mardi, février 24, 2026
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Yann Maus : « Le gouvernement nous a trahis »

YannMaus3 Président des l'AIPF (Association des Industriels du Photovoltaïque Français) et fondateur de Fonroche Energies, Yann Maus ne décolère pas, suite à la réunion de concertation du 12 janvier dernier. Réactions à chaud !

Plein Soleil : Pourquoi avoir quitté la réunion de concertations consacrée à l'avenir de la filière photovoltaïque du 12 janvier en claquant la porte ?

Yann Maus : Cette réunion était une pantalonnade. A défaut de réunion de concertations, on devrait plutôt parler d'une réunion d'informations. Les industriels que nous sommes sont convoqués pour entériner des décisions déjà prises de manière hâtive au sujet d'une filière qui pèse tout de même 25 000 emplois. Tout est déjà écrit. On connaît la fin de l'histoire. La DGEC nous annonce donc 500 MW par an, 200 MW au sol alors que le rapport Charpin avait retenu des hypothèses entre 100 et 150 MW, puis 150 MW pour les petites toitures en dessous de 16 kWc et 150 MW pour les grandes toitures. La complexe régulation des tarifs qu'on nous a présentée ne pourra pas fonctionner. Le système d'appel d'offre pour les centrales au sol est très difficile à mettre en place. Il n'est qu'à voir le premier appel d'offres solaire lancé qui n'a abouti à rien. Et puis, il y a l'expérience de l'éolien qui a beaucoup souffert de ce système d'appels d'offres.

« Le gouvernement raisonne en termes de dépenses pas en termes de bénéfices »

PS : Selon vous, le gouvernement ne prend pas la mesure de l'enjeu photovoltaïque ?

YM : Les besoins planétaires en électricité solaire photovoltaïque sont colossaux. Nous tenons là les emplois et les exportations de demain. Le problème est que le gouvernement raisonne en termes de dépenses et non en termes de bénéfices de ce que pourrait rapporter le photovoltaïque à l'économie française. Oui, nous sommes tous d'accord, il faut maîtriser les dépenses mais pas en bloquant le marché à 500 MW. Dans ce cas, rien n'est fait pour protéger l'industrie française. Cela ne servira à rien, juste à ouvrir encore plus les portes à l'industrie chinoise. Les dépenses doivent profiter en priorité à l'industrie française à travers un protectionnisme intelligent. Notre administration doit arrêter tout angélisme sur la question comme l'Ontario au Canada et d'autres pays le font. En exigeant des quotas de composants locaux dans la fabrication des capteurs !

PS : Où en est aujourd'hui la filière française et peut-elle justifier les dépenses engagées ?

YM : Notre association AIPF compte une trentaine d'adhérents industriels, entre modules et laminés, trackers, système d'intégration, cellules et même silicium avec Emix. On dénombre treize usines d'encapsulage de capteurs pour une capacité de production de près de 800 MW. Nous avons multiplié par dix la production en deux ans. Nous avons par ailleurs 800 millions d'euros de projets d'investissements en amont de la filière autour de quatre projets de fabrication de cellules : First Solar, PV Alliance, PV20 avec MPO et Fonroche avec un projet de 80 millions d'euros. De quoi pérenniser l'avenir de la filière à cinq ans. Alors j'entends que la filière française aujourd'hui est essentiellement constituée d'unités d'encapsulage. Mais il fallait bien anticiper l'encapsulage afin de trouver des débouchés à nos cellules made in France. Mais personne ne veut nous écouter. Le développement de l'industrie souffre d'un mal français. Un exemple. En quatre ans la France a perdu 50% de sa production industrielle d'automobiles quand l'Allemagne a gagné 50%.

« Nous irons mener le combat à l'étranger »

PS : Qui du moratoire ?

YM : Il a été hélas rendu nécessaire face à l'incurie du gouvernement qui est incapable de gérer l'évolution d'une filière industrielle. Maintenant, si l'on campe sur ces positions, nous n'aurons pas de filière solaire, à l'instar de l'éolien.

PS : Votre société Fonroche est-elle menacée par ces nouvelles mesures ?

YM : Heureusement non. Nous avons la chance d'être parti plus tôt que les autres ce qui nous a assuré un carnet de commandes sécurisé entre 90 et 100 MW. Ce que n'ont pas forcément les autres fabricants. Notre société est par ailleurs très bien capitalisée, à hauteur de 50 millions d'euros de fonds propres. Nous sommes sereins. Mais la vraie question qui se pose est celle de l'avenir de Fonroche en France s'il n'y a plus de marché domestique.

PS : Que ferez-vous alors ?

YM : Nous irons mener le combat à l'étranger dans des pays qui imposent des barrières douanières et où les coûts de financement sont moins élevés. Nous sommes ainsi en discussion avec trois pays pour une implantation industrielle. Parmi ces trois pays, il y a les Etats-Unis dont le marché 2011 devrait atteindre les 5 GW et celui de 2012 10 GW. Un devis est déjà en cours pour le montant du démontage de notre dernière ligne de fabrication de modules de 65 MW qu'on irait installer là-bas. Nous visons également de nouvelles implantations commerciales à l'étranger. Nous venons d'ouvrir une filiale au Bénin.

Une manipulation politique

PS : On vous sent exaspéré et particulièrement remonté vis-à-vis du gouvernement.

YM : On nous a trahis. Quand vous avez un président qui vous dit qu'il ne faut pas rater le virage du photovoltaïque, que vous investissez des millions d'euros et qu'à la fin on ne vous soutient plus, pire on vous traite de spéculateurs, c'est abject. J'ai quarante ans, j'ai eu plusieurs vies d'entrepreneurs, en cette année 2011, j'en serai à mon 1000ème emploi créés. Nous sommes en fait les victimes d'une manœuvre politique, au milieu d'une manipulation. Je suis certain que si les écologistes avaient voté à droite aux Européennes, nous n'en serions pas là. Le Grenelle n'a pas suffisamment apporté de voix écologistes. Depuis, il a été sacrifié.
PS : Irez-vous à la prochaine réunion du 17 janvier ?
YM : Pour l'heure, nous n'avons pris aucune décision.

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7 Commentaires

  1. Bonjour,
    En effet, c’est la situation décrite avec passion par un entrepreneur qui y a cru. Comme pour beaucoup d’entre nous, c’est la déception et la frustration…
    C’est antinomique de se plaindre de ne pas avoir d’industriels français et de couper de cette façon l’expansion du marché intérieur. Les Français fabriqueraient des panneaux pour les vendre aux chinois faute de débouchés internes…??? Quelle clairvoyance de la part de nos décideurs !
    Cdlt
    http://hncsolar.fr/

  2. Comme nous ne pouvons pas créer de nouveau sujet sur ce blog, permettez moi de vous communiquer les informations parues sur le blog d’Arnaud de Gossement. Je pense aussi qu’avant de débattre de l’épaisseur, ou de la couleur des modules on ferait bien d’avoir un débat de fond sur l’avenir de notre pays en ce qui concerne la production energétique, n’oublions pas que notre parc nucléaire est « vieux » plus de 30 ans pour de nombreux reacteurs. Pour la première fois depuis 2004 le 14 janvier 2011, nos 58 réacteurs ont marché à même temps, celà n’a pas duré plus de la semaine, un incident imprévu arrêtais l’une des centrales, et 2 autres réacteurs s’arrêtaient pour « revision ».
    je site Arnaud de Gossement:
    Quel droit des générations futures ? Entendons nous : chacun a le droit le plus entier de se former une opinion personnelle sur l’énergie. Encore faut-il que chacun puisse bénéficier d’une information complète sur chacune des sources d’énergie. Or, tel n’est pas le cas. Nous avons plutôt droit à un débat passionné, à coups de publicités, sur fond de mensonges et de secrets bien gardés.
    Il faut en sortir. Le débat sur l’énergie doit avoir lieu. Et n’oublions pas que si nos enfants ne veulent pas des éoliennes ou des panneaux solaires, ils pourront les retirer en trois jours. A l’inverse, nos déchets nucléaires, nous leur imposons pour toujours. Est ce juste ?
    ch. SAILLIARD, IECE import export.

  3. Mr Maus;
    Merci pour votre prise de position claire et réaliste; face à la désinformation ambiante il est utile d’appeler un chat un chat et vous l’avez fait. En tant que TPE notre voix n’a pas la portée de la votre, mais comme bien d’autres nous avons investi nos économies dans cette prometteuse voie du photovoltaïque, et malgré le décevant cafouillage actuel, gardons l’espoir que le gouvernement saura se ressaisir et penser un peu à l’intérêt de la France au délà de ses manoeuvres tactiques électorales, … Dans ce cas ils pourraient s’informer utilement en relisant la saga du projet Thémis.
    Cordialement, Solydair Energies

  4. Bonjour,
    Les contradictions se répètent et se multiplient :
    . comment développer la filiale française en procédant par appel d’offre pour les centrales au sol qui tire déjà les prix vers le bas et donc favorise l’achat des panneaux à l’étranger ainsi que l’utilisation de main d’œuvre étrangère …
    . 16 kW (puissance onduleurs ou panneaux ?) et pourquoi 16 et pas 36 ? pourquoi introduire une nouvelle limite ???
    . Intégration, à quand la liste des matériaux ? et si tout simplement nous utilisions le modèle allemand avec un tarif d’achat intégré ou pas !! Aujourd’hui nous avons des retours d’expériences plutôt mitigés sur les structures proposées sauf sur celle qui sont de vrai fausse intégrations …?
    . qui tire les ficelles pour effacer les 20000 emplois créés ???
    En période crise, je pensais que l’on devait rassurer les filiales qui tirent vers le haut, aujourd’hui on nous déracine …

  5. L’avenir du photovoltaïque français s’annonce plutôt sombre concernant les professionnels et les industriels. Seules les entreprises qui rachètent cette énergie devraient en tirer en profit.
    Il faut toucher le gouvernement là où le bas blesse. Le PV paye, je pense, la note de la vente à prix coutant d’electricité d’EDF à Poweo et consorts. Pour peser dans les discussions il vous faut parler sur l’emploi mais aussi demander en tant que producteur d’energie de pouvoir acheter le courrant d’edf à prix coutant. Et quand le gouvernement vous parle de panneaux chinois demandait lui si pour la prime à la casse on a remboursé seulement les acheteurs de voitures fabriquaient en France.
    Bon courrage

  6. Bonjour,
    A mon grand desepoir, je partage totalement l’analyse de M. Maus.
    Je travaille dans le secteur photovoltaïque,par conviction, depuis plusieurs années, dans une société allemande.J’aurai préfère une entreprise francaise, mais non liée au petrole, a l’uranium, ou a l ‘operateur historique. je possede aussi une petite installation PV depuis 2002.
    L’attitude de l’opérateur historique national a toujours été absolument odieuse a mon égard, utilisant n’importe quel pretexte pour retarder ne serait ce que le raccordement: Cela a pris plus de 3 ans!!
    Depuis, ces gens font preuve d’une belle créativité pour ne pas payer mes factures ( à 0.30 cts le kwh,car a l’époque la prime d’integration n’existait pas)
    Ne nous leurrons pas, nous sommes dans le pays le plus pronucléaire de la planète! Après une brève eclaircie, le nucléaire solaire se passant de béton et d’uranium va retourner dans le marais, et les diplodocus radioactifs vont proliferer jusqu’ au prochain flamanvilleobyl ??
    Solairement et amérement votre

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