Photovoltaïque : l’Académie des technologies appelle l’Europe à assumer le coût d’une réindustrialisation

Dans un rapport publié en juillet 2026, l’Académie des technologies estime que la reconstruction d’une filière photovoltaïque industrielle européenne est encore possible, mais que la fenêtre d’opportunité est étroite. Elle appelle à une politique industrielle coordonnée à l’échelle européenne, à une visibilité de long terme sur les volumes de marché et à l’acceptation d’un surcoût temporaire du « Made in Europe ».

Le photovoltaïque est devenu un pilier incontournable de la transition énergétique européenne, mais cette réussite énergétique contraste avec une dépendance industrielle presque totale vis-à-vis de la Chine. Celle-ci domine aujourd’hui l’ensemble de la chaîne de valeur, du silicium aux cellules et aux modules. Pour l’Académie des technologies, cette situation constitue un enjeu de souveraineté, de résilience industrielle et de maîtrise technologique.

Le potentiel de marché est pourtant considérable. L’Académie estime que l’Europe pourrait compter entre 900 et 1 400 GW de photovoltaïque installés en 2050, tandis que le marché actuel représente déjà environ 60 à 70 GW de nouvelles installations par an. À l’échelle française, le marché devrait rester compris entre 3 et 5 GW annuels, un volume jugé insuffisant pour rentabiliser à lui seul de grandes usines compétitives.

Un déficit de compétitivité de 30 à 40 %

Le principal obstacle est économique. Selon les études citées dans le rapport, le coût de fabrication d’un module produit en Europe serait actuellement supérieur de 30 à 40 % à celui d’un module fabriqué en Chine. Mais, nuance l’Académie, le module ne représente qu’une partie du coût total d’une installation.

Finalement, ce différentiel se traduirait par un surcoût d’environ 10 à 15 % sur le système photovoltaïque complet. L’Académie estime que ce supplément pourrait être accepté temporairement en contrepartie des bénéfices attendus : sécurisation des approvisionnements, emplois industriels, création de valeur locale et préservation des technologies stratégiques.

Miser sur le silicium, tout en préparant les tandems

Le rapport ne propose pas d’attendre une rupture technologique pour relancer l’industrie. Il recommande de repartir des technologies silicium les plus avancées, déjà maîtrisées industriellement, tout en préparant les futures générations de cellules.

Les technologies tandem, notamment silicium-pérovskite, sont identifiées comme une opportunité majeure. Leurs rendements dépassent déjà en laboratoire ceux des meilleures cellules conventionnelles et pourraient offrir à l’Europe une possibilité de revenir dans la compétition industrielle, à condition d’organiser rapidement le passage de la R&D à l’industrialisation.

Le « Made in Europe » comme outil industriel

Le rapport accorde une place centrale au Net Zero Industry Act et au projet d’Industrial Accelerator Act, qui doivent progressivement introduire des critères de résilience et d’origine européenne dans certains marchés.

L’Académie estime que ces outils peuvent changer les conditions économiques de la filière, mais souligne que leur calendrier est encore trop lent pour sécuriser immédiatement les projets industriels en cours. Elle recommande donc d’assumer explicitement un surcoût temporaire du « Made in Europe », via des soutiens à la production et des critères hors prix dans les appels d’offres.

Deux à trois projets industriels structurants en France

L’Académie plaide enfin pour un pilotage public-privé beaucoup plus affirmé. Elle estime qu’une capacité européenne de l’ordre de 30 GW de production annuelle permettrait de couvrir environ la moitié du marché européen, ce qui nécessiterait six à dix usines de 3 à 5 GW par an.

Pour la France, le rapport recommande de lancer rapidement deux à trois projets industriels structurants, appuyés sur des partenariats technologiques solides et des engagements de marché. Il insiste également sur le rôle des grands développeurs, des organismes de recherche, des équipementiers et de la formation.

Au total, l’Académie formule huit recommandations : stabiliser les trajectoires de déploiement, intégrer stockage et flexibilités, préparer les technologies de rupture, renforcer le lien entre R&D et industrie, assumer le surcoût du Made in Europe, instaurer un pilotage national et européen fort et engager rapidement de nouveaux projets industriels.

Le message du rapport est clair : l’Europe dispose encore du marché, des compétences scientifiques et des technologies nécessaires pour reconstruire une industrie photovoltaïque. Mais sans visibilité politique, soutien financier et commandes sécurisées, cette fenêtre pourrait rapidement se refermer.

Téléchargez le rapport

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