La CRE estime que le parc renouvelable français peut encore croître de 50 %

Pour la CRE, les renouvelables restent une bonne affaire pour les consommateurs : solaire et éolien font baisser les prix de gros davantage qu’ils ne coûtent en soutien public. Le régulateur estime que le parc peut encore croître fortement, mais prévient que cette évolution fragilise le modèle économique d’EDF et devra s’accompagner d’une accélération de l’électrification et des flexibilités.

La CRE a voulu « démêler le vrai du faux » sur l’économie du système électrique français. Son rapport analyse à la fois les coûts complets de production et de réseau, les mécanismes de financement, les échanges européens et l’impact du développement passé et futur des énergies renouvelables.

En 2025, le coût complet du système électrique hexagonal s’est élevé à 55,9 milliards d’euros, dont 40 milliards pour la production et 15,9 milliards pour les réseaux de transport et de distribution. La CRE souligne également que la capacité de production potentielle dépasse 160 GW, alors que la puissance disponible lors des pointes se situe autour de 90 GW.

Les renouvelables ont fait baisser les prix de gros d’environ 20 €/MWh

C’est l’un des enseignements majeurs du rapport. Selon les simulations de la CRE, le développement du parc renouvelable entre 2020 et 2025 a permis de réduire les prix de marché d’environ 20 €/MWh par rapport à une situation où le parc serait resté à son niveau de 2020.

Cette baisse bénéficie directement aux consommateurs, mais elle réduit parallèlement les revenus des producteurs non soutenus et accroît les besoins de soutien public aux installations renouvelables.

La CRE estime néanmoins que l’augmentation des coûts complets du système liée à ce développement est restée limitée, de l’ordre de 5 %, notamment en raison de la hausse des coûts des EnR et des besoins supplémentaires sur les réseaux. Au total, les gains apportés aux consommateurs par la baisse des prix de marché restent, selon le régulateur, supérieurs à ces surcoûts.

Une « valeur assurantielle » en période de crise

Le rapport met également en évidence un autre avantage des renouvelables : leur capacité à amortir les crises énergétiques.

Selon les scénarios étudiés, le parc renouvelable actuel permettrait, en cas de crise, de réduire les prix de marché de 7 à 40 €/MWh, selon la nature du choc considéré. Dans une situation combinant hausse brutale du prix du gaz et faible disponibilité du parc nucléaire, comme en 2022, le dimensionnement actuel du parc électrique devient même économiquement favorable du point de vue des coûts nets du système.

La CRE invite ainsi à ne pas considérer uniquement le coût immédiat des renouvelables, mais également leur « valeur assurantielle » pour le consommateur et le système électrique.

Le développement des EnR reste pertinent à court terme

Autre conclusion particulièrement importante pour la filière : la poursuite du développement des renouvelables reste économiquement pertinente à court terme, y compris en l’absence d’une reprise immédiate de la consommation électrique.

Les simulations réalisées par la CRE montrent que l’ajout de nouvelles capacités, même au-delà des projets actuellement en file d’attente, continue de faire suffisamment baisser les prix de marché pour que le gain pour les consommateurs demeure supérieur au coût supplémentaire du soutien public.

Cette conclusion tranche avec l’idée selon laquelle la France disposerait déjà de trop de capacités renouvelables et devrait suspendre leur développement dans l’attente d’une hausse de la demande.

Attention toutefois à une croissance sans débouchés

La CRE introduit néanmoins une limite importante à plus long terme. Si la consommation électrique restait durablement stagnante, continuer à développer massivement les renouvelables augmenterait progressivement les coûts du système, les besoins d’équilibrage et les transferts financiers entre acteurs.

Le régulateur estime ainsi qu’une augmentation du parc renouvelable de plus de 50 % par rapport à la puissance installée fin 2025, dans un contexte de consommation durablement stable, ne serait probablement plus soutenable.

Le sujet n’est donc pas, pour la CRE, de ralentir immédiatement les renouvelables, mais de faire évoluer parallèlement les usages de l’électricité.

Électrification et flexibilités deviennent indispensables

Pour continuer à bénéficier d’une électricité abondante et compétitive, la CRE identifie deux leviers prioritaires.

Le premier consiste à électrifier davantage les usages : mobilité électrique, pompes à chaleur, procédés industriels ou encore nouveaux usages numériques doivent permettre d’absorber une production électrique qui trouve parfois difficilement preneur.

Le second repose sur le développement massif des flexibilités : stockage par batteries, pilotage de la consommation, effacement et adaptation des usages aux périodes de forte production renouvelable.

Cette nécessité apparaît déjà dans les données de marché. En 2025, la France a enregistré 513 heures de prix négatifs, contre seulement 179 heures par an en moyenne entre 2010 et 2020. Dans le même temps, 1 807 heures ont connu des prix spot supérieurs à 100 €/MWh, illustrant le besoin croissant de mieux synchroniser production et consommation.

Au-delà du débat récurrent sur le coût des renouvelables, le rapport de la CRE apporte ainsi une conclusion plus nuancée : solaire et éolien continuent aujourd’hui d’apporter un bénéfice économique net aux consommateurs, mais leur développement devra désormais aller de pair avec l’électrification des usages, le stockage et une gestion beaucoup plus flexible du système électrique.

Consulter le rapport

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