L’Espagne veut imposer aux data centers 80 % d’électricité renouvelable heure par heure

Face à l’explosion annoncée de la demande électrique des centres de données, l’Espagne prépare un cadre particulièrement contraignant. Un projet de décret royal soumis à consultation prévoit d’imposer aux nouveaux data centers de plus de 1 MW une alimentation reposant à au moins 80 % sur de l’électricité renouvelable, et cela heure par heure. L’objectif affiché par le gouvernement est d’éviter que le développement de ces infrastructures ne se traduise par une hausse de la consommation de gaz et, in fine, par une augmentation des prix de l’électricité pour l’ensemble des consommateurs.

Le mécanisme envisagé repose sur un principe d’additionnalité. Chaque nouveau mégawatt consommé par un centre de données devrait être associé à un nouveau mégawatt de capacité renouvelable installé dans les 18 mois précédant la mise en service du site. Cette électricité pourrait provenir soit d’autoconsommation, soit de contrats d’achat d’électricité de long terme, les fameux PPA. Le respect de l’exigence serait contrôlé sur une base horaire : sur chaque heure de fonctionnement, au moins 80 % de l’électricité consommée devrait avoir été produite par des moyens renouvelables durant cette même heure.

Cette obligation serait maintenue jusqu’à ce que les renouvelables représentent plus de 90 % du mix électrique espagnol. Le gouvernement entend ainsi reproduire, pour les centres de données, une logique proche de celle appliquée à l’hydrogène renouvelable, où la corrélation entre consommation électrique et nouvelle production renouvelable est devenue un enjeu central.

Une demande électrique qui s’emballe

L’Espagne se considère comme particulièrement attractive pour les data centers, en raison de sa situation géographique, de son climat et surtout de l’importance de ses ressources renouvelables. Mais les chiffres commencent à inquiéter Madrid. La stratégie nationale sur l’intelligence artificielle tablait sur une puissance informatique cumulée de 2,5 GW à l’horizon 2030, correspondant à environ 4 GW de demande électrique. Or, selon le ministère, plus de 12 GW de droits d’accès et de raccordement ont déjà été accordés aux centres de données, soit trois fois cette prévision.

La concentration géographique de ces projets renforce encore les inquiétudes. En Aragón, 3,6 GW de droits d’accès ont déjà été attribués aux data centers, ce qui pourrait tripler la demande électrique de la région. À Madrid, 4,1 GW ont été accordés, soit un niveau susceptible de doubler la consommation électrique régionale.

Éviter la hausse des prix de l’électricité

Le gouvernement espagnol justifie son intervention par les expériences observées à l’étranger. Le ministère cite notamment l’Irlande, les Pays-Bas et les États-Unis, où le développement rapide et mal coordonné des centres de données aurait entraîné des tensions sur les réseaux, sur l’eau et sur les prix de l’électricité. Il évoque notamment des projections allant jusqu’à 70 % d’augmentation des prix électriques d’ici 2030 dans certaines grandes régions américaines.

Madrid veut donc éviter que les data centers ne captent des capacités électriques existantes au détriment des autres consommateurs et de l’électrification de l’économie. Le projet prévoit ainsi que les nouveaux centres de données soient alimentés par des capacités renouvelables supplémentaires, et non simplement par de l’électricité verte déjà disponible sur le marché.

Les installations qui ne respecteraient pas l’objectif de 80 % d’électricité renouvelable s’exposeraient à des pénalités croissantes sur leurs factures, notamment via les tarifs et péages électriques. En cas de manquements répétés, elles pourraient même perdre leur droit d’accès au réseau.

Une formidable opportunité pour le solaire et les PPA

Pour la filière photovoltaïque, le projet espagnol ouvre potentiellement un marché considérable. Si une partie significative des 12 GW de demandes de raccordement déjà accordées se concrétise, l’obligation d’additionnalité pourrait entraîner la construction de plusieurs gigawatts de nouvelles capacités renouvelables.

Le solaire devrait être l’un des principaux bénéficiaires, mais la contrainte horaire imposera vraisemblablement des combinaisons entre photovoltaïque, éolien, stockage et PPA diversifiés afin de maintenir un taux d’approvisionnement renouvelable de 80 % à toute heure.

L’Espagne cherche ainsi à transformer la croissance des data centers, souvent perçue comme une menace pour l’équilibre du système électrique, en levier de développement supplémentaire pour les renouvelables et les flexibilités. Le projet de décret a suscité plus de 600 contributions lors de la consultation publique, preuve que l’enjeu dépasse désormais largement le seul secteur numérique.

Sur le même sujet

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisement -spot_img
- Advertisement -spot_img

Derniers articles

- Advertisement -spot_img