Sur BFM TV, les renouvelables au cœur d’un débat de fond sur l’avenir énergétique français

Lors d’une émission spéciale « Alerte Climat » diffusée mercredi soir sur BFM TV et animée par Maxime Switek, un débat nourri a opposé plusieurs responsables politiques sur la place respective du nucléaire et des énergies renouvelables dans le futur mix électrique français. Malgré des divergences marquées, un point de convergence est apparu : la France devra disposer de beaucoup plus d’électricité dans les années à venir. La discussion a aussi fait émerger une idée particulièrement intéressante pour le solaire : faire profiter les consommateurs des périodes d’abondance électrique, jusqu’à proposer des heures d’électricité gratuite.

Autour de la table figuraient Aurore Lalucq, coprésidente de Place Publique, Ian Brossat, sénateur communiste de Paris, Agnès Pannier-Runacher, ancienne ministre de la Transition écologique, et François-Xavier Bellamy, vice-président des Républicains. Le débat a été nourri par les interventions de plusieurs spécialistes, dont François Pitrel, Antoine Poincaré et François Gemenne.

Dès l’ouverture de la séquence consacrée aux renouvelables, Aurore Lalucq a défendu une accélération très nette de l’électrification de l’économie. Selon elle, celle-ci est à la fois un enjeu de pouvoir d’achat, d’emploi et de protection de l’industrie. Elle estime donc nécessaire de développer simultanément nucléaire, solaire, éolien offshore et, probablement, éolien terrestre.

Ian Brossat a lui aussi refusé d’opposer nucléaire et renouvelables. Pour le sénateur communiste, viser la neutralité carbone tout en rejetant l’une ou l’autre de ces sources d’énergie serait incohérent. Il a défendu un mix associant nucléaire, éolien, solaire et hydraulique afin de réduire la dépendance aux énergies fossiles.

François-Xavier Bellamy conteste la nécessité d’ajouter autant d’éolien

François-Xavier Bellamy a, au contraire, défendu une position beaucoup plus critique à l’égard de l’éolien. Il estime que la France bénéficie déjà d’un parc nucléaire lui assurant une électricité largement décarbonée et exportatrice, et que l’ajout d’importantes capacités intermittentes oblige à moduler davantage la production nucléaire. Selon lui, le développement de l’éolien ne constitue donc pas la priorité immédiate du système électrique français.

Cet argument a été contesté pendant le débat au regard de l’évolution attendue de la consommation électrique. François Pitrel a rappelé que les besoins d’électricité devraient augmenter fortement d’ici à 2050, alors que les premiers nouveaux réacteurs nucléaires ne devraient pas produire avant la fin des années 2030. Il a également évoqué la montée en puissance des data centers et de l’intelligence artificielle, qui ajouteront de nouvelles consommations importantes.

La question devient alors celle du calendrier : comment répondre rapidement à une hausse de la demande si l’on ne développe ni éolien ni photovoltaïque dans l’intervalle ?

« On n’a pas le luxe d’opposer renouvelables et nucléaire »

Agnès Pannier-Runacher a défendu une approche complémentaire des différentes technologies. Elle a notamment insisté sur le développement rapide du stockage par batteries, qui permet de mieux gérer l’intermittence des productions solaire et éolienne.

Elle a également rappelé que les renouvelables avaient joué un rôle utile lors de la crise énergétique de 2022, quand une partie du parc nucléaire était indisponible, mais aussi pendant les épisodes de forte chaleur, lorsque le photovoltaïque fournit précisément de l’électricité au moment où les besoins de climatisation augmentent.

Son message peut se résumer ainsi : face à l’électrification des usages, à l’industrie et aux nouvelles consommations numériques, la France aura besoin à la fois du nucléaire et des renouvelables.

Le solaire et l’idée d’une électricité gratuite en milieu de journée

C’est toutefois sur le photovoltaïque que la discussion a pris une tournure particulièrement intéressante.

À la fin du débat, Antoine Poincaré a évoqué l’exemple australien, où l’abondance de production photovoltaïque conduit désormais à proposer à certains consommateurs trois heures d’électricité gratuite par jour. Il a interrogé Agnès Pannier-Runacher sur la possibilité d’imaginer un dispositif comparable en France.

La réponse de l’ancienne ministre mérite attention : elle a indiqué travailler sur ce type de mécanisme et évoqué l’existence d’un fournisseur français réfléchissant déjà à une offre de cette nature.

Le principe est simple : lorsque l’électricité est extrêmement abondante à certaines heures, son prix peut devenir très faible. En incitant les consommateurs à déplacer leur consommation vers ces périodes, un fournisseur peut aller jusqu’à proposer une électricité gratuite à certains moments, tout en rééquilibrant son économie sur d’autres plages horaires.

Transformer la surproduction solaire en pouvoir d’achat

Cette idée rejoint directement une problématique désormais bien connue du photovoltaïque français : les périodes de forte production solaire conduisent de plus en plus souvent à des prix de marché nuls ou négatifs, avec pour conséquence l’écrêtement de certaines centrales.

Agnès Pannier-Runacher a d’ailleurs défendu l’idée que l’« abondance électrique » pouvait devenir un instrument de maîtrise des prix pour les consommateurs.

Pour la filière solaire, le changement de perspective est majeur. Le débat ne porte plus seulement sur la quantité de photovoltaïque à installer mais sur la capacité du système électrique à valoriser les kilowattheures au moment où ils sont disponibles.

Un débat moins binaire qu’il n’y paraît

Malgré les affrontements politiques parfois vifs, cette séquence de BFM Business aura eu le mérite de faire apparaître une question de fond : la France doit-elle choisir entre nucléaire et renouvelables, ou organiser leur complémentarité dans un système électrique appelé à croître fortement ?

Aurore Lalucq, Ian Brossat et Agnès Pannier-Runacher ont clairement défendu la seconde option. François-Xavier Bellamy a, lui, plaidé pour une priorité beaucoup plus forte au nucléaire et contesté l’intérêt économique et technique de certaines nouvelles capacités éoliennes.

Mais la discussion sur les heures d’électricité gratuite montre peut-être où se situe désormais une partie du débat énergétique : non plus seulement dans la production, mais dans l’adaptation des usages à une électricité renouvelable qui, à certaines heures, peut devenir surabondante.

Pour le photovoltaïque, la question pourrait alors se formuler simplement : plutôt que d’arrêter les centrales lorsque le soleil produit trop, pourquoi ne pas faire bénéficier directement les consommateurs de cette abondance ?

Pour visionner la totalité du débat…

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