Intervenant mercredi au colloque national de France Renouvelables, au Parc Floral de Paris, Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l’Énergie, a réaffirmé la place des renouvelables dans la stratégie énergétique française. Son intervention a surtout été marquée par l’annonce des résultats de deux appels d’offres photovoltaïques : 125 projets retenus pour plus de 930 MWc dans le solaire au sol, à un prix moyen pondéré proche de 60 €/MWh, ainsi qu’un prix de 75 €/MWh pour le petit photovoltaïque. Des niveaux que la ministre présente comme la démonstration de la compétitivité croissante de la filière.
« Nous avons besoin des énergies renouvelables. C’est un atout français et un atout majeur. » Devant les professionnels réunis au colloque national de France Renouvelables, Maud Bregeon a voulu fixer une ligne claire : la politique énergétique française continuera de s’appuyer à la fois sur le nucléaire et sur les renouvelables, dans le cadre de la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie publiée en février dernier. L’objectif demeure celui d’une électricité « décarbonée, souveraine et bon marché », avec des capacités de production appelées à précéder la progression attendue de la demande liée à l’électrification des usages.
La ministre a également invoqué le contexte international et la hausse du coût des hydrocarbures pour souligner l’enjeu de souveraineté. Elle s’est appuyée sur les conclusions de la CRE, qui juge selon elle pertinent de poursuivre le développement des renouvelables pour le consommateur. L’abondance d’électricité décarbonée constitue, a-t-elle insisté, un « avantage stratégique » pour la France.
Trois appels d’offres photovoltaïques relancés
Pour la filière solaire, Maud Bregeon a surtout voulu montrer que la période d’incertitude des mois précédents était désormais derrière elle. Depuis la publication de la PPE3, le gouvernement a, selon elle, relancé les procédures de mise en concurrence qui avaient été suspendues.
Un premier appel d’offres a été ouvert pour le grand photovoltaïque sur bâtiment, avant d’être complété par deux autres procédures : l’une concernant les grandes centrales photovoltaïques au sol, l’autre les petits projets photovoltaïques.
C’est sur ces deux dernières catégories que la ministre a profité du colloque pour annoncer les résultats.
Pour l’appel d’offres consacré au photovoltaïque au sol, 125 dossiers sont retenus, représentant plus de 930 MWc. Mais c’est surtout le niveau de prix qui retient l’attention : le prix moyen pondéré ressort à près de 60 €/MWh, contre environ 80 €/MWh lors de la précédente période, en juin 2025. Cela représente une diminution d’environ 25 % en un peu plus d’un an.
« Ces dossiers sont particulièrement compétitifs », s’est félicitée Maud Bregeon, qui voit dans ces résultats un argument important dans le débat sur le coût des énergies renouvelables.
75 €/MWh pour le petit photovoltaïque
La tendance est également favorable pour l’appel d’offres consacré au petit photovoltaïque. La ministre a annoncé un prix de 75 €/MWh, là encore « en forte baisse ».
Pour Maud Bregeon, ces résultats traduisent à la fois « le gain en maturité de la filière, la qualité des projets déposés et l’effort de compétitivité qui a été réalisé ». Elle estime que la baisse des coûts constitue désormais l’une des conditions permettant de maintenir durablement une politique de soutien aux renouvelables.
Le message adressé aux professionnels est donc double. Le gouvernement entend poursuivre le développement des capacités renouvelables, mais demande parallèlement aux filières de démontrer qu’elles peuvent produire à des niveaux de prix toujours plus compétitifs.
Cette logique intervient dans un contexte budgétaire que la ministre a qualifié d’« exigeant ». Les renouvelables, a-t-elle prévenu, n’échapperont pas à la recherche d’économies. Les mécanismes publics doivent garantir aux producteurs une juste rémunération et de la visibilité, mais « il ne s’agit en aucun cas de créer une rente ». Elle a explicitement relié cette orientation au travail engagé sur certains contrats photovoltaïques dans le projet de loi de finances.
Après la compétitivité, le défi de la flexibilité
La seconde partie du discours a porté sur l’intégration des nouvelles capacités renouvelables au système électrique. À mesure que le solaire et l’éolien progressent, Maud Bregeon considère que la priorité devient la synchronisation entre production et consommation.
« Nous sommes face à un défi : celui de mieux synchroniser production et consommation grâce à la flexibilité », a-t-elle expliqué. Selon elle, la prochaine étape doit permettre aux renouvelables de démontrer leur capacité à gérer une part croissante de leur variabilité.
Pour y parvenir, le gouvernement ne veut pas privilégier une technologie unique : solaire, éolien, batteries ou encore volant d’inertie pourront contribuer en fonction des configurations.
Cette nouvelle philosophie doit se traduire dès le début de 2027 par l’ouverture d’un appel d’offres technologiquement neutre. Il devra favoriser les installations capables de produire une électricité renouvelable compétitive tout en répondant davantage aux besoins du système électrique. Les projets associant production et flexibilité seront notamment valorisés.
La ministre a par ailleurs annoncé l’arrivée prochaine de plusieurs textes destinés à simplifier et clarifier l’implantation des batteries, sujet devenu central pour accompagner la croissance du photovoltaïque.
Faire des prix des appels d’offres un argument en faveur des renouvelables
Tout au long de son intervention, Maud Bregeon a insisté sur la nécessité de disposer de résultats tangibles pour défendre les renouvelables dans le débat public. Les prix obtenus lors des derniers appels d’offres solaires doivent précisément, selon elle, servir de démonstration.
La filière devra être capable de montrer « chiffres à l’appui » qu’elle est compétitive, qu’elle s’intègre au réseau, qu’elle sait mobiliser les flexibilités nécessaires et qu’elle contribue à faire baisser durablement le coût du système électrique.
À l’approche de l’échéance présidentielle de 2027, la ministre n’a pas caché la dimension politique de cet enjeu. Les prochains mois pourraient, selon elle, constituer un tournant pour les renouvelables : positivement si les filières parviennent à démontrer leurs performances économiques et systémiques, ou, à l’inverse, un « coup d’arrêt très sec » dont il serait ensuite difficile de revenir. Elle a appelé les acteurs des renouvelables à « se serrer les coudes » face aux discours réclamant l’arrêt pur et simple de leur développement.
Pour le solaire, les chiffres annoncés au Parc Floral fournissent en tout cas un nouvel élément au débat : plus de 930 MWc attribués à près de 60 €/MWh pour les grandes centrales au sol, et 75 €/MWh pour le petit photovoltaïque. Des niveaux qui placent désormais la compétitivité économique au cœur de l’argumentaire gouvernemental en faveur de la poursuite du développement de la filière.






