse PAS en Allemagne (et dans la plupart des pays asiatiques) !! Alors que tous les modèles des COP 18 à 22 s’appuyaient sur de forte baisses. Il serait dangereux de laisser entendre que l’indispensable futur mix à forte portion d’ENR arriverait à fournir de manière stable sans que le douloureux volet d’énormes économies d’énergies (et aussi d’autoconsommation) soit radicalement remis en selle. Qui aura le courage de le faire ?
Je ne perçois absolument pas ce rapport, et sa mise en lumière des contraintes récentes puis futures, comme une remise en cause de ce pour quoi nous travaillons tous. Grand merci de l’avoir publié.
« Je n’ai rien d’autre à offrir que du sang, de la peine, des larmes » Winston Churchill La mise en garde est peut-être tendancieuse, mais elle se prouva avant tout salutaire pour la vie des générations futures.
J’avais rédigé un commentaire d’une trentaine de ligne mais il a disparu en cliquant « Envoyer ».
Je résume donc : passionné de le newsletter et de tous nos sujets communs concernant les ENR je vous remercie d’avoir publié ce rapport de France Stratégie.
Ma lecture de ce rapport est qu’il n’est pas malhonnête ou tendancieux. Il encourage l’Allemagne à ne pas sous-estimer les récentes et futures contraintes de son mix énergétique. Les objectifs vont être extrêmement difficile à atteindre!! Dans de nombreux pays la decarbonisation du mix ralentit le pas et la consommation nationale ne diminue nullement !! (Allemagne, Asie). Tirer cette sonnette d’alarme, comme le font de nombreux scientifiques vis à vis de la quasi certitude de dépasser les +2 degrés, ne constitue pas une remise en cause des voies choisies pour diminuer les émissions.
Il faut savoir briser le veau d’or et stopper de réjouir des résultats généralement en-dessous des objectifs. Casser le thermomètre n’écarte pas la fièvre. C’est souvent salutaire de révéler les contraintes, les retards, les sacrifices à redoubler.
Je n’ai rien d’autre à offrir que du sang, de la peine, des larmes et de la sueur. Winston Churchill Mai 1940.
Ignorance habituelle et discours pernicieux habituel. La transition énergétique en Allemagne n’a pas commencé en 2011 à la suite de la catastrophe nucléaire de Fukushima.
La sortie du nucléaire en Allemagne a commencé avec la loi de février 2002, issue d’un plan de sortie du nucléaire en vingt ans élaboré dès juin 2000. Cette loi, prévoyait l’arrêt des réacteurs nucléaires à des dates variables selon leur ancienneté et leur vétusté, le dernier étant arrêté en 2022.
Après une remise en cause par le gouvernement conservateur en septembre 2010, pour repousser de douze ans la sortie du nucléaire, la loi de 2002 a été rétablie après le drame nucléaire survenu au Japon au printemps 2011.
Au printemps 2011, huit réacteurs nucléaires ont été arrêtés, dont deux n’avaient rien produit depuis 2008 et étaient en fait à l’arrêt.
Auparavant, la loi d’avril 2000 avait concerné le développement des énergies renouvelables (EEG).
Celle-ci a vu ses objectifs atteints avec plusieurs années d’avance. Ceux pour 2010 ont été réalisés en 2007 et ceux pour 2020 en 2011 : 20 % d’électricité renouvelable, avec 122 TWh sur un total de 614 TWh.
En 2016, les énergies renouvelables ont contribué pour 29,5% de la production d’électricité et 32,5% de la consommation d’électricité en Allemagne.
L’Allemagne est un exportateur net d’électricité et n’a jamais eu besoin de l’électricité nucléaire française. Ce qui n’empêche pas des échanges entre divers pays, variables selon les années et les saisons. En 2016, le solde exportateur de l’Allemagne a été de 55,5 TWh, soit 8,5% de sa production.
L’Allemagne a encore une fois explosé son objectif de baisse des émission en 2016 et l’estimation 2017 n’est pas meilleure. Au bout de combien d’année accepterez-vous le constat d’échec de l’Energiewende ? ça va bientôt marcher… en 2040: c’est ça votre réponse ?
Le climat et la santé n’attendent pas. Les centrales au charbon tuent au moins 22 personnes par jour, 2 de plus depuis la fermeture de 10 GW de nucléaire et 2 de plus lorsque les 10 GW restants fermeront. Angela Merkel porte cette responsabilité et vous vous faites complice, involontairement bien sûr, mais complice quand même, de ce crime en le soutenant.
Les autres criminels sont listés ici: https://exitcoalnow.org/ECNlist.html
Chaque année perdue dans la décarbonation rapide et profonde de l’économie mondiale nous fait manquer les objectifs de l’Accord de Paris de 0,1°C par année de retard. +1,6°C dès 2019, +2,1°C dès 2024.
L’Énergie solaire ne suffit pas pour sortir de BAU (Business As Usual): nous avons besoind e tous les outils à disposition. Arrêtez d’endormir les gens et de vous faire involontairement les complices des criminels climatiques.