Dans un article de Simon Mundy publié dans la newsletter Moral Money du Financial Times, la chute rapide du coût des grands parcs de batteries pourrait rebattre les cartes du système électrique mondial. En associant solaire, éolien et stockage, les renouvelables entrent dans une nouvelle phase : celle d’une production propre, compétitive et disponible presque en continu.
Le talon d’Achille historique du solaire et de l’éolien est bien connu : ces énergies ne produisent pas lorsque le soleil ne brille pas ou que le vent ne souffle pas. Mais cette objection serait en train de perdre de sa force. Dans un article de Moral Money, publié dans le Financial Times, Simon Mundy rapporte les propos de Francesco La Camera, directeur général de l’IRENA, pour qui la question de l’intermittence a longtemps été instrumentalisée par les défenseurs du système énergétique fossile.
La raison de ce basculement tient à la baisse spectaculaire du coût du stockage par batteries. Selon BloombergNEF, cité dans l’article, le coût d’une installation de batteries à l’échelle du réseau a chuté de plus de moitié depuis 2022, et encore de 27 % sur la seule dernière année. Cette évolution est largement portée par les progrès industriels des fabricants chinois, notamment dans la chimie lithium-fer-phosphate, moins coûteuse.
Pour l’IRENA, les projets associant solaire, éolien et batteries peuvent désormais fournir une électricité disponible 24 heures sur 24 à des prix compétitifs avec les centrales à gaz. L’exemple le plus emblématique est celui d’Al Dhafra, à Abou Dhabi, où un projet développé par Masdar doit combiner 5 GW de solaire photovoltaïque avec un vaste système de stockage, afin de fournir une puissance continue de 1 GW. Le coût global de production est estimé à 70 dollars par MWh, un niveau comparable à celui de nouvelles centrales à gaz selon les références de Lazard citées par le Financial Times.
D’autres projets confirment cette tendance. En Australie, Fortescue Metals prévoit de mettre en service d’ici fin 2028 un système énergétique autonome, sans combustibles fossiles, pour ses activités minières dans le Pilbara. Il reposera sur 1,8 GW de solaire et d’éolien, associés à des batteries et à 620 km de lignes de transport.
Tout n’est pas réglé pour autant. Garantir une fourniture 100 % du temps, y compris lors de longues périodes sans soleil ni vent, exigerait des capacités de batteries considérables, parfois utilisées seulement quelques heures par an. Mais l’enjeu change de nature : les centrales fossiles pourraient être progressivement ramenées à un rôle de secours, plutôt que de constituer le socle permanent du système électrique.
Cette évolution ouvre une perspective majeure pour la transition énergétique. La compétition ne se joue plus seulement entre fossiles et renouvelables, mais entre les pays capables d’accélérer le plus vite vers des systèmes combinant production renouvelable, stockage et réseaux intelligents. Pour le solaire, c’est une révolution silencieuse : l’énergie intermittente devient progressivement une énergie de système.






