Xavier Barbaro, PDG de Neoen : « Les batteries seront la très bonne surprise des prochaines années en Europe »

Dans un entretien accordé à L’Express, sous la plume du journaliste Baptiste Langlois, Xavier Barbaro, PDG de Neoen, livre un plaidoyer appuyé en faveur des énergies renouvelables et du stockage par batteries. Son message est clair : la France dispose d’une véritable filière d’excellence, mais elle tarde encore à la reconnaître à sa juste valeur. 

Neoen, vitrine française plus connue à l’étranger qu’en France

Créée en France il y a dix-sept ans, Neoen s’est imposée comme un acteur majeur des énergies renouvelables à l’international, en particulier en Australie, où l’entreprise est devenue le premier acteur du renouvelable. Xavier Barbaro y voit la démonstration d’un savoir-faire français trop souvent sous-estimé.

Selon lui, le débat français reste prisonnier d’une idée réductrice : les panneaux solaires seraient chinois, donc la filière solaire ne créerait pas de valeur en France. Le dirigeant conteste cette lecture. Il rappelle que l’essentiel de la valeur d’une centrale photovoltaïque réside aussi dans le développement, l’ingénierie, la construction, les câbles, l’intégration et l’exploitation. Neoen fait ainsi travailler des groupes comme Bouygues, Vinci, Eiffage ou Nexans, y compris sur ses projets à l’étranger.

Même raisonnement pour les batteries : si les cellules viennent souvent d’Asie, l’intégration, le logiciel et l’assemblage peuvent créer de la valeur industrielle en France. Xavier Barbaro cite notamment la future plus grande batterie de France, à Vernou-la-Celle-sur-Seine, assemblée à Saint-Étienne par Nidec.

Les batteries, nouvel outil stratégique du système électrique

Pour le PDG de Neoen, la France et l’Europe sont en retard sur le stockage, mais la prise de conscience est en cours. Les batteries ne sont plus seulement un complément aux renouvelables intermittents. Elles deviennent un outil de sécurité, de flexibilité et d’optimisation du réseau.

Elles permettent d’écrêter les pics de consommation, d’injecter de l’électricité aux moments critiques, de stabiliser la fréquence et la tension du réseau, d’éviter certains investissements lourds dans de nouvelles lignes haute tension et de limiter le recours aux centrales thermiques. Xavier Barbaro rappelle l’expérience australienne : après un black-out majeur en 2017, Neoen avait construit avec Tesla une grande batterie livrée en cent jours. Depuis, la part des renouvelables y a fortement progressé sans nouvel épisode comparable.

Un potentiel encore freiné par la réglementation

Neoen teste déjà en France une batterie de 92 MW près de Morlaix avec RTE. D’autres projets pourraient sécuriser des zones isolées, renforcer la stabilité autour des grandes villes, accompagner les data centers ou améliorer les interconnexions transfrontalières.

Mais Xavier Barbaro appelle à dépoussiérer la réglementation. Selon lui, les batteries souffrent moins d’hostilité que de méconnaissance administrative. Pour accompagner 40 GW de solaire et d’éolien, la France aurait besoin de 5 à 6 GW de batteries, bien réparties sur le territoire.

Sa conclusion est optimiste : pour Neoen, les batteries vont devenir l’une des grandes surprises positives des prochaines années en Europe, à condition de ne pas freiner une technologie devenue évidente pour la sécurité et la compétitivité du système électrique.

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