Roland Lescure alerte sur le risque d’une fronde française contre les data centers

Roland Lescure estime que l’opposition américaine aux centres de données pourrait gagner la France, les promoteurs devant convaincre localement, à l’image du nucléaire.

Une « licence sociale » à construire autour de l’IA

Le ministre de l’Économie Roland Lescure a reconnu mercredi, lors d’un point presse à San Francisco, que les réactions hostiles observées aux États-Unis contre les centres de données pouvaient émerger en France « sous différentes formes ». « Nous en sommes très conscients », a-t-il déclaré, en appelant les exploitants et constructeurs de ces infrastructures à mieux démontrer leurs bénéfices pour les territoires.

Selon le ministre, les projets liés à l’intelligence artificielle doivent obtenir une forme d’acceptation locale comparable à celle recherchée par d’autres grandes infrastructures énergétiques ou industrielles. Il a cité les centrales nucléaires des années 1970, le TGV des années 1980 et les parcs éoliens actuels comme exemples d’équipements ayant dû gagner leur « licence sociale » auprès des riverains.

Roland Lescure a insisté sur la nécessité, pour « quiconque installe un centre de données », d’expliquer les retombées locales attendues. Il a mentionné la création d’emplois et le partage de valeur comme arguments devant être présentés aux habitants concernés par ces implantations.

L’électricité française mise en avant auprès de la Silicon Valley

Le déplacement du ministre en Californie visait à rencontrer des acteurs de la Silicon Valley, alors que les besoins électriques de l’IA deviennent un sujet industriel et politique majeur. Roland Lescure a présenté la France comme un site d’accueil compétitif grâce à une électricité « décarbonée et bon marché », un réseau jugé « stable » et des procédures d’autorisation accélérées.

Le ministre a aussi mis en avant la chaîne industrielle française mobilisable pour ces projets, en citant Schneider Electric et Legrand. Ces entreprises participent, selon lui, à la construction des infrastructures de l’IA, dont les centres de données, avec des équipements électriques et numériques nécessaires à leur fonctionnement.

La consommation électrique des data centers en France métropolitaine a été estimée entre 4,3 et 6 TWh en 2024, soit 1 à 1,5 % de l’électricité consommée dans le pays, selon le Service des données et études statistiques publié en juillet 2026. Ce périmètre couvre 471 centres de données consommant chacun plus de 1 GWh par an.

Aux États-Unis, un débat déjà politisé

Les propos de Roland Lescure interviennent en parallèle d’une réunion du G20 organisée en Caroline du Nord, où les dirigeants de Nvidia, Meta et SpaceX ont demandé aux gouvernements d’accélérer la construction de centres de données. Ces installations concentrent une demande électrique croissante, portée par l’entraînement et l’usage massif des modèles d’intelligence artificielle.

Aux États-Unis, leur implantation est devenue un enjeu des élections de mi-mandat. Donald Trump a attaqué lundi les opposants à ces projets, en affirmant qu’ils finiraient « arriérés et pauvres ».

Roland Lescure a établi un parallèle avec l’acceptation progressive du parc nucléaire français dans certains territoires. « Cinquante ans plus tard, quand nous disons que nous allons en construire de nouvelles, ceux qui en ont déjà les veulent, parce qu’ils ont vu les retombées locales au fil du temps », a-t-il déclaré.

Bruxelles met en garde contre une concentration géographique

Interrogée mercredi en marge de la réunion du G20, Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la souveraineté technologique, a estimé qu’une concentration des centres de données dans quelques pays européens disposant d’une énergie bas carbone abondante ne constituait « pas une bonne solution ».

Cette position renvoie aux arbitrages européens entre souveraineté numérique, disponibilité foncière, raccordement électrique, refroidissement et accès à une production bas carbone. L’Ademe a publié en janvier 2026 une prospective sur l’évolution de la consommation des centres de données en France jusqu’en 2060, en intégrant notamment les effets possibles sur les émissions, l’eau, l’artificialisation des sols et la concurrence entre usages de l’électricité.

Roland Lescure a lié le développement de cette filière à l’objectif de créer de la prospérité en France pour financer le modèle social, qu’il a décrit comme « un peu cher », en utilisant le même registre économique que pour la relance du nucléaire.

AFP.com

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