La start-up picarde Crystal Energy développe un vitrage photovoltaïque transparent et incolore capable de convertir une partie de la lumière invisible en électricité. Issue de travaux menés pendant une dizaine d’années au CNRS et à l’Université de Picardie Jules Verne
Transformer une fenêtre en générateur d’électricité sans modifier sa transparence : c’est l’ambition de Crystal Energy. La start-up picarde, issue de travaux menés au CNRS et à l’Université de Picardie Jules Verne, développe un vitrage électrogène capable de capter une partie invisible du rayonnement solaire pour produire de l’électricité, tout en conservant l’aspect d’un verre classique.
La technologie de Crystal Energy s’inscrit dans une approche sensiblement différente de celle des vitrages photovoltaïques semi-transparents déjà connus. Ici, l’objectif est de préserver une transparence et une neutralité visuelle maximales. Le principe repose sur des matériaux photo-actifs intégrés au verre, capables d’absorber notamment une partie du rayonnement infrarouge, invisible à l’œil humain, puis de la convertir en électricité.
La solution est le fruit d’une dizaine d’années de recherches conduites à Amiens. Crystal Energy a notamment obtenu une licence exclusive de la SATT Nord pour exploiter cette technologie développée par l’équipe de Frédéric Sauvage, directeur de recherche au CNRS et cofondateur de l’entreprise.
Une technologie inspirée de la photosynthèse
Crystal Energy décrit son procédé comme biomimétique : à l’image de la photosynthèse, des molécules absorbent certaines longueurs d’onde lumineuses et participent à une conversion énergétique. Dans ce cas, l’absorbeur synthétique demeure invisible à l’œil humain.
La start-up met également en avant la faible quantité de matière nécessaire : la SATT Nord évoquait ainsi environ 20 milligrammes d’absorbeur par mètre carré de verre. La technologie n’utiliserait ni matériaux critiques ni matériaux toxiques, ce qui constitue un autre axe de différenciation revendiqué par l’entreprise.
Le vitrage électrogène est conçu pour s’intégrer dans des procédés proches de ceux du double vitrage classique, avec l’ambition de faciliter son industrialisation. Crystal Energy souligne également la compatibilité de sa technologie avec les procédés existants de l’industrie verrière.
Façades, fenêtres, mobilier urbain…
Les applications potentielles sont nombreuses. Le bâtiment constitue évidemment le premier marché visé : fenêtres, façades vitrées ou toitures en verre pourraient devenir des surfaces de production d’électricité sans transformer leur apparence.
L’innovation pourrait être particulièrement intéressante dans les immeubles tertiaires et les bâtiments de grande hauteur, où les surfaces verticales vitrées disponibles peuvent être considérables alors que la superficie de toiture reste limitée.
Crystal Energy évoque également des débouchés dans le mobilier urbain, les infrastructures ou encore les objets connectés, pour lesquels une faible production électrique locale peut permettre d’alimenter capteurs et petits équipements.
L’industrialisation comme prochaine étape
Créée en 2024 et installée dans l’agglomération amiénoise, Crystal Energy entre désormais dans une phase décisive : passer du développement technologique à une production industrialisable. La start-up préparait en 2026 une nouvelle levée de fonds, avec un objectif annoncé de 4 millions d’euros, destinée à financer cette nouvelle étape de son développement.
L’enjeu sera notamment de démontrer les performances du vitrage dans la durée, d’en maîtriser le coût de fabrication et de parvenir à l’intégrer aux chaînes industrielles du secteur verrier.
Si ces différentes étapes sont franchies, l’innovation ouvre une perspective particulièrement intéressante pour le photovoltaïque intégré au bâtiment : ajouter aux toitures et aux façades opaques les immenses surfaces vitrées qui, jusqu’à présent, restaient largement étrangères à la production solaire.






