Le solaire réclame la levée des obstacles qui limitent son horizon

Le_Figaro_Eco_560Publié ce matin dans la section économie du quotidien « Le Figaro » l’article de Frédéric de Monicault (fdemonicault@lefigaro.fr) s’appuie sur les propositions d’Enerplan, le syndicat des professionnels de l’énergie solaire, au plan de relance qui est en cours de définition au sein du gouvernement.

« Les professionnels du secteur pointent la lenteur des procédures d’urbanisme et les lourdeurs administratives. »

Un plan de reprise pour le solaire en France. Le syndicat Enerplan, qui réunit l’ensemble de la profession, affiche ses objectifs et s’adresse aux pouvoirs publics. Sa stratégie est double : d’une part, repartir le plus vite possible après l’arrêt de la quasi-totalité des chantiers ; d’autre part, ancrer les conditions indispensables à une croissance pérenne. Enerplan dispose d’un socle : la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), la feuille de route de la politique énergétique sur la période 2018-2028, a été publiée à la mi-avril ; elle prévoit de porter le parc photovoltaïque français à 40 gigawatts (GW) environ. « En huit ans, nous allons faire quatre fois ce que nous avons fait en dix ans », commente Daniel Bour, le président d’Enerplan.

La France rejoindra ainsi le peloton de tête européen, aux côtés de l’Espagne et de l’Italie, mais encore loin de l’Allemagne qui compte déjà 50 GW installés. L’énergie solaire assurera 10 % de la demande française en électricité, contre 2 % aujourd’hui. « Ce cap ambitieux exige d’aller vite et d’être réactifs, poursuit Daniel Bour. Voilà pourquoi notre industrie a besoin d’un coup de fouet. » En clair, plusieurs blocages doivent être levés. Enerplan propose tout d’abord que tous les petits projets d’une puissance inférieure à un mégawatt (MW) ne soient plus soumis à un appel d’offres. Les toitures, les ombrières de parking et les petites centrales au sol de moins d’un hectare pourraient sortir de terre beaucoup plus rapidement : « Ces installations sont essentielles à l’essor d’une production d’énergie décentralisée, levier de la transition écologique. »

Chez Boralex – qui opère 978 mégawatts (MW) renouvelables dans l’Hexagone -, Nicolas Wolff, vice-président et directeur général Europe, rappelle qu’autour de 62 euros le mégawattheure (MWh), le solaire est devenu largement compétitif. Plus question de parler d’une filière ultra-subventionnée : la transition écologique est aussi un enjeu économique, avec le moyen de produire une électricité sans CO2 à bon marché.

Un autre obstacle à lever est la lenteur des procédures d’urbanisme : il faut quatre ans en moyenne entre les premières études d’impact et le démarrage d’un chantier, contre moins de deux ans en Allemagne. Les lourdeurs administratives pénalisent aussi les projets d’autoconsommation, relève Enerplan. En théorie, l’installation de panneaux solaires sur le résidentiel est séduisante : elle permet aux foyers d’économiser jusqu’à 40 % de leur facture d’électricité. Dans la pratique, les procédures s’enchaînent avant d’obtenir le droit de raccorder une telle installation au réseau électrique.

Urgence de la situation

Pour l’avenir, Enerplan propose que tous les nouveaux bâtiments construits en France soient « solarisables », c’est-à-dire conçus pour accueillir éventuellement des panneaux dans le futur, sans travaux supplémentaires. Cela implique, dès la construction, d’installer l’ensemble des gaines nécessaire au passage des câbles électriques, de dimensionner la charpente pour supporter la charge additionnelle et de prévoir les points d’accroche. Ces tâches, concrétisées en amont, n’entraîneront qu’un très léger surcoût alors qu’elles seraient beaucoup plus chères en cas de réalisation dans une deuxième phase, précise Enerplan. Parmi les autres mesures immédiates, le syndicat préconise aussi que pour les installations au sol sur des terrains dégradés, occupant des surfaces de moins d’un hectare, les mairies puissent directement leur accorder les autorisations d’urbanisme. Ce qui allégerait considérablement les procédures administratives. « Ces nombreux petits terrains, plus ou moins abandonnés, retrouveraient une nouvelle vocation en participant à la transition énergétique. »

Cette question des terrains est au cœur du développement du solaire. Pour respecter la trajectoire de 3 à 4 GW supplémentaires installés chaque année, les développeurs doivent pouvoir trouver de l’espace. « Or 50 % des communes en France ne disposent pas d’un plan local d’urbanisme (PLU) qui leur permette d’accueillir des projets, explique Daniel Bour. Pour le moment, seules les zones dégradées peuvent être équipées si la commune n’a pas de PLU. » Dans son plan, Enerplan rappelle que l’agrivoltaïsme doit être développé et permettre aux agriculteurs d’avoir un complément de revenu tout en maintenant la vocation agricole des terrains.

Et encore, même pour les friches industrielles ou les espaces aquatiques artificiels, les procédures peuvent durer longtemps, relève Nicolas Wolff. Ce dernier se montre d’autant plus préoccupé qu’avec la crise sanitaire, le secteur n’atteindra pas les objectifs de croissance fixés pour 2020. Les mesures réclamées par la filière pourraient redonner assez vite un peu d’oxygène mais encore faut-il que les pouvoirs publics, qui semblent conscients de l’urgence de la situation, adoptent les dispositifs juridiques requis. ■

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Téléchargement Enerplan-Une relance au service du Climat VF mai 2020

Note suivante : Relocaliser la production de panneaux ne semble plus impossible

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