Cyrielle Chatelain (Les Écologistes) : « Il faut sortir des fossiles et aller vers 100 % de renouvelables »

Lors du colloque annuel du Syndicat des énergies renouvelables (SER), organisé le 29 septembre, Cyrielle Chatelain, présidente du groupe Les Écologistes à l’Assemblée nationale, a défendu une trajectoire énergétique clairement distincte de celles présentées par la droite et le Rassemblement national : sortie des énergies fossiles, objectif de 100 % d’énergies renouvelables à l’horizon 2050 au plus tard, réduction des consommations et planification de la transition. Elle appelle parallèlement à une politique industrielle beaucoup plus offensive en faveur des filières françaises et européennes.

« Nos grands objectifs, c’est du 100 % renouvelable et du zéro fossile », a résumé d’emblée Cyrielle Chatelain. Pour Les Écologistes, le développement de nouveaux projets nucléaires ne constitue donc pas la réponse aux besoins futurs. La députée conteste notamment l’idée selon laquelle le nouveau nucléaire serait économiquement plus avantageux que les renouvelables et estime nécessaire de prendre en compte l’ensemble des coûts supportés par la collectivité, de la construction au démantèlement et à la gestion des déchets.

Des renouvelables « moins chères » et complémentaires

Cyrielle Chatelain défend au contraire une accélération très forte des énergies renouvelables, qu’elle considère aujourd’hui plus compétitives. Elle insiste également sur leur complémentarité : le solaire produit principalement en journée tandis que l’éolien peut apporter de l’électricité à d’autres périodes.

Elle conteste en parallèle une présentation du nucléaire comme une production disponible en permanence. Les indisponibilités de réacteurs observées en 2022, notamment dans un contexte de sécheresse et de fortes chaleurs, montrent selon elle que le système électrique doit également être pensé pour résister au climat futur.

Mais l’enjeu prioritaire reste la sortie des combustibles fossiles, qui représentent encore une part majoritaire de la consommation finale d’énergie. Pour y parvenir, l’électrification sera indispensable, mais elle devra être accompagnée d’une réduction des consommations.

« L’énergie est quelque chose de précieux »

La représentante des Écologistes insiste ainsi sur la sobriété. Rénovation des logements, limitation des gaspillages énergétiques, transports collectifs ou vélo doivent permettre d’éviter de remplacer systématiquement une consommation fossile par une consommation électrique équivalente.

Elle cite notamment les bâtiments mal isolés ou encore la multiplication des écrans publicitaires dans l’espace public comme exemples d’usages sur lesquels il faut s’interroger. « L’énergie est quelque chose de précieux », souligne-t-elle, appelant à établir des priorités dans son utilisation.

Cette logique l’amène à critiquer les projets d’infrastructures routières qui, selon elle, prolongent la dépendance à l’automobile. Sortir des fossiles ne peut pas se réduire à fixer un objectif de long terme : cela suppose de mettre l’ensemble des politiques publiques en cohérence avec cette ambition.

L’acceptabilité passe par des alternatives

Sur le pouvoir d’achat, Cyrielle Chatelain renverse l’argument selon lequel la transition serait à l’origine des difficultés rencontrées par les ménages. « Ce qu’on est en train de subir, c’est le fait de ne pas justement avoir fait cette transition », affirme-t-elle.

Elle souligne que de nombreux Français restent captifs de leur voiture faute d’alternatives. Selon elle, 45 % des Français n’auraient pas réellement le choix de leur mode de transport. Lorsque les prix des carburants augmentent fortement, ces ménages sont donc directement exposés.

La réponse passe, selon elle, par le retour d’investissements dans les transports collectifs, les petites lignes ferroviaires et les mobilités alternatives. Elle défend également la poursuite et l’élargissement du leasing social pour les véhicules électriques, avec l’idée de constituer progressivement un véritable parc social automobile.

L’objectif est de rendre la transition concrètement avantageuse : disposer d’un véhicule électrique abordable, mais aussi d’un bus ou d’un train accessible, permettrait aux ménages de réduire leur dépendance aux carburants et leurs dépenses quotidiennes.

Maintenir les CEE et alléger la fiscalité sur l’électricité

Contrairement aux Républicains, Cyrielle Chatelain ne souhaite pas supprimer les certificats d’économies d’énergie. Elle considère que les CEE constituent un outil utile au financement de la transition, même si la fiscalité énergétique doit être rééquilibrée.

Les Écologistes proposent notamment une baisse de la TVA sur l’abonnement électrique, afin de favoriser une énergie qu’ils considèrent plus vertueuse que les combustibles fossiles. Texte collé

La députée défend également des investissements massifs dans les renouvelables et dans l’industrie qui les accompagne. Elle regrette à ce titre la disparition ou les difficultés rencontrées par plusieurs entreprises françaises du photovoltaïque.

Mettre fin au « stop and go »

Cyrielle Chatelain insiste fortement sur la nécessité d’une planification de long terme. Dans la rénovation énergétique comme dans la mobilité, « le stop and go, il faut que ça s’arrête ».

Elle souhaite stabiliser les aides offertes aux ménages et développer des mécanismes permettant de financer la rénovation sans avance initiale pour les foyers qui ne peuvent supporter des travaux de plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Même logique pour l’automobile : les constructeurs doivent bénéficier de visibilité sur la commande en échange d’une évolution de leur offre vers des véhicules électriques plus petits, plus sobres et moins coûteux.

« La France est un mauvais élève en Europe »

En conclusion, Cyrielle Chatelain estime que la France reste trop en retard dans le déploiement des énergies renouvelables. Elle cite les performances de plusieurs pays européens et rappelle que la France se situe, selon les chiffres avancés lors de son intervention, autour de 23 % d’énergies renouvelables dans sa consommation finale, loin de l’objectif qu’elle fixe à 42 % en 2030.

Elle défend une préférence européenne pour les équipements et les filières industrielles, mais refuse d’en faire un préalable au développement immédiat des renouvelables. Son mot d’ordre : déployer dès maintenant, tout en reconstruisant rapidement une industrie française et européenne.

Cyrielle Chatelain appelle enfin à utiliser davantage la commande publique pour soutenir les producteurs nationaux, notamment les PME innovantes du photovoltaïque. Les marchés publics doivent, selon elle, être redessinés afin que la transition énergétique contribue directement à la réindustrialisation du pays.

Maxime Amblard (Rassemblement National) : « Notre priorité, c’est la souveraineté énergétique »
Christophe Béchu (Horizons) : « Sortir des énergies fossiles impose de jouer à la fois la carte du nucléaire et des renouvelables »
Karim Benbrahim (Parti Socialiste) : « Sortir des fossiles d’ici 2050 suppose d’investir massivement dans les renouvelables »
Julien Chartier (Les Républicains) : « Notre désaccord ne porte pas sur les renouvelables, mais sur l’argent public »

Cyrielle Chatelain (Les Écologistes) : « Il faut sortir des fossiles et aller vers 100 % de renouvelables »
Jean-Luc Fugit (Renaissance) : « Opposer renouvelables et nucléaire n’a aucun sens »
Thomas Pellerin-Carlin (Place Publique) : « Donner enfin de la visibilité à la transition énergétique »
Aurélie Trouvé (La France Insoumise) : « Le maître mot, c’est la planification »

Sur le même sujet

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisement -spot_img
- Advertisement -spot_img

Derniers articles

- Advertisement -spot_img