« La reconquête d’une filière passe aussi par le savoir-faire des industriels. En France et en Europe, nous disposons de suffisamment de grands groupes pour intégrer la technologie des panneaux » Otmane Hajji, président de GreenYellow
Il n’y a pas que le secteur de la santé où la crise sanitaire pose la question de la relocalisation de certaines activités. Dans le solaire, le focus est mis sur la production de panneaux, une industrie à part entière devenue la propriété de la Chine, puisque neuf des dix premiers fabricants mondiaux sont aujourd’hui chinois.
« Le virage s’est produit il y a près de vingt ans déjà : certes, la France a conservé quelques positions, mais marginales, expose Nicolas Wolff, vice-président et directeur général Europe de Boralex. Avant la crise, personne ne posait objectivement la question d’un rapatriement, tant le gain économique est établi. » Les panneaux fabriqués en Chine coûtent environ 15 à 20 % moins cher. Si on fait revenir cette industrie, il va donc falloir combler le différentiel, poursuit Nicolas Wolff pour lequel un fléchage à partir de la taxe carbone pourrait constituer une solution éventuelle.
La production de panneaux est plus carbonée en Chine qu’en Europe, rappelle Otmane Hajji, le président de GreenYellow, filiale énergie du groupe Casino. « Il s’agit là de la principale différence car ce n’est pas un domaine où il existe une barrière d’entrée technologique. » Dans ces conditions, une taxe carbone alourdie pour les équipements en provenance d’Asie pourrait constituer une solution pour réduire l’écart de compétitivité, les panneaux représentant 30 % de l’investissement final. « La reconquête d’une filière passe aussi par le savoir-faire des industriels. En France et en Europe, nous disposons de suffisamment de grands groupes, notamment dans l’électronique, pour intégrer la technologie des panneaux. » Mais Otmane Hajii souligne aussi que les fabricants voudront des garanties : par le passé, la délocalisation en Chine a « traumatisé » une série d’opérateurs.
Plan de relance vert
Voilà pourquoi les panneaux ne peuvent être fabriqués en Europe que si les pouvoirs publics décident d’un programme de construction de mégawatts solaires à grande échelle. « Tout est une question de volumes et d’autorisations des projets en cours et à venir, expose Nicolas Wolff. Le rôle et le soutien des pouvoirs publics sont donc primordiaux. » Devant cette nécessité de construction de nouveaux mégawatts solaires, le système d’autoconsommation revient sur le devant de la scène. Otmane Hajji rappelle qu’en équipant (d’ombrières solaires) les trois millions de places de parking de la grande distribution en France on pourrait implanter 7 gigawatts de solaire, soit l’équivalent de sept réacteurs nucléaires de moyenne puissance. « Les prêts massifs que s’apprête à consentir le gouvernement pourraient contribuer à favoriser un tel programme. Ces prêts pourraient être des prêts productifs, avec des garanties liées aux investissements. » À ses yeux, le plan de relance vert doit passer par un effort soutenu en faveur de l’autoconsommation, qui constitue un vrai levier de croissance pour les entreprises et les collectivités. ■
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