Article publié dans « La Semaine du Roussillon » par son rédacteur en chef, Antoine Gasquez, à la suite d’un entretien avec André Joffre président du pôle de compétitivité DERBI sur les énergies renouvelables.
« Le jour d'après, cela a commencé avant la crise. La présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, a présenté le "Green Deal" en fin d'année dernière. La Commission européenne propose d'investir dans le climat, 100 milliards d'euros par an pendant 10 ans. Certains pensent qu'il faudra dépenser plus (Cent milliards, c'est l'enveloppe que la Commission européenne a réussi à négocier avec les Pays de l'Est de l’Europe). Cette enveloppe s'est décidée rapidement. À partir de là, la Commission européenne développe un projet de directive qui doit être mis en œuvre dans les 18 mois, avant juillet 2021. Cela sera financé par le budget de la Commission à hauteur de 40 milliards et pour les 60 milliards restants par une taxe carbone sur les produits importés en Europe. Il n'y aura aucun impact économique global, car la taxe sera totalement réinvestie dans des projets de transition énergétiques. Cela aura pour conséquence de faciliter le développement de l'industrie européenne.
L'environnement et la lutte contre le réchauffement climatique vont être le sujet essentiel des années à venir. Je pense que les 100 milliards vont devenir 200 à 300 milliards. Ce n'est pas une simple hypothèse, c’est l’ordre de grandeur de l’investissement nécessaire pour atteindre l’objectif d’une Europe neutre en carbone dans 30 ans.
La crise du Coronavirus, va être un catalyseur de la transition écologique. Comme après chaque crise majeure, les tendances déjà perceptibles vont s’accélérer. La réindustrialisation de l’Europe sera au programme. Cela se fera pour partie par l’implantation sur nos territoires d’industriels asiatiques. Les capitaines d’industrie chinois seront encouragés pour créer ici des unités de production. On peut, par exemple, créer une Gigafactory de modules photovoltaïques en Occitanie.
L'exemple se déroule en ce moment outre-Rhin, BMW qui ne maîtrise pas la technologie des batteries pour ses voitures électriques, s’est approchée du groupe chinois CATL, leader mondial des batteries pour lui acheter sa technologie. Finalement BMW est entré de façon très minoritaire au capital de CATL, qui en échange construit une usine à proximité des usines BMW en Allemagne. Ce processus risque de se reproduire dans le domaine du photovoltaïque.
« Il ne faut pas louper le coche »
Il ne faut pas louper le coche, c'est dans les moments de rupture que les choses se font. Il va y avoir une accélération. Je suis très positif par rapport à ce qui peut se passer. Les jours d'après, il y aura des opportunités. Les entreprises qui produisent des kilowattheures d'électricité solaire seront moins affectés par les effets de crise.
Le cadre juridique évolue également, Il y a une directive européenne, transcrite en droit français, qui autorise les "communautés d'énergie renouvelable", ce qui permet, comme on le fait à Perpignan sur les sites Tecnosud-Agrosud, de produire de l'électricité solaire et de la consommer sur une zone de 2 km de diamètre. On va pouvoir déployer ce type de configuration dans toutes les zones d'activités. Il va y avoir un développement massif du solaire. En même temps, l’utilisation des voitures électriques va connaitre une forte progression. Or, qu'est-ce qu'une voiture électrique ? C'est essentiellement une batterie sur des roues. La plupart du temps les voitures ne roulent pas. Leurs batteries, très puissantes, sont donc disponibles. On peut donc les brancher sur le réseau pour utiliser cette capacité de stockage. Ce système est déjà déployé aux Pays-Bas et participe à la flexibilité du réseau.
Le prix des installations va continuer à baisser. Cette diminution devrait être de 25 % dans les cinq ans, et de 50 % dans les dix ans avec la même technologie d'aujourd'hui. Les innovations incessantes dans le secteur du photovoltaïque peuvent encore accélérer le phénomène. Cela va rendre le solaire de plus en plus compétitif par rapport à l’électricité fournie par le réseau. Un grand chercheur français qui a été de toutes les aventures industrielles solaires aux Etats-Unis et en Chine, déclarait, il y a peu, qu’il « suffirait » d’installer 100 fois plus de solaire que le parc actuel pour satisfaire tous les besoins énergétiques de la planète (y compris le chauffage des bâtiments et le transport). Avec un marché qui double tous les trois ans, nous pouvons atteindre cet objectif d’une autonomie solaire dans une génération. »
Pendant la période de confinement, il est possible de consulter gratuitement le journal sur le site de « La Semaine du Roussillon »





