BFM Business : Transition énergétique, quels besoins financiers ?

Nathalie CroiséL’émission « Business Durable », présenté par Nathalie Croisé, sur BFM Business le 15 mars dernier était consacrée au financement de la transition énergétique.

Les différents outils pour financer la transition énergétique ont été analysés par Patricia Laurent, directrice de la rédaction de Green Univers, Edouard Delmon, directeur des Affaires générales du Groupe BPCE, Stéphane Pasquier, directeur général de Natixis Energéco, Pascal Marchetti, directeur général de la Banque Populaire des Alpes, et Yann Person, fondateur d'Energie Perspective.

Première partie

Deuxième partie

Troisième partie (non disponible)

Quatrième partie

Cinquième partie

Voici des extraits du texte des interventions des différents participants

Invités : Edouard DELMON, directeur affaires générales du groupe BPCE, Stéphane Pasquier, directeur général de NATIXIS ENERGECO, Pascal MARCHETTI, directeur général de la Banque Populaire des Alpes, Yann PERSON, fondateur d'ENERGIE PERSPECTIVE

Nathalie CROISE : Bonjour à toutes et à tous. « Business durable » ou comment les entreprises font évoluer leurs stratégies face au changement. Mieux préserver les ressources et se développer autrement : une émission spéciale cette semaine consacrée au financement de la transition énergétique. Vous le savez, le projet de loi sera débattu en deuxième lecture à l’Assemblée nationale. Quels moyens, quels objectifs ? En quoi sommes-nous en train d’innover en matière de financement ? Autant de questions auxquelles nous allons répondre durant une heure. Alors quand on parle de transition énergétique, on met en avant évidemment toujours des chiffres, quelques chiffres. La CDC estime déjà la facture annuelle à 22 milliards d’euros ; elle parle de 9 milliards d’euros investis dans les énergies renouvelables. Selon les études, il faudrait – la fourchette est large – entre dix et trente milliards d’euros supplémentaires par an pour financer cette fameuse transition énergétique. En ce qui concerne la loi, le projet de loi sera finalement débattu  en deuxième lecture à l’Assemblée, on va y revenir dans un instant. Mais là, on va parler spécifiquement durant une heure du financement de cette transition énergétique. On va voir du côté des banques, une en particulier, le groupe BPCE, avec notamment comme invité Edouard DELMON. Bonjour. Vous êtes directeur des Affaires générales du groupe BPCE, donc deuxième groupe bancaire en France quand même, 20% du financement de l’économie française et un fort investissement notamment dans les énergies renouvelables et c’est le cas avec une de vos entités, NATIXIS ENERGECO et Stéphane PASQUIER, bonjour. Vous êtes donc directeur général de NATIXIS ENERGECO. D’après ce qu’il y a marqué sur le site, c’est plus de 250 contrats gérés ; ça a dû augmenter depuis parce que si je vois bien les chiffres, on est en 2012…

Stéphane PASQUIER : On est 317 aujourd’hui…

Nathalie CROISE : 317, alors il va falloir réactualiser ce site pour avoir toujours plus d’informations sur ce que vous faites. Alors vraiment des investissements diversifiés, beaucoup d’éolien mais aussi du solaire, de la biomasse, de l’hydraulique, on va parler de ce que vous faites aussi concrètement. Et c’est important aussi de parler en dimension de territoires, avec Pascal MARCHETTI, bonjour. Vous êtes directeur général de la BANQUE POPULAIRE DES ALPES, très engagée dans ce financement et dans ce qui se passe en particulier dans la région et ça aussi, vous allez nous en parler parce que dans ce projet de loi, on parle beaucoup de cette dimension de territoire ; mais il n’y a pas seulement une banque, on a aussi des jeunes acteurs qui se positionnent notamment sur ces enjeux, on va parler avec vous de rénovation énergétique. Yann PERSON, bonjour ; vous êtes le fondateur d’ENERGIE PERSPECTIVE qui est un bureau d’études spécialisé en économie d’énergie en énergies renouvelables, là, vous vous adressez aux particuliers et vous avez mis en place aussi un outil pour les aider et pour les accompagner dans ces travaux de rénovation. Et puis aussi pour nous éclairer pendant toute cette heure de débat, à mes côtés, Patricia LAURENT, bonjour Patricia, directrice de la rédaction de « Green Univers ». (…)

Nathalie CROISE : Edouard DELMON, quel regard vous portez sur le sujet. C’est vrai qu’on a eu quand même un élan, il y a eu cette conférence environnementale en 2013, on s’est dit « ça y est, on y va, on va avoir une loi en 2014, peut-être début 2015 », là on voit quand même que ça prend du temps. Il y a une réalité et vous, vous la sentez puisque le groupe BPCE est très investi et il y a un besoin en énergies renouvelables en particulier dans notre pays.

Edouard DELMON : Oui, il y a un besoin en énergies renouvelables, il y a un besoin en rénovation des bâtiments. Paradoxalement, les grands sujets sont assez consensuels. Alors c’est vrai que les sénateurs, les députés ne se sont pas mis d’accord notamment sur les niveaux, sur les délais mais sur les grands principes, il y a une unanimité politique, c'est-à-dire que  nous sommes dans une période où il faut faire quelque chose pour notre environnement, il faut faire quelque chose pour notre économie et donc augmenter les énergies renouvelables, baisser les émissions de gaz à effet de serre. Aujourd’hui, je pense qu’il n’y a plus grand monde qui remet en cause ce principe-là et puis il y a un plus grand nombre qui dit que derrière il  y a un vrai potentiel de business, je pense qu’aujourd’hui tout le monde est d’accord.

Nathalie CROISE : Alors business justement avec vous, Stéphane PASQUIER, directeur général de NATIXIS ENERGECO. Vous me disiez : 317 contrats ont été signés dans beaucoup d’univers, donc ça veut dire que contrairement à l’idée générale, parce que des fois, on dit que ce n’est pas évident, les énergies renouvelables en France…. Il y a des projets quand même ! Heureusement d’ailleurs !

Stéphane PASQUIER : Il y a des projets, nous les finançons, c’est une activité que l’on fait depuis une quinzaine d’années à partir d’un véhicule juridique qui s’appelle une SOFERGIE et c’est vrai qu’aujourd’hui, on a financé en France plus de 2,3 gigawatts de puissance installée, ce qui est assez significatif.

Nathalie CROISE : Il faut peut-être expliquer ce que c’est qu’une SOFERGIE pour ceux qui ne connaîtraient pas.

Stéphane PASQUIER : Une SOFERGIE, c’est une création législative, et d’ailleurs lors de la conférence bancaire dont on parlait à l’instant, on a juste signalé qu’on avait déjà créé au début des années 80 un véhicule juridique qui est une société de crédit-bail et si vous vous rappelez à l’époque, c’était « on n’a pas de pétrole mais on a des idées ». Eh bien les idées, ça a été déjà de créer ce véhicule juridique et aujourd’hui à la base du financement en France des énergies renouvelables, on va retrouver quelques SOFERGIE que l’on va compter sur les doigts d’une main et qui sont réunies dans l’association des sociétés financières.

Nathalie CROISE : Alors ces projets sur lesquels vous investissez, c’est sur toute la France, évidemment en fonction chaque fois des énergies puisque vous êtes assez diversifiés en termes d’énergies renouvelables…

Stéphane PASQUIER : Tout à fait, donc métropole et DOM-TOM bien entendu, on finance là où il y a du vent, du soleil, de l’eau, du bois, donc on fait quand même un métier merveilleux, d’autant plus qu’il est sur un secteur en croissance. C’est vrai que la part majoritaire de nos financements est consacrée au secteur éolien qui a le plus de chemin encore à faire par rapport aux objectifs qui lui ont été fixés, d’ici 2020. On voit que le secteur photovoltaïque est en train de ralentir puisqu’on arrive à l’objectif qui était fixé. Donc on a encore des secteurs porteurs mais on en parlera peut-être un peu plus tard, des secteurs qui sont portés – et ça c’est quelque chose auquel on tient tout particulièrement – par le sujet d’innovation. Je crois que c’est vraiment un facteur clef de succès de ce secteur, c’est l’innovation sur différents plans que l’on essaie de comprendre, d’adapter et de rendre « banquables ».

Nathalie CROISE : Alors on va parler de ces enjeux-là et pour ceux qui nous regardent sur BFM BUSINESS, on va parler de DOM-TOM et nous allons  voir de superbes images à la Réunion puisque vous travaillez notamment avec AKUO ENERGIE qu’on connaît bien ici évidemment et qui s’investit beaucoup de ce côté-là. Alors justement, on va parler de cette dimension de territoires, en particulier avec vous, Pascal MARCHETTI, vous êtes directeur général de la BANQUE POPULAIRE DES ALPES ; cette dimension de territoires, d’investissement dans les territoires, elle est très forte dans cette loi et dans la réalité aussi.

Pascal MARCHETTI : Oui parce que je viens d’une région où effectivement l’énergie renouvelable est quasiment historique puisque les Alpes, c’est là où a été inventée la première énergie stockable et renouvelable qu’était l’hydraulique ; et on a vu au fil du temps en fin de compte de nouveaux besoins émerger dans la région, une nouvelle industrie, l’industrie du tourisme qui était très consommatrice en électricité, sinon vous auriez du mal à skier par exemple ou sinon il faudrait prendre des peaux de phoque pour tout le monde, ce qui est très bien aussi mais ce n’est pas suffisant… La deuxième transition vient d’une industrie mécanique, une industrie chimique un peu lourde vers l’industrie de nouvelles technologies qui travaille sur des sujets énergétiques, sur des smart-grids. Grenoble avec SCHNEIDER notamment travaille beaucoup sur les smart-grids – donc sur cette capacité à gérer le réseau électrique à travers de multiples producteurs. Donc nous, banque d’entreprise très engagée dans le secteur industriel mais aussi dans le secteur du bâtiment nous nous sommes rendus compte qu’il y avait plus qu’une opportunité, un véritable renouvellement de besoins industriels autour de cette énergie renouvelable. Et puis il y a un autre aspect très très important, c’est que les Alpes, c’est certes une très belle région mais c’est une région avec de très fortes amplitudes de températures. Le problème de l’habitat est très fort. Grenoble est l’une des villes les plus chaudes de France l’été et l’une des plus froides l’hiver. Et donc la consommation énergétique des bâtiments, qu’ils soient professionnels ou particuliers, pose problème et donc le problème de la rénovation de ces bâtiments ; et donc la valorisation du patrimoine individuel est très forte et là, on a un rôle à jouer puisqu’on finance ce patrimoine, on finance l’acquisition des particuliers qui achètent leur appartement ou leur villa ou leur chalet et donc on doit leur trouver des solutions pérennes pour pouvoir rénover et pour pouvoir garder une valeur à leur bien. (…)

Patricia LAURENT : Il y avait eu une conférence bancaire et financière convoquée par les pouvoirs publics l’année dernière en plein mois de juillet, à grande vitesse, pour réunir tous les financiers, pour les mettre tous autour de la table pour voir comment financer cette transition énergétique ; il y a eu des réunions, il y a eu des groupes de travail. Malheureusement à l’heure actuelle, il n’y a toujours pas eu de restitution publique contrairement à ce qui était annoncé. Alors on peut se demander si ça a servi à quelque chose effectivement, cette conférence bancaire et financière ?

Edouard DELMON : Je peux vous dire que ça a servi à quelque chose puisque j’ai eu la chance de participer à plusieurs de ces réunions ; ça a déjà eu l’avantage de mettre autour de la table les banquiers, qui financent, les consommateurs, les particuliers, des ONG, les pouvoirs publics, sur plusieurs sujets ; et il en est ressorti quelque chose dans la loi ROYAL, vous avez notamment deux nouveautés : le fonds de garantie à la rénovation énergétique qui va notamment permettre de booster les crédits sur les copropriétés et puis le tiers-financement qui apparaît également dans la loi. Finalement quel était le constat partagé ? C’est qu’il ne fallait pas forcément de nouveaux produits, ce qu’il fallait, c’est que les particuliers et les entreprises soient motivés pour faire des travaux notamment et ça, nos banques, les BANQUES POPULAIRES, les CAISSES D’EPARGNE sont là pour y répondre. Et ce n’est pas facile de motiver sur ces sujets aujourd’hui puisque ce n’est pas forcément un investissement plaisir.

Nathalie CROISE : Justement Stéphane PASQUIER, on a quand même cette sensation, et on le dit souvent, que ça passera beaucoup par le privé, que l’Etat investit à moyen voire à long terme, alors là c’est assez complexe pour lui ; donc quand même ça repose beaucoup sur vos épaules même si ça n’a pas abouti à quelque chose de concret, mais on le sent bien quand même !

Stéphane PASQUIER : Je crois que le mot important, vous venez de le prononcer en fait, c’est « long terme ». Nous sommes dans des activités de financement de long terme et je rejoins tout à fait le propos que vient de tenir Edouard sur cette conférence bancaire. Elle est peut-être décevante parce qu’effectivement à la fin, on n’a pas une feuille de route. Néanmoins elle a permis de mettre autour de la table des acteurs qui sont complémentaires et je pense en particulier aux institutionnels qui, aujourd’hui, disposent de liquidités à long terme de manière assez importante et qui ne savent pas forcément comment les affecter aux différents projets de financement d’énergies renouvelables. Je rappelle qu’aujourd’hui les financements de projets d’énergies renouvelables, ça se finance sur des maturités de quinze à dix-huit ans, voire vingt ans, c’est aligné par rapport aux contrats d’achat d’électricité. Une banque aujourd’hui, elle a besoin de liquidité long terme ; cette liquidité long terme, elle va la trouver chez les institutionnels. C’est effectivement une des conclusions informelles qui a été tirée de cette conférence, c’est qu’on pouvait s’entendre, se comprendre de manière à lancer progressivement, ce qu’on voit émerger aujourd’hui pour des très grands « corporates », des très grandes sociétés qu’on appelle les « green bonds », l’idée étant peut-être d’adapter le niveau des « green bonds » à des sociétés plus petites, acteurs de la transition énergétique.

Nathalie CROISE : On va en parler en détail justement, de ces financements un peu innovants dans la suite de l’émission. Patricia ?

Patricia LAURENT : Vous venez de le dire effectivement : l’argent est là, on ne manque pas de liquidité, tout le monde le sait mais alors comment fait-on pour mieux flécher cet argent ? Alors il va déjà sur ces secteurs – alors c’est vrai que sur les énergies renouvelables, il y avait eu un creux parce que quand même, les changements de réglementations, ça n’incitait pas forcément à investir – mais comment fait-on pour aller plus loin, pour inciter davantage les entreprises mais aussi les particuliers à s’engager dans la transition énergétique ?

Stéphane PASQUIER : Sur un échelon national, moi je pense qu’effectivement, la clef, c’est le moyen de transférer cet argent vers les projets. L’Allemagne qu’on prend souvent pour exemple, qui a un petit train d’avance sur nous en matière de transition énergétique même si aujourd’hui on sait qu’il y a un mix énergétique en Allemagne qui n’est pas forcément satisfaisant, l’Allemagne a utilisé un véhicule de refinancement de ces établissements bancaires qui est KfW que l’on a vu aussi intervenir en France et je pense que Pascal pourra en parler égaiement…

Nathalie CROISE : C’est un peu l’équivalent de BPI France…

Stéphane PASQUIER : C’est un peu l’équivalent de BPI France mais KfW a vraiment aidé les différents établissements bancaires allemands à financer les différents projets en amenant justement cette liquidité. Je pense que c’est un moyen très important et qui nous manque aujourd’hui dans le paysage français.

Pascal MARCHETTI : Juste deux retours d’expérience dans deux domaines différents : sur la rénovation énergétique des bâtiments, je pense que le point de blocage, il est peut-être dans le collectif, c'est-à-dire par exemple une copropriété, c’est un ensemble très compliqué. Il y a un syndic, il y a des copropriétaires, les intérêts ne sont pas forcément toujours alignés etc. Et je pense que là, le partenariat public/privé qu’on a pu mener sur le pays voironnais – on peut, sans rentrer dans le détail, recycler des certificats d’économie d’énergie grâce à une collectivité locale qui est la seule qui peut les encaisser, pour pouvoir ensuite monter un fonds de garantie (qui maintenant va être inscrit dans la loi mais la loi n’existait pas) – permettait d’avoir un outil et permettait surtout d’avoir une puissance publique locale en territoire, qui fasse le prosélytisme de ces financements…

Nathalie CROISE : Oui, c’est  ce qu’on disait, c’est passer par la dimension locale ; finalement on répond à une demande particulière…

Pascal MARCHETTI : Exactement. Et donc du coup, c’est beaucoup plus facile avec l’appui des élus locaux parce qu’ils sont concernés, les habitants de ces copropriétés sont des électeurs aussi et ce sont des habitants de leur commune, de leur communauté etc. Donc ça, ça permet effectivement d’avoir un vrai effet de levier. Deuxième expérience : le fonds OSER en régions, là beaucoup plus sur les petits producteurs d’énergie, que ce soit éolien, photovoltaïque et puis pour nous, en Rhône-Alpes, hydro-électricité. Le partenariat avec la région permet deux choses : lever de l’argent patient, le fameux argent long terme, en capitaux propres ; mais surtout lever des blocages administratifs locaux parce qu’on est adossé au Conseil régional, donc on est adossé à des élus territoriaux (qui vont être renouvelés bientôt) et pour autant, il y aura toujours des élus territoriaux qui peuvent dialoguer avec d’autres élus locaux qui ont des appréhensions sur ces sujets-là : pourquoi mettre une éolienne ? Qu’est-ce qui va se passer ? Il y a des recours ? Enfin bref… Là, le partenariat public/privé permet d’avoir des acteurs financiers qui vont mesurer la viabilité économique, qui vont investir aussi – nous avons mis un million d’euros dans ce fonds, nous sommes la principale banque partenaire – mais qui vont aussi permettre d’avoir une analyse économique du projet, donc de sa viabilité, ce qui permettra aussi de nourrir d’autres projets bien entendu. Mais l’aspect public est essentiel localement parce que ça permet de lever des freins qui ne sont pas souvent financiers, qui sont presque psychologiques. (…)

Nathalie CROISE : Avant la pause, Yann PERSON, vous parliez de cet outil que vous mettez en place pour faciliter évidemment l’accompagnement des particuliers mais aussi de la nécessité de travailler les uns avec les autres et Edouard DELMON est prêt à réagir sur cet aspect-là…

Edouard DELMON : J’ai été très intéressé par votre intervention parce que justement on a la même intuition. Il y a quelques années, on est allé voir la Commission européenne qui a un programme qui s’appelle ELENA et on est allé voir la KfW…

Nathalie CROISE : D’ailleurs vous avez été précurseur en la matière, vous êtes la première banque pilote à avoir lancé ce programme qui est un programme de soutien à l’efficacité énergétique…

Edouard DELMON : Tout à fait et nous le sommes toujours aujourd’hui… Et nous sommes allés les voir en disant : notre intuition, c’était que les collectivités locales sont majeures dans le dispositif et nous avons besoin d’elles, en plus parce qu’elles vont avoir des objectifs maintenant, donc non seulement elles sont motivées parce qu’elles sont sur le terrain mais la loi fixe des objectifs. Et puis on est également persuadé qu’il faut ce que vous appelez un parcours client. Donc aujourd’hui, on teste dans quatre régions – une, donc effectivement les Alpes sur les copropriétés – mais aussi donc quatre autres régions sur l’habitat individuel, on teste ces parcours client en Bretagne avec la CAISSE D’EPARGNE et en Lorraine avec la BANQUE POPULAIRE et puis en Franche-Comté avec une autre CAISSE D’EPARGNE, on co-construit avec une collectivité un parcours dans lequel le client est sécurisé, s’il se pose des questions sur quels travaux, on l’oriente ; s’il se pose des questions sur « quelles aides » ? On lui présente des solutions… et puis à la fin, on arrive à « quel prêt » ? Et voilà. Et ça, si on veut arriver à 500.000 logements… je ne sais pas si on y arrivera, aujourd’hui, c’est à peu près 130.000, donc la marge est grande…

Nathalie CROISE : Et certains disent même qu’il faudrait presque fixer un million de logements d’objectif… enfin bref, c’est très compliqué…

Edouard DELMON : Mais c’est indispensable de le faire ; il faut sécuriser les particuliers qui souhaitent le faire. Et c’est la même chose d’ailleurs sur les TPE et sur les PME parce qu’il n’y a pas que les particuliers… On a des ateliers, on a des usines aussi… (…)

Nathalie CROISE : Alors, c’est plutôt une bonne chose mais on veut vous faire réagir aussi parce que certains vont dire : mais alors, là, les banques, elles voient arriver des tas de nouvelles formes de financement. On a dit que certains avaient un peu grincé des dents sur l’idée du tiers financement ; comment vous réagissez à tout cela, l’un et l’autre, Edouard DELMON ?

Edouard DELMON : Le tiers financement, c’est encore mieux que ce que vous dites, c’est-à-dire que non seulement effectivement, nous essayons d’adapter les échéances aux économies réalisées mais en plus, il y a une prise en charge des travaux puisque c’est presque ça le plus important. Pour l’instant, nous en sommes au niveau expérimental ; nous participons en région Ile-de-France avec la Caisse d’Epargne à une expérimentation. Cela concerne essentiellement les copropriétés qui sont vraiment un gros nœud du problème parce que comme le disait Pascal MARCHETTI tout à l’heure, pour faire décider des copropriétés sur des travaux de montants importants, le tiers financement est probablement une solution, une solution parmi d’autres, il faut regarder parce que pour l’instant, c’est tout de même encore expérimental.

Nathalie CROISE : On parlait de financement participatif, donc on fait appel aussi finalement au citoyen qui peut suivre aussi un projet d’énergie renouvelable et vous, vous avez lancé une initiative solidaire aussi, comme quoi vous êtes en train aussi d’évoluer dans ces modèles, vous NATIXIS ENERGECO.

Stéphane PASQUIER : Effectivement, c’est une manière d’associer ce que l’on fait au quotidien, qui correspond aussi à l’ADN de notre groupe qui est un groupe coopératif et je crois que la relation humaine, elle est importante. Donc effectivement, il y a cet aspect de financement participatif que vous avez souligné et il est important en termes d’acceptabilité des projets d’énergie renouvelable en France, de pouvoir faire participer des citoyens à des projets mais pour revenir sur l’initiative solidaire sur laquelle vous me posez la question, effectivement, nous avons bâti un système qui consiste tout simplement à financer un projet d’énergie renouvelable en France et de proposer aux clients pour lesquels nous allons travailler de s’y associer on est partenaire et on fait un don à une Fondation d’utilité publique qui elle soutient un projet d’électrification et en l’occurrence nous venons de signer un partenariat avec la Fondation Synergie solaire et avec le client JPEE pour électrifier en fait l’Ecole du Bayon qui est au Cambodge près des temples d’Angkor et qui va permettre effectivement de favoriser l’émergence d’une éducation au Cambodge, finalement à partir d’un système très déconnecté, le financement des énergies renouvelables en France mais d’une intention qui correspond à ce à quoi on aspire en tant que banquiers, nous ne sommes pas là que pour prêter de l’argent, nous sommes là aussi pour doper un petit peu la relation humaine. C’est un peu ça ce que nous sommes en train de dire aujourd’hui, se mettre autour d’une table et avec nos moyens, nos idées, faire quelque chose d’autre.

Nathalie CROISE : Répondre à une attente aussi. Alors, je voudrais faire réagir Pascal MARCHETTI qui est de la Banque populaire des Alpes, l’initiative, vous avez dû la suivre, c’est ce livret de transition, pas transition énergétique mais troisième révolution industrielle. Vous savez dans le Nord-Pas-de-Calais, ils sont allés chercher finalement les citoyens pour un livret rémunéré au taux de 1,75%, voilà ouvert à tous. Je crois qu’ils ont récupéré deux millions d’euros en à peine deux mois. Comment on réagit à tous ces nouveaux outils qui se mettent en place ?

Pascal MARCHETTI : Je vais d’autant plus réagir qu’on a créé il y a deux ans un livret A industrie qui était sur le même principe …

Nathalie CROISE : Voilà, c’est pour ça que je vous fais réagir !

Pascal MARCHETTI : …qui était en avance, qui était le premier aussi et on a collecté 200 millions d’euros.

Nathalie CROISE : Il va falloir aussi faire une troisième révolution industrielle dans la région !

Pascal MARCHETTI : Elle est déjà en cours, nous en sommes presque à la quatrième mais plus sérieusement, c’est typiquement quand on commence sur l’épargne, et que l’on donne un sens aux choses que l’on peut aller toujours plus loin. C’est un principe de management, donner un sens à l’action et l’argent n’étant qu’un moyen ce n’est jamais une finalité, ce n’est qu’un moyen, dès que l’on donne du sens à l’argent, on multiplie l’efficacité.

Nathalie CROISE : Et quand je vous écoute aussi ça fait évoluer aussi le métier, l’image de la banque aussi finalement cette question de financement ?

Pascal MARCHETTI : Oui mais nous vivons sur les écosystèmes, c’est-à-dire que concrètement, notre raison d’être, c’est que les écosystèmes soient en croissance. Quand un pays n’est pas en croissance, le système bancaire souffre énormément, on l’a bien vu ces dernières années. Alors, de l’œuf ou de la poule, ça, c’est un autre débat, ce n’est pas ici qu’on va le faire mais schématiquement, on vit des écosystèmes, surtout une banque régionale qui est confinée dans son territoire. Donc nous, notre vocation, c’est de faire émerger la croissance des écosystèmes soit par leur amélioration soit par de nouveaux écosystèmes soit par leurs performances renouvelées. Voilà donc typiquement, ce type d’initiative, la manière de flécher l’argent, c’est notre job et ça, on essaye de le faire de mieux en mieux, on le fait plutôt bien mais on essaye de le faire de mieux en mieux et la transition énergétique est une bonne solution.

Patricia LAURENT : Cette loi, enfin cette future loi, qu’est-ce qu’elle va changer dans vos manières de financer ? Est-ce que cela va amplifier certaines choses ? Est-ce que vous allez revoir certains dispositifs ? Comment vous l’appréhendez ?

Nathalie CROISE : Alors, Edouard DELMON pour le groupe BPCE ?

Edouard DELMON : Nous ce que nous pensons surtout, c’est que cette loi, elle va avoir un effet d’entrainement. Nous aurons plus de clients qui vont venir pousser la porte de nos agences, de nos centres d’affaires, de nos sociétés spécialisées, voilà. Pour nous, c’est ça l’idée.

Patricia LAURENT : Un accélérateur.

Edouard DELMON : C’est un accélérateur.

Nathalie CROISE : D’une réalité, alors oui Stéphane PASQUIER NATIXIS ENERGECO ?

Stéphane PASQUIER : Alors, j’ai un avis peut-être un peu plus réservé …je vais mitiger le point de vue d’Edouard, je pense que cette loi, ce qui est important, c’est qu’elle soit bien appliquée dans ses décrets et que l’on aille vraiment au bon endroit et que l’argent qui est mobilisé, que ce soit de l’argent privé ou de l’argent public atteigne vraiment ses objectifs.

Nathalie CROISE : Parce que vous le disiez, vous parliez de l’éolien. On a vu cette espèce d’aller-retour, cette incertitude, les acteurs sont quand même inquiets déjà que ça a été lourd administrativement, là ils commencent un petit peu à redémarrer cette année ?

Stéphane PASQUIER : Alors, on sent bien que l’éolien effectivement dans notre pays qui est quand même l’une des principales sources d’énergie renouvelable après la houille blanche que Pascal signalait, a des difficultés à être accepté sur notre territoire. Donc ça, c’est un point relativement important, il faut que la simplification administrative se mette vraiment en place. Pour développer un projet d’énergie renouvelable, c’est encore beaucoup, beaucoup trop long et ce temps en fait pèse sur la trésorerie de nos clients et c’est ce temps qu’il faut absolument raccourcir.

Nathalie CROISE : Et puis aussi, vous avez besoin plus que jamais que ces acteurs puissent avoir de la visibilité, vous aussi parce qu’en matière de financement, quand on parle de long terme, vous en avez parlé, pour une banque aussi, c’est important de savoir où on va dans cette histoire.

Stéphane PASQUIER : Oui, on sait où on va, c’est-à-dire que l’on va vers une des activités ou un secteur qui va se passer des subventions et qui va peu à peu atteindre la grid parity, c’est-à-dire le prix du marché. On a déjà des énergies, c’est le cas du photovoltaïque, c’est le cas quasiment de l’éolien, qui peut être compétitive sur le marché. Il faut juste que l’on ait un marché européen qui soit cohérent, entre les énergies dites de base et les énergies dites intermittentes.

Nathalie CROISE : Donc pour vous, un marché européen de l’énergie, ce serait intéressant ?

Stéphane PASQUIER : Un marché européen de l’énergie, il existe …

Nathalie CROISE : Oui, vous avez raison !

Stéphane PASQUIER : …mais un marché européen de l’énergie renouvelable …

Nathalie CROISE : Renouvelable, voilà exactement !

Stéphane PASQUIER : …ce serait peut-être un plus !

Nathalie CROISE : Pascal MARCHETTI, sur cette question par rapport à la loi, les perspectives que cela peut vous apporter ?

Pascal MARCHETTI : Alors, de façon très pragmatique deux volets très positifs de la loi et dieu sait si je ne suis pas un fan des réglementations mais au moins là, il y a deux grands leviers. Le premier, ce sont les aides collectives et ça, c’est une vraie réponse aux syndicats de copropriété, ce qui était quelque part un risque juridique important de financer des copropriétés et la loi reconnaît ce statut, ça, c’est essentiel.

Nathalie CROISE : Elle le reconnait mais il n’y a pas un dispositif, normalement c’est pour le 31 décembre 2015, on attend de voir comment …il y a une incertitude quand même pour cet éco prêt à taux zéro, on ne peut pas dire le contraire !

Pascal MARCHETTI : Oui …

Edouard DELMON : On ne sait pas combien de temps ça va durer !

Nathalie CROISE : C’est ça, c’est formidable mais on ne sait pas combien de temps …

Pascal MARCHETTI

Mais ça, ce n’est pas la loi, c’est la programmation budgétaire, c’est-à-dire que la loi prévoit quelque chose, le problème, c’est que les moyens d’appliquer cette loi réelle ne s’inscrivent pas dans la durée.

Nathalie CROISE : C’est bien souvent la difficulté que l’on rencontre !

Pascal MARCHETTI : Donc vous pouvez poser la question sur la loi. La deuxième chose, c’est que l’éco PTZ pour une banque, alors sans rentrer dans le détail, le prêt à taux zéro écologique, faisait porter des risques opérationnels très lourds aux banques puisque l’on doit contrôler un certain nombre de pièces alors que nous n’avons aucune expertise technique et que du coup, le prêt, tout était toujours à taux zéro pour le client mais plus à taux zéro pour la banque. Donc c’est nous qui payons les intérêts et là, la loi prend cela en compte. Donc il y a une dimension pragmatique quand même dans cette loi, c’est bon de le souligner en ce moment !

Nathalie CROISE : Juste un mot, finalement une allusion à tout ce marché, aux banques aussi, en décembre dernier, l’ADEME et son président avaient présenté un guide au secteur bancaire, Bruno LECHEVIN, qui disait : la transition énergétique vous appelle à orienter vos investissements vers les activités les plus vertueuses, à faciliter le recours au crédit et à vous détourner des activités incompatibles avec la transition. Ce n’est pas un petit peu lourd pour une banque ? C’est compliqué ça aussi parce que parfois, c’est carrément la question que l’on pose, qui est : alors, allez-y les banques mais allez-y à fond dans ce que vous faites ?

Stéphane PASQUIER : Alors, moi je suis très à l’aise avec ça, c’est mon métier de tous les jours et puis, nous sommes sur un secteur en croissance donc on apporte de l’argent dans ce secteur en croissance. On demande juste une chose, c’est de pouvoir apporter cet argent le plus vite possible, c’est ça qui est important et c’est ça qui fera la croissance de demain.

Nathalie CROISE : Pascal MARCHETTI ?

Pascal MARCHETTI : Oui, je pense que le débat aujourd’hui économique enfin des acteurs économiques sur quoi financer, les polluants, il est dépassé. Je ne connais pas une entreprise aujourd’hui qui n’a pas ou un secteur qui n’a pas dans ses objectifs même individuels cette phase de transition énergétique …

Nathalie CROISE : De toute façon, il y a nécessité aussi de pérennité de l’entreprise. Après, certains disent aussi : il faut fixer un vrai marché, on va revenir là-dessus, un vrai prix au carbone aussi qui peut-être boostera certaines entreprises qui sont malgré tout peut-être un petit moins motivées là-dessus ? C’est autre chose …

Pascal MARCHETTI : Ca, c’est un débat de régulation du marché. Cela nous dépasse, moi cela me dépasse, le débat de la régulation du marché c’est autre chose, c’est fixer le prix. C’est comme quand la politique budgétaire oriente des investissements mais là, on est sur de la politique macroéconomique ; nous, ce que l’on constate, c’est que les artisans, les PME, les industriels, les sociétés de services, ont toutes dans leur réflexion stratégique et dans leurs actions quel que soit le secteur une dimension énergie, une dimension développement durable, une dimension RSE, etc. C’est la vraie, la synthèse de ces années de crise, aussi, positive, la synthèse positive de ces années de crise.

Nathalie CROISE : Allez, le mot de la fin pour Edouard DELMON ?

Edouard DELMON : N’oublions pas les éco-filières, n’oublions pas l’innovation, alors en France, on est très puissant, très inventif, il y a partout des TPE, des PME qui inventent les futures solutions de demain !

Nathalie CROISE : Et on les voit toutes les semaines dans « Business durable » !

Edouard DELMON : Exactement !

Nathalie CROISE : Je crois que l’on peut nous citer au passage !

Edouard DELMON : Et pour nous, c’est important parce que c’est aussi un marché, il faut aussi les financer, il ya les énergies renouvelables, il y a les logements mais il y a aussi les éco PME et toutes ces filières innovantes.

Nathalie CROISE : Merci à vous Edouard DELMON, directeur des Affaires générales du groupe BPCE, Stéphane PASQUIER, directeur général de NATIXIS ENERGECO, Pascal MARCHETTI, directeur général de la Banque Populaire des Alpes et Yann PERSON, fondateur d’ENERGIE PERSPECTIVE.   

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