Invité de l’émission Tout pour investir – La Masterclass de Christopher Dembik sur BFM Business, Pierre Schang, responsable du pôle Impact environnement et gérant à La Financière de l’Échiquier, estime que les tensions géopolitiques et la forte progression des besoins électriques ouvrent une nouvelle phase de développement pour les énergies renouvelables. Selon lui, la décennie 2020-2030 sera celle de « l’électron décarboné », porté par des investissements massifs dans les infrastructures énergétiques.
Les data centers renforcent la pression sur les réseaux électriques
L’entretien débute par un parallèle avec le plan Messmer lancé après le choc pétrolier de 1973. À l’époque, la France avait fait le choix du nucléaire pour réduire sa dépendance énergétique. Cinquante ans plus tard, Pierre Schang considère que le contexte est différent : les technologies renouvelables sont désormais matures, compétitives et rapides à déployer. Il souligne qu’un parc éolien peut être construit en quelques années seulement, alors que le solaire et l’éolien ne présentent plus de risque technologique majeur et offrent, dans les zones les plus favorables, un coût de production inférieur à celui du nucléaire.
Selon lui, l’enjeu dépasse désormais la seule transition climatique. La France importe encore près de 60 % de l’énergie qu’elle consomme sous forme d’hydrocarbures, une dépendance stratégique devenue particulièrement préoccupante dans un contexte géopolitique instable. Face à cette situation, il appelle à accélérer les investissements dans les moyens de production d’électricité décarbonée.
L’un des moteurs de cette accélération est la montée en puissance des data centers. Pierre Schang souligne que les États-Unis connaissent actuellement une forte hausse des prix de l’électricité, alimentée notamment par l’explosion des besoins des centres de données. L’intelligence artificielle et le numérique exercent une pression croissante sur les réseaux, créant un besoin urgent de nouvelles capacités de production électrique.
Pour l’expert, cette évolution constitue un puissant facteur de soutien aux énergies renouvelables, malgré les obstacles politiques rencontrés aux États-Unis. Il estime que les besoins des entreprises, des ménages et des opérateurs de data centers finiront par l’emporter sur les réticences de l’administration américaine à l’égard des nouveaux projets éoliens et solaires.
En Europe, Pierre Schang privilégie les producteurs spécialisés dans les renouvelables, tels qu’Ørsted, EDP Renováveis ou Acciona Energía, qu’il juge mieux positionnés pour bénéficier du prochain cycle d’investissements. Il rappelle que la concurrence chinoise reste essentiellement concentrée sur la fabrication des panneaux photovoltaïques et des batteries, tandis que le développement et l’exploitation des grands projets demeurent largement entre les mains d’acteurs européens.
Après plusieurs années de sous-performance boursière des entreprises exclusivement positionnées sur les renouvelables, Pierre Schang considère que le secteur retrouve aujourd’hui un potentiel attractif. La combinaison des impératifs de souveraineté énergétique, de décarbonation et de l’explosion de la consommation électrique liée aux data centers devrait, selon lui, soutenir durablement les investissements dans les infrastructures de production d’électricité renouvelable.





