Tous les samedis, sur France Info, François Gemenne, professeur à HEC, président du Conseil scientifique de la Fondation pour la nature et l'homme et membre du GIEC, décrypte les enjeux du climat.
Face à la colère persistante des agriculteurs, l'écologie est souvent pointée du doigt comme responsable de leurs difficultés. Pourtant, cette vision simpliste masque des enjeux bien plus profonds. Selon François Gemenne, il s'agit d'une tendance à faire de l'écologie un bouc émissaire, alors que le vrai problème réside dans la précarité du secteur agricole.
Le cœur du malaise agricole ? Des revenus trop bas, souvent inférieurs au SMIC, qui rendent la profession de moins en moins attractive. En cinquante ans, la France a perdu 75 % de ses exploitations. La solution apparaît évidente : mieux rémunérer les agriculteurs en rééquilibrant la chaîne de valeur et en particulier les marges des distributeurs. Mais dans un contexte d'inflation et de baisse du budget alimentaire des ménages, cette transition s'annonce complexe.
Une réponse concrète pourrait résider dans l’application des clauses de réciprocité aux accords commerciaux. Actuellement, des produits importés, fabriqués dans des conditions environnementales et sanitaires bien moins strictes qu'en Europe, inondent le marché à des prix cassés. Un exemple flagrant : l'accord de libre-échange avec le Mercosur, qui alimente une concurrence déloyale. Imposer aux importations les mêmes normes que celles appliquées aux producteurs européens serait une question de justice économique.
Loin d'être un frein, la transition écologique pourrait même devenir un levier de revenus pour les agriculteurs. Le stockage du carbone dans les sols via des pratiques agricoles adaptées permet une rémunération par crédits carbone. De même, l' agrivoltaïsme , qui combine cultures et production d'énergie solaire, offrirait une source de revenus supplémentaire.
Plutôt qu'une opposition stérile, l'avenir de l'agriculture pourrait reposer sur une alliance entre écologie et production, garantissant aux agriculteurs un avenir durable et économiquement viable.





