Réunis à l’occasion du colloque de l’Union Française de l’Électricité (UFE), plusieurs responsables politiques représentant les principales sensibilités françaises ont confronté leurs visions de l’avenir énergétique du pays. Si tous s’accordent sur la nécessité de réduire la dépendance aux énergies fossiles et de renforcer la souveraineté énergétique, les chemins proposés diffèrent sensiblement, notamment sur la place respective du nucléaire et des énergies renouvelables.
Christophe Béchu : un mix fondé sur le nucléaire, les renouvelables et l’Europe
Pour le secrétaire général d’Horizons, la France doit sortir de la « triple aberration » écologique, économique et géopolitique que constitue l’importation massive d’énergies fossiles. Christophe Béchu défend un mix énergétique reposant sur trois piliers : le nucléaire, les énergies renouvelables et l’Europe. Il considère les renouvelables comme un complément indispensable du nucléaire, tout en appelant à accélérer le développement du stockage, de la flexibilité et de nouvelles filières comme la géothermie. Il plaide également pour une stratégie énergétique unifiée à l’horizon 2050.
Olivier Faure : « le nucléaire autant que nécessaire, les renouvelables autant que possible »
Le premier secrétaire du Parti socialiste a défendu une ligne équilibrée entre nucléaire et renouvelables. Selon lui, la France dispose d’atouts exceptionnels pour développer l’éolien terrestre et maritime, l’hydroélectricité et le solaire. Il estime toutefois que le nucléaire conserve un rôle essentiel pour garantir la stabilité du système électrique. Olivier Faure met en garde contre une stratégie de « tout nucléaire », qu’il juge risquée du point de vue de la souveraineté en raison de la dépendance aux importations d’uranium. Il privilégie un développement massif des renouvelables accompagné d’un programme nucléaire plus limité que celui envisagé aujourd’hui.
Bruno Retailleau : priorité au nucléaire, fin des subventions aux renouvelables
Le président des Républicains assume une vision beaucoup plus centrée sur le nucléaire. Il souhaite prolonger au maximum le parc existant, construire six EPR2 et relancer la filière des réacteurs de quatrième génération. S’il ne remet pas en cause le développement des énergies renouvelables, il estime qu’elles sont désormais matures et ne doivent plus être subventionnées. Selon lui, la priorité doit être donnée à une électricité abondante, décarbonée et compétitive afin de soutenir la réindustrialisation du pays.
Fabien Roussel : doublement de la production électrique
Le secrétaire national du Parti communiste français défend un scénario de forte croissance de la production électrique française. Son objectif est de quasiment doubler la production d’ici 2050 afin d’alimenter la réindustrialisation et l’électrification des usages. Son plan repose à la fois sur la construction de nouveaux EPR et sur le développement du photovoltaïque, de l’éolien, de l’éolien en mer et de l’hydraulique. Il insiste toutefois sur le caractère pilotable du nucléaire, qu’il considère indispensable à l’industrie française.
Agnès Pannier-Runacher : neutralité technologique
L’ancienne ministre de la Transition énergétique défend la logique de la PPE et une approche de « neutralité technologique ». Pour elle, l’objectif n’est pas d’opposer nucléaire et renouvelables mais de mobiliser toutes les sources d’énergie bas-carbone. Elle souligne que le photovoltaïque crée une forte valeur ajoutée en France malgré l’importation d’une partie des panneaux, et met en avant le rôle de filières émergentes comme les batteries, l’hydrogène ou la géothermie. Elle insiste également sur l’utilisation des surplus électriques pour attirer les investissements industriels et les centres de données.
Jean-Philippe Tanguy : souveraineté et nucléaire massif
Le représentant du Rassemblement national propose une reprise en main complète de la politique électrique française et un vaste programme nucléaire fondé sur plusieurs séries d’EPR2 ainsi que sur le retour aux réacteurs de quatrième génération. Il défend également l’hydroélectricité mais fait peu de place aux nouvelles capacités renouvelables intermittentes, estimant que les besoins futurs seront principalement couverts par le nucléaire.
Marine Tondelier : cap sur le 100 % renouvelable
La secrétaire nationale des Écologistes est la seule à défendre explicitement un objectif de système électrique 100 % renouvelable à terme. Elle considère que le nucléaire est trop coûteux, trop lent à déployer et insuffisamment souverain. Pour elle, la priorité doit être donnée à la sobriété, à l’efficacité énergétique et à l’accélération du déploiement des énergies renouvelables. Elle appelle également à un débat sur les usages prioritaires de l’électricité, notamment face à la montée des besoins liés aux centres de données.
Aurélie Trouvé : planification démocratique et souveraineté industrielle
La députée de La France insoumise a mis l’accent sur la nécessité d’une véritable planification énergétique associant les citoyens, les salariés et les acteurs des filières. Elle a critiqué l’absence de vote parlementaire sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), estimant que les grandes orientations énergétiques doivent être débattues et validées démocratiquement. Aurélie Trouvé a également insisté sur l’enjeu de souveraineté industrielle et sur la nécessité de construire une stratégie de long terme avec les acteurs de terrain. Elle a réaffirmé l’objectif porté par son mouvement d’un système énergétique reposant à terme sur 100 % d’énergies renouvelables, tout en attendant l’actualisation des scénarios de RTE pour préciser cette trajectoire.
Dominique de Villepin : pragmatisme et stabilité dans la durée
L’ancien Premier ministre a choisi de dépasser l’opposition traditionnelle entre nucléaire et renouvelables. Selon lui, la question centrale n’est plus de choisir une technologie contre une autre mais de construire un mix énergétique pragmatique tenant compte du coût, du stockage, de la sûreté et des délais de réalisation des projets. Dominique de Villepin a surtout insisté sur la nécessité de sortir du court-termisme politique qui a, selon lui, conduit la France dans plusieurs impasses énergétiques. Il plaide pour une politique d’électrification inscrite dans le temps long, adossée à une véritable loi de programmation énergétique et écologique pluriannuelle garantissant la stabilité des orientations et la visibilité nécessaire aux investisseurs.
Au-delà des clivages partisans, les échanges ont mis en évidence plusieurs convergences. Tous les intervenants reconnaissent la nécessité d’accélérer l’électrification des usages, de renforcer la souveraineté énergétique du pays et de soutenir la réindustrialisation.
Les débats portent désormais moins sur les objectifs que sur le dosage entre nucléaire et renouvelables ainsi que sur la gouvernance de la transition énergétique. Une chose apparaît toutefois certaine : l’énergie s’impose plus que jamais comme l’un des sujets structurants de la prochaine campagne présidentielle.
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