Rencontre du MEDEF: l’énergie reste au second plan du débat présidentiel

Au cours du long débat présidentiel organisé par le Medef et diffusé jeudi après-midi sur LCI, l’énergie a été évoquée dès les premières interventions, mais sans bénéficier d’une discussion à la hauteur de ses enjeux. Les quelques échanges consacrés au sujet ont néanmoins révélé des oppositions très marquées entre les candidats : réindustrialisation solaire pour Raphaël Glucksmann, accélération des renouvelables pour Marine Tondelier, priorité au nucléaire pour Bruno Retailleau, critique du programme nucléaire pour Jean-Luc Mélenchon et baisse de la fiscalité énergétique pour Marine Le Pen.

Abordée dès l’entame du débat, la politique énergétique française n’a ensuite occupé qu’une place limitée dans les échanges. Alors que le prix de l’électricité, la souveraineté industrielle et la compétitivité figuraient parmi les préoccupations centrales des chefs d’entreprise réunis par le Medef, les candidats à l’élection présidentielle de 2027 ont peu détaillé leurs choix en matière de production électrique. Les énergies renouvelables, en particulier, n’ont été évoquées qu’à travers quelques prises de parole.

Ces interventions dessinent pourtant des orientations profondément divergentes.

Raphaël Glucksmann déplore l’échec industriel de Carbon

Raphaël Glucksmann a choisi de mettre en parallèle deux actualités récentes : l’annonce d’un parc de loisirs consacré à l’univers de Dragon Ball Z, financé par l’Arabie saoudite, et l’abandon de la giga-usine photovoltaïque Carbon à Fos-sur-Mer.

« D’un côté, on célèbre l’ouverture d’un parc Dragon Ball Z financé par l’Arabie saoudite en France. Et, de l’autre, on enterre le projet de gigafactory de Fos-sur-Mer, qui devait produire 10 millions de panneaux photovoltaïques par an et créer des milliers d’emplois », a-t-il lancé, avant d’ajouter : « Je ne veux pas pour mon pays de la France d’un destin de parc d’attractions. »

Le projet Carbon devait représenter un investissement de 1,7 milliard d’euros, créer 3 000 emplois directs et produire annuellement 5 GW de cellules et de modules photovoltaïques. Son abandon, annoncé en mai 2026 après la liquidation judiciaire de l’entreprise, est devenu le symbole des difficultés rencontrées par l’industrie solaire européenne face à la concurrence asiatique et au manque de visibilité sur le marché.

Marine Tondelier relie renouvelables et compétitivité

Marine Tondelier a placé le coût de l’énergie au même niveau que celui du travail dans la compétitivité des entreprises. Selon elle, la flambée des prix résulte notamment de la vulnérabilité et de la dépendance énergétiques de la France.

La candidate écologiste a défendu la mise en place d’un prix de l’électricité « compétitif et stable », avant de dénoncer la position de Bruno Retailleau sur les renouvelables. Elle a notamment évoqué les gigantesques installations photovoltaïques actuellement déployées sur le plateau tibétain.

« Ce n’est pas pour faire plaisir à Greta Thunberg, c’est parce que les Chinois ont compris que, demain, ce serait un outil essentiel de leur compétitivité », a-t-elle affirmé.

Bruno Retailleau veut supprimer la PPE3

Bruno Retailleau a contesté avoir demandé un moratoire général sur les énergies renouvelables. Il affirme avoir proposé la fin des subventions accordées à des technologies qu’il considère comme désormais matures.

« Ces énergies renouvelables, qui coûtent très cher et qui sont très subventionnées, sont parvenues à maturité. Donc, on arrête de les subventionner », a-t-il déclaré. Le candidat a défendu une stratégie reposant prioritairement sur le nucléaire, complété par les renouvelables.

Il a également annoncé son intention de supprimer la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), estimant que son application entraînerait une hausse de 10 à 15 % du coût de l’électricité. À l’inverse, il promet de réduire ce coût de 10 % afin d’améliorer la compétitivité des entreprises et des exploitations agricoles.

L’affirmation sur le surcoût de la PPE3 n’a cependant pas été étayée pendant le débat. Publiée en février 2026, cette programmation fixe la trajectoire énergétique française jusqu’en 2035 et associe relance du nucléaire, développement des renouvelables et électrification des usages.

Jean-Luc Mélenchon met en doute le calendrier nucléaire

Jean-Luc Mélenchon a, pour sa part, alerté sur une possible « falaise » de production électrique à l’horizon 2040, lorsque de nombreux réacteurs actuellement en service approcheront de leur fin de vie théorique.

Il a critiqué les candidats qui fondent leur stratégie sur « un équipement nucléaire qui n’existe pas », en référence aux futurs EPR2. Son intervention pose la question du calendrier : même si les premiers nouveaux réacteurs sont annoncés pour la fin de la prochaine décennie, leur mise en service effective demeure soumise à des délais industriels considérables.

Le candidat n’a cependant pas détaillé, dans cet échange, les moyens de production alternatifs qu’il entend mobiliser pour répondre simultanément à la fermeture progressive du parc existant et à l’augmentation attendue de la consommation électrique.

Marine Le Pen privilégie la baisse de la TVA

Marine Le Pen a concentré son intervention sur le pouvoir d’achat. Elle propose une baisse de la TVA de 20 à 5,5 % sur l’électricité, le gaz et le fioul, aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises.

Dans un second temps, elle souhaite revenir à un prix fondé sur les coûts français de production de l’électricité, qu’elle juge historiquement abondante, sûre et peu chère. Cette proposition pose toutefois la question de son articulation avec les règles du marché européen et du financement des réseaux, du futur parc nucléaire et des nouveaux moyens de production.

Au terme de cette confrontation, l’énergie apparaît surtout comme un sujet de prix. Les questions relatives à la sécurité d’approvisionnement, au stockage, aux réseaux électriques, à l’autoconsommation, à la relocalisation industrielle et à l’adaptation au changement climatique sont restées presque entièrement absentes. Un angle mort surprenant, tant la politique énergétique conditionnera la compétitivité française, l’électrification de l’économie et le développement de l’intelligence artificielle au cours du prochain quinquennat.

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