Alors que le Gouvernement vient de lancer son plan d’électrification des usages et que les besoins futurs en électricité bas-carbone sont appelés à croître fortement, la filière photovoltaïque française s’inquiète du manque de visibilité sur son avenir à court terme. C’est le message qu’ont porté conjointement Jules Nyssen et Vianney de l’Estang pour le Syndicat des énergies renouvelables (SER) et Daniel Bour pour Enerplan lors d’une rencontre avec la ministre de l’Énergie, Maud Brégeon.
Cette réunion faisait suite aux alertes lancées lors du colloque national photovoltaïque organisé à Strasbourg par le SER et à la conférence de presse commune avec Enerplan. Les deux organisations professionnelles ont souhaité attirer l’attention du Gouvernement sur ce qu’elles considèrent comme une situation à la fois « paradoxale » et « dramatique » pour la filière.
Une filière sans feuille de route opérationnelle
Pour les représentants du secteur, la situation est paradoxale car le solaire demeure aujourd’hui la seule filière de production électrique qui ne dispose pas encore d’une feuille de route opérationnelle au-delà de l’été 2026.
Le SER rappelle que les différents volets de la politique énergétique nationale avancent progressivement : l’éolien en mer bénéficie désormais de dispositifs de soutien identifiés, les discussions se poursuivent sur l’éolien terrestre, l’hydroélectricité devrait faire l’objet d’un texte spécifique et le programme du nouveau nucléaire a été notifié à la Commission européenne. Dans ce contexte, les professionnels estiment que le photovoltaïque ne peut rester dans l’incertitude.
80 000 emplois concernés
Les organisations mettent également en avant les conséquences économiques de cette absence de visibilité. La filière solaire représente aujourd’hui près de 80 000 emplois directs et indirects en France et génère environ 300 millions d’euros de retombées fiscales annuelles pour les collectivités locales.
Selon le SER et Enerplan, l’absence d’arbitrages rapides pourrait fragiliser les entreprises du secteur et ralentir les investissements, alors même que le photovoltaïque est appelé à jouer un rôle central dans la réponse aux futurs besoins électriques du pays.
Un appel d’offres annoncé pour l’automne
Lors de la rencontre, Maud Brégeon a confirmé qu’un nouvel appel d’offres photovoltaïque serait lancé à l’automne. Toutefois, les modalités précises ainsi que les volumes qui seront mis en concurrence restent encore à arbitrer.
Enerplan et le SER ont plaidé pour que les volumes attribués en 2026 soient cohérents avec les objectifs de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), soit environ 2,9 GW, correspondant selon leur lecture à près de 3,6 GWc de nouvelles capacités photovoltaïques.
Les deux organisations ont également demandé qu’une ultime session d’appel d’offres puisse être organisée avant l’élection présidentielle de 2027 afin de garantir la continuité du développement de la filière.
L’hybridation des centrales dans le débat
Autre sujet abordé avec la ministre : l’hybridation des centrales photovoltaïques, notamment par l’intégration de systèmes de stockage. Enerplan et le SER ont plaidé en faveur d’un cadre plus favorable à ces projets, dans la continuité des recommandations récemment formulées par la Commission de régulation de l’énergie (CRE).
Selon les professionnels, la ministre s’est montrée réceptive à cette orientation et aurait reconnu que l’hybridation devait faire pleinement partie de la stratégie énergétique nationale. Les organisations proposent désormais le lancement d’un appel d’offres expérimental dédié à des projets hybrides de plusieurs centaines de mégawatts-crête entre fin 2026 et début 2027.
En attendant les arbitrages gouvernementaux, le SER et Enerplan poursuivent leurs échanges avec la Direction générale de l’énergie et du climat (DGEC), avec l’espoir d’obtenir rapidement les clarifications jugées indispensables à la stabilité et au développement de la filière photovoltaïque française.





