Martin Kenney: « La vraie révolution technologique est énergétique, le solaire au cœur du nouvel âge industriel »

Alors que l’intelligence artificielle concentre toutes les attentions, la véritable révolution technologique pourrait bien se jouer ailleurs. Dans un article publié le 10 août par Le Grand Continent, l’économiste Martin Kenney défend une thèse forte : le prochain grand « paradigme techno-économique » pourrait être fondé non sur l’IA, mais sur ce qu’il appelle la « triade des technologies propres » — solaire photovoltaïque, batteries et véhicules électriques. Un ensemble de technologies dont la baisse continue des coûts pourrait profondément transformer le système énergétique mondial et accélérer le remplacement des combustibles fossiles.

La révolution technologique contemporaine ne se joue pas seulement dans les centres de données, les algorithmes ou les semi-conducteurs. Elle repose également sur une infrastructure beaucoup plus fondamentale : la capacité à produire une électricité abondante, compétitive et décarbonée. C’est sous cet angle que la réflexion publiée par Le Grand Continent mérite d’être lue par les acteurs de l’énergie.

Car l’accélération technologique elle-même entraîne une augmentation des besoins électriques. Intelligence artificielle, centres de données, électrification de l’industrie, mobilité électrique ou pompes à chaleur convergent vers le même constat : l’électricité prend une place croissante dans l’économie.

Solaire, éolien et batteries changent d’échelle

Dans cette transformation, les énergies renouvelables présentent une caractéristique décisive : elles peuvent être déployées rapidement et de manière largement distribuée. Le photovoltaïque en constitue sans doute l’illustration la plus spectaculaire. La baisse des coûts, l’industrialisation massive des équipements et les progrès des technologies de cellules ont transformé en quelques années le solaire en une industrie énergétique mondiale.

La rupture ne tient d’ailleurs plus uniquement au coût du kilowattheure produit. Elle concerne l’ensemble du système électrique. Le développement des batteries, de l’électronique de puissance, des réseaux intelligents et du pilotage de la consommation permet progressivement d’intégrer des volumes croissants de production variable.

L’enjeu devient donc moins de considérer séparément panneaux photovoltaïques, éoliennes ou batteries que de comprendre le nouveau système énergétique qu’ils constituent ensemble.

Cette évolution est également géopolitique. La Chine a construit une avance industrielle considérable dans le photovoltaïque, les batteries et une grande partie des technologies nécessaires à l’électrification. La compétition technologique mondiale ne porte donc plus seulement sur la maîtrise des logiciels ou des puces électroniques : elle concerne désormais les moyens physiques permettant de produire, stocker et utiliser l’électricité.

L’énergie redevient une politique industrielle

C’est probablement l’un des enseignements les plus importants de cette nouvelle révolution technologique. Pendant plusieurs décennies, l’énergie a principalement été envisagée sous l’angle de la sécurité d’approvisionnement et du coût. Elle redevient aujourd’hui un élément central de la politique industrielle.

Produire beaucoup d’électricité décarbonée à un prix compétitif devient un avantage pour accueillir des usines, électrifier des procédés industriels ou développer des centres de données. À l’inverse, disposer des technologies numériques les plus avancées sans capacité énergétique suffisante peut rapidement devenir une faiblesse.

La France dispose à cet égard d’un atout avec son système électrique largement décarboné. Mais cet avantage devra être renforcé par de nouvelles capacités de production. Le développement des renouvelables répond précisément à cette contrainte de temps : contrairement aux grandes infrastructures dont la construction nécessite une décennie ou davantage, des capacités photovoltaïques et éoliennes peuvent être mises en service beaucoup plus rapidement.

La PPE3 prévoit ainsi de porter le parc photovoltaïque français à 48 GW en 2030, puis entre 55 et 80 GW en 2035, contre près de 30 GW fin 2025.

Une révolution qui est aussi celle du réseau

Reste une condition essentielle : produire davantage ne suffira pas. Il faudra simultanément transformer le réseau électrique, développer les interconnexions, le stockage et surtout les flexibilités permettant d’adapter davantage la consommation aux périodes d’abondance électrique.

C’est peut-être là que se situe la véritable rupture. Le photovoltaïque n’est plus seulement une technologie permettant de produire de l’électricité sans combustible. Associé aux batteries, au numérique et au pilotage des usages, il participe à l’émergence d’un système électrique beaucoup plus décentralisé et interactif.

À l’heure où l’intelligence artificielle concentre l’attention, l’analyse proposée par Le Grand Continent rappelle ainsi une évidence parfois oubliée : aucune révolution numérique ne peut durablement se développer sans une révolution énergétique capable de l’alimenter. Et, dans cette révolution-là, les énergies renouvelables occupent désormais une place centrale.

Lire « La vraie révolution technologique » dans Le Grand Continent

Sur le même sujet

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisement -spot_img
- Advertisement -spot_img

Derniers articles

- Advertisement -spot_img