Et si la France rendait l’électricité gratuite lorsque le solaire produit trop ?

L’Australie expérimente depuis 2026 une idée simple : proposer des heures d’électricité gratuite en milieu de journée afin de déplacer la consommation vers les périodes où la production photovoltaïque est abondante. Une approche qui pourrait inspirer la France, où les épisodes de prix négatifs ont conduit en 2025 à renoncer à 1,6 TWh de production solaire. Plutôt que de perdre cette énergie, ne serait-il pas préférable d’en faire profiter les consommateurs ?

Lorsque le soleil produit beaucoup mais que la demande électrique reste faible, les prix de gros peuvent tomber à zéro, voire devenir négatifs. Dans ces situations, le système électrique incite certains producteurs à réduire ou arrêter leur production.

L’Australie a choisi d’agir également sur l’autre côté de l’équation : la consommation. Avec son dispositif Solar Sharer Offer, certains consommateurs disposant d’un compteur communicant peuvent bénéficier chaque jour d’une plage de plusieurs heures d’électricité gratuite en milieu de journée.

L’idée consiste à encourager les ménages à faire fonctionner lave-linge, lave-vaisselle, ballon d’eau chaude ou climatisation, mais surtout à recharger véhicules électriques et batteries domestiques lorsque la production solaire est particulièrement abondante.

En France, 1,6 TWh de solaire non produit en 2025

L’expérience australienne prend un relief particulier à la lumière de la situation française.

Selon RTE, chiffre repris par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), les épisodes de prix négatifs ont conduit en 2025 à renoncer à 1,6 TWh de production solaire. Cela représente environ 20 % du productible total des centrales photovoltaïques bénéficiant du complément de rémunération.

Le phénomène est loin d’être marginal. La France a comptabilisé 513 heures de prix négatifs en 2025, contre 352 en 2024. La CRE relève que ces épisodes se concentrent très largement pendant les heures de forte production photovoltaïque, notamment entre 11 heures et 17 heures.

Pour les installations bénéficiant d’un complément de rémunération, les producteurs sont précisément incités à arrêter leur centrale lorsque les prix deviennent négatifs. Pour certaines installations sous obligation d’achat, les acheteurs obligés peuvent également demander une modulation à la baisse : le dispositif concerne notamment les centrales photovoltaïques de plus de 12 MWc.

Plutôt que couper la production, stimuler la consommation

D’un point de vue physique, cette électricité n’est pas réellement « produite puis jetée » : elle n’est tout simplement pas produite, puisque les installations sont écrêtées. Mais le résultat économique et énergétique est le même : une capacité photovoltaïque disponible pourrait produire et ne le fait pas faute de débouché au bon moment.

Ces 1,6 TWh donnent la mesure de l’enjeu. Ils correspondent à une quantité d’électricité qui aurait pu alimenter de nouveaux usages si ceux-ci avaient été suffisamment flexibles.

C’est précisément là que le modèle australien devient intéressant. Au lieu de considérer les périodes de surproduction uniquement comme un problème à résoudre par l’arrêt des centrales, il consiste à envoyer un signal très fort aux consommateurs : « l’électricité est abondante maintenant, consommez-la maintenant ».

Des « heures solaires » gratuites en France ?

Une adaptation française pourrait prendre la forme de deux ou trois heures d’électricité gratuite ou à prix symbolique lors des périodes de forte production renouvelable.

Grâce au compteur Linky, il est techniquement possible de distinguer très finement les plages de consommation. Les fournisseurs pourraient donc proposer des offres associant des « heures solaires » à prix nul ou très bas à une tarification normale, voire légèrement supérieure, sur le reste de la journée.

La mesure serait particulièrement intéressante pour les consommations déplaçables : recharge des voitures électriques, batteries domestiques, chauffe-eau, pompes à chaleur, climatisation, électroménager ou certains procédés industriels.

Avec un véhicule électrique, une batterie domestique et un chauffe-eau pilotables, un foyer peut facilement déplacer plusieurs dizaines de kilowattheures vers le milieu de journée.

513 heures négatives… mais aussi des heures très chères

Cette logique de déplacement de la consommation est d’autant plus pertinente que le système électrique français connaît simultanément des périodes d’excédent et des périodes de tension.

Dans son rapport du 9 septembre 2026 consacré à l’économie du système électrique, la CRE rappelle qu’en 2025 la France a connu 513 heures de prix négatifs, mais également 1 807 heures pendant lesquelles le prix spot dépassait 100 €/MWh.

L’enjeu n’est donc plus seulement de produire davantage d’électricité décarbonée, mais de rapprocher le moment où elle est produite du moment où elle est consommée.

Le stockage apporte évidemment une partie de la réponse. Mais déplacer directement la consommation peut être plus simple et moins coûteux puisqu’il permet d’utiliser immédiatement l’électricité disponible.

Un nouvel avantage concret du photovoltaïque pour les consommateurs

Une telle tarification aurait enfin un intérêt politique et social : rendre beaucoup plus tangible pour les ménages le bénéfice du développement photovoltaïque.

Aujourd’hui, une période de forte production solaire peut se traduire par des prix de gros négatifs et par l’arrêt de centrales, sans que le consommateur final en perçoive nécessairement l’avantage sur sa facture.

Des « heures solaires gratuites » inverseraient cette perception : plus le solaire produit, plus certains usages électriques deviendraient avantageux pour le consommateur.

Les 1,6 TWh de production solaire auxquels la France a renoncé en 2025 illustrent les limites du système actuel. Le stockage doit évidemment progresser, tout comme les réseaux et le pilotage des installations. Mais avant de décider de ne pas produire une électricité solaire disponible, il paraît légitime de se demander s’il ne serait pas plus efficace d’inciter les Français à la consommer.

L’expérience australienne pose ainsi une question très concrète à la France : à l’heure où l’électricité solaire devient parfois surabondante, pourquoi rémunérer son effacement plutôt que faire bénéficier les consommateurs de cette abondance ?

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1 COMMENTAIRE

  1. Vous oubliez que c’est réservé à certains états et certains consommateurs mais qu’en contrepartie les opérateurs ont augmente de 70 à 100% les frais fixes d’abonnement de TOUS les utilisateurs.

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